LIVRE III, CHAPITRE XVÏI
déroger au droict ordinaire, et c'est proprement en quoy gîst la souveraineté.
3. A ceux qui sont contraires au droict, et ne contiennent la clause dérogatoire, ou bien qui sont contre le bien et l'utilité publique, quelque clause qu'il y aye , ou bien que le magistrat sçait estre faulx et nuls, mal impetrës et par surprise : « il ne doibt en ces trois cas promptement obeyr, mais les tenir en souffrance , et faire remonstrance une ou deux fois, et à la seconde ou troisiesme jussion obeyr ^ ».
. 4* ^ ^^^^ <l^î ^^^^ contre la loy de Dieu et de nature, il doibt se démettre et quitter sa charge, voire souffrir tout plustost que d'y obeyr et consentir: et ne faut dire que là-dessus pourroit y avoir du doubte, car la justice naturelle est plus claire que la splendeur du soleil *.
5. Tout cecy est bon pour les choses à faire; mais après qu'elles sontfaictes par le souverain, tantmeschantes qu'elles soyent, il vaut mieux les dissimuler
^ Bt)dm, loco cHato,
^ Ceci est pris , presque mot pour mot , de Bodin -doBt voici les paroles : « La justice d'une loi n'est point propren ment naturelle , si elle est obscure et révoquée en doute , w car la vraie justice naturelle est plus luisante que la splen- » deur du soleil ». — De la République , L. ÏÏI. Le paragraphe suivant est encore pris entièrement dans Bodin, dont Charron parait avoir, dans tout ce chapitre , adopté les principes.
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et en ensevelir la mémoire, queTirrileret perdre tout (comme fit Papinian ^ ) \ frustra niti et nihïl aliud nisi odiurn quaerere, extremae dementiae est ^.
Pour le regard des particuliers subjects , les magistrats se doibvent souvenir i. que la puissance qu^ils ont sur eux, ils ne l'ont qu^eu depost, et la tiennent du souverain, qui en demeure tousjours seigneur et propriétaire , pour l'exercer durant le temps qui leur a esté prefix.
2. Le magistrat doibt estre de facile accès, prest à ouyr et entendre toutes plainctes et requestes, tenant sa porte ouverte à tous, et ne s'absenter point,
'' Ce trait d histoire n^est pas très-connu ; je vais le rapporter. Cararalla ayant tué son frère Géta , écrivît à Papinien de composer un discours pour excuser ce meurtre der vaut le sénat. Papinien répondit , qu^il était plus Oaicile de commettre un parricide que de Texcuser , et que c^était un second parricide d^accuser un innocent après lui avoir ôté la vie. Caracalla irrité de cette réponse, le fit mourir, en 21^, k Tâge de 3 7 ans. Remarquons que Spartîen de qui nous tenons ce fait , le regarde comme une fable ( V. Spartian. de Caracalla, c. vin). Mais comment Bodin et Charron, qui Tout copié , ont-ils pu blâmer Papinien d^avoir résisté aux ordres de Caracalla ? En général , les maximes et principes que Charron émet dans tout ce chapitre , ne doivent pas être admis sans examen.
^ ce Faire bien des efforts sans succès , et ne recueillir d^autre fruit de ses fatigues que la haine publique, c^est le comble de la folie » • — Sallust. Bell. Juguiih. c. lil.