‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 9 sur 170 · LIVRE m, CHAPITRE VII. i · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VII. i

De cette parfaicte amitié et communion, nous avons quelques exemples en Fantiquitë. Blosius prins comme très grand amy de Tyberius Gracchus jh condamné, et interrogé ce qu'il eust faict pour luy, ayant respondu toutes choses, il luy fîist demandé, comment s'il t'eust prié de mettre le feu aiix temples , l'eussestu faict? Il respondit que jamaisr Gracchus n'eust eu telle volonté, mais que quand il l'eust eue il y eust obey ^^ ; très hardie et dangereuse response. Il pouvoit dire hardiment que Gracchus n'eust jamais eu cette volonté, c'estoit à luy à en respondre; car comme porte nostre description, l'amy parfaict non seulement sçait et cognoist pleinement la volonté de son amy, et cela suffit pour en respondre, mais il la tient en sa manche, et la possède entièrement. Et ce qu'il adjouste que si Gracchus l'eust voulu, il l'eust faict, ce n'est rien dict , cela n'altère ny n'empire point sa première response, qui est de Tasseurance de la volonté de Gracchus. Cecy est des volontés et jugemens : 3. voyons des biens. Us estoietit trois amy s (ce mot trois heurte nos reigles, et faict penser que ce n'estoit encores une amitié du tout parfaicte) deux riches et un povre chargé d'une mère vieille, et d'une fille à marier; cettuy-cy mourant fait son testament, par lequel il lègue

guide jusque dans les exemples qu'il cite ; mais il ne le copie pas textuellement.

" Plutarque , in Tiber. et Caio Graccho.

i4 DE LA SAGESSE,

à uD de ses amys de noarrir sa mère et Tentretenir , et à l'autre de marier sa fille, et luy donner le plus grand douaire qu'il pourra ; et advenant que Fun d'eux vienne à défaillir, il substitue l'autre. Le peuple se mocque de ce testament, les héritiers 1 acceptent avec grand contentement, et chascun vient à jouyr de son légat; mais estant decedé cinq jours après celuy qui avoit prins la mère , l'autre survivant et demeurant seul universel héritier, entretint soigneusement la mère, et dedans peu de jours il maria en mesme jour sa fille propre unique, et celle qui luy avoit esté léguée, leur despartant par esgales parts tout son bien. Les sages, selon la peincture susdicte , ont jugé que le premier mourant s'estoit monstre plus amy, plus libéral, faisant ses amys héritiers et leur donnant ce contentement de les employer à son besoing ^^ 4* De la vie, l'histoire est notoire de ces deux amys ^^, dont l'un estant condamné par le tyran à mourir à certain jour et heure , demanda ce delay de reste pour aller pourvoir à ses affaires domestiques en baillant caution ; le

*^ Cet exemple est tiré d^un dialogue de Lucien intitulé Toscans, Cesi de la même source que Tavait tiré Montaigne, qui le cite aussi , L. I , c. XX vu.

^^ Cicéron et Yalère Maxime les nomment Damon et Pythie. Voyez toute cette histoire dans Val. Max. inexternis; L. IV, c. vil; et dans les Offices de Cicéron, L. III, c. x, num. ifi.

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