LIVRE III, CHAPITRE III
exemple, et empescher que l'on y retourne, que pour punir le coulpable ; 3. sans cholere ny joye ou autre passion; que sll en falloit monstrer aucune, ce serolt compassion : 4* ^ la manière accoustumëe du pays et non par nouveaux supplices, tesmoignages de cruauté : 5. sans assister ny se trouver à l'exécution ^^ : 6. s'il en faut punir plusieurs, il les faut despescher vistement et tout en un coup ; car les faire longuement traisner les uns après les autres, semble que l'on s'y plaist et s'en paist.
11 faut aussi qu'il se garde d'avarice bien messeante en un grand ^^. Elle se monstre ou a trop exiger et tirer, ou à trop peu donner. Le premier desplaist fort au peuple avare de nature , et à qui le bien , c'est le sang et la vie ^^ : c'est dequoy plus volontiers il se despite : le second aux hommes de service et de mérite, qui ont travaillé pour le public, et pensent qu'il leur est deu quelque entretien. Or comment le prince se doibt gouverner en tout cela, et en matière de finance, tant à faire fonds et imposer, qu'à despendre *^^ et reserver, il a esté bien au long discouru au
^^ Comme François l'^ , qui assistait aux supplices des Huguenots.
^ Cicer. de Offic, L. II , cap. xxil, n". 77.
^4 Juste-Lipse , L. IV. — Il y a dans ce chapitre de Charron , un grand nombre de pensées traduites de Juste-Lipse. 11 serait trop long de les indiquer toutes.
*^^ Qu'à dépenser et tenir en réserve.
chapitre précèdent. Seulement dîray icy , que le prince se doîbt soigneusement garder de trois choses : Tune, de ressembler par trop grandes et excessives impositions, ces tyrans ronge-subjects, mange-peuples, çui décorant plebem sicut escam panis^^; — ^upio^opot^^, quorwn aeràriwn spoliarium cmum , cruentammque praedarum receptaculwn ^^, car il y a danger de tumultes, tesmoin tant d'exemples et vilains accideus : secondement de sordidité tant à amasser {mdignum lucmm ex omni occasione odorari ^^ : — et , ut dicUur , etiam à mortuo auferre ^" ; parquoy ne se doibt servir à cela d'accusations, confiscations, despouilles injustes) qu'à ne rien donner , ou donner trop peu et mercenaîrcment, et se laisser par trop importuner par requestes et longue poursuitte : tiercement de violence en la levée, de fourrage, pillerie; et que s'il est possible l'on ne vienne à saisir les meubles, les outils du labourage. Cecy regarde principalement les receveurs et exacteurs
^^ « Qui dévorent le peuple comme du pain ». Psaum. xiii.
^1 Dévorateurs du peuple, ou, siron veut, sangsues publiques.
^^ a Dont le trésor se grossît continuellement des dépouilles des citoyens , et de sanglantes proies ». Pline , Panegyr, Traj. cap. xxxvi , in principio.
^ « Flairer en toute occasion , dlndignes gains ». Amtnien Marcellin , L. II , cap. xxv.
^° « Et , comme on dit, dépouiller même un mort». Aristot Rhét. L. IL