‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 65 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE XIV. ii · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV. ii

Modestie, par laquelle il ne conteste et ne s'attaqoe ny à toas, comme aux plus grands et respectables, et h ceux qui sont beaucoup au dessoubs, ou en condition, on en suffisance; ny pour toutes choses, car c'est importunitë; ny opiniastrement , ny avec mots affirmatifs, résolutifs et magistrats, mais doux et modères. De cecy a este dict ailleurs ^'. Voylà les trois chefs du debvoir des parens aux enfans, expédiés.

Le quatriesme est de leur affection et communication arec eux, quand ils sont grands et capables, à ce qu'elle soit reiglée. Nous savons que l'affection est réciproque et naturelle entre les parens et les enfans : mais elle est plus forte et plus naturelle des parens aux enfans; pource qu'il est donné de la nature allant en avant, poussant et avançant la vie du monde et sa durée. Celuy des enfans aux pères est à reculons, dont il ne marche si fort ne si naturellement, et semble plastost estre paiement de debte, et recognoissance du bienfaict, que purement un libre, simple et naturel amour. Dadvantage celuy qui donne et faict du bien, ayme plus que celuy qui reçoit et doibt : dont le père et tout ouvrier ayme plus , qu'il n'est aymé. Les raisons de cette proposition sont plusieurs. Tous ayment d'estre (lequel s'exerce et se monstre au mouvement et en l'action). Or celuy qui donne et faict « bien à autruy est aucunement en celuy qui reçoit. Qui

»• Voyei le ch. ix du L. II.

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donne et faict bien à autray exerce chose honneste et noble ; qui reçoit n'en faict point : Thonneste est pour le premier, l'utile pour le second. Or Thonneste est beaucoup plus digne, ferme, stable, amiable, que Futile qui s'esvanouit Item les choses sont plus ayméeSf qui plus nous coustent : plus est cher ce quî est plus cher. Or engendrer, nourrir, eslever, couste plus que recevoir tout cela.

Or cet amour des parens est double, bien que touS' jours naturel, mais diversement. L'un est simple et universellement naturel, et comme un simple instinct qui se trouve aux bestes, selon lequel les parens ayment et chérissent leurs petits encores begayans , trepignans et tettans , et en usent comme de jouets et petits singes '*. Cet amour n'est poiqt vrayeraent humain. L'homme, pourvu de raison, ne doibt point si servilement s'assubjectir à la nature comme les bestes, mais plus noblement la suyvre avec discours de raison. L'autre donc est plus humain et raisonnable, par lequel l'on ayme les enfans plus ou moins , à mesure que l'on y voit surgir et bourgeonner les semences et

d* Voyez là dessus, ce que dit Bayle dans ses Nouoellet Lettres sur Vhistoire du Cahinisme de Maimbourg (Lett. xvi.) Il y prouve que Famour des pères et mères pour leurs enfans , n'est fondé que sur un instinct aveugle , très-sagement établi de Dieu. On ne peut rien lire de plus fort , de plus profond, de plus philosophique que cette lettre. N.

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