LIVRE III, CHAPITRE XIV, iig
mettent ou menacent de ce coup : folie. Il se faut tenir k la raison et observance publique, qui est plus sage que nous : c^est le plus seur.
Venons maintenant au debvoir des enfans aux parens, sî naturel, si religieux, et qui leur doibt estre rendu non point comme à hommes purs et siiïiples, mais comme à demy-dieux : dieux terriens, mortels , visibles. Voylà pourquoy Philon juif a dict que le commandement du debvoir des enfans étoit escrit moitié en la première table, qui contenoit les commandemens qui regardent le droict de Dieu; et moitié eu la seconde table , où sont les commandemens qui regardent le prochain, comme estant moitié divin et moitié humain ^^. Aussi est-ce un debvoir si certain , si estroictement deu et requis , quMl ne peut estre dispensé ny vaincu par tout autre debvoir, ny amour, encores qu^il soit plus grand. Car advenant qu*un aye son père et son fils en mesme peine et danger, et quMl ne puisse secourir à tous deux , il faut qu^il aille au père , encores qu^il ayme plus son fils , comme a esté dict cy-dessus. Et la raison est que le debte *^^ du fils au père est plus ancien et plus privilégié , et ne peut estre absous et effacé par un suivant debte.
Or ce debvoir consiste en cinq poincts, comprins
9^ Voyez Philon, des dix Commandemens.
*9^ Debie était masculin dans Forigine ; sans doute , parce qu'il vient par contraction du latin debîtum.
sous ce mot d'honorer ses parens. Le premier est la révérence, non seulement externe, en gestes et contenances, maïs encores plus interne, qui est une saincte et haute opinion et estimation que F enfant doibt avoir de ses parens, comme autheurs, cause et origine de son estre et de son bien, qualité qui les faict ressembler à Dieu.
Le second est obeyssance , voire aux plus rudes et difficiles mandemens du père , comme porte Texemple des Rechabites, qui pour obeyr au père se privèrent de boire vin toute leur vie'®^ : et Isaac ne fit difficulté de tendre le col au glaive de son père.
Le tiers est de secourir aux parens en tout besoing, les nourrir en leur vieillesse , impuissance , nécessité , les secourir et assister en tous leurs affaires. Nous avons exemple et patron de cela, raesme aux bestes, en la cicoigne, comme sainct Basile faict tant valoir ^^. Les petits cicoigneaux nourrissent leurs parens vieils , les couvrent de leurs plumes lors qu'elles leur tombent,'ils s'accouplent et se joignent pour les porter sur leur dos, l'amour leur fournissant cet art. Cet exemple est si vif et si exprès, que le debvoir des enfans aux parens a esté signifié par le faict de cette beste àyrtirskapysiv reciconiare ^^. Et les Hébreux appel-
97 Jéremie, chap. xxxv, jf, 6.
9* In Hexameron,
99 C^est-à-dire avoir soin de ses parens , à la manière des