‹ De la sagesse; trois livresChapitre 107 sur 456 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Préface contenant la générale peincture de l'homme.

Toutes les peinctures et descriptions que les sages el ceux qui ont fort estudié en ceste science humaine ont donné de l'homme, semblent toutes s'accorder et revenir à marquer en l'homme quatre choses : vanité , foiblcsse , inconstance, misère, l'appellant despouillc du temps, jouet de la fortune, image d'inconstance, exemple et monstre de foiblesse, trebuchet d'envie et de misère, songe, fantosme, cendre, vapeur, rosée du matin, tleur incontinent espanouye et fanée , vent , foin , vessie , ombre , feuilles d'arbre emportées par le vent, orde" semence en son commencement, esponge d'ordures et sac de misères en son milieu , puantise et viande de vers en sa fin , bref la plus calami-

■ yl la tromper finement.

' Sale.

teuse et misérable chose du monde. Job , un des plus sufRsans ' en cette matière , tant en théorique qu'en practique , l'a fort au long depeinct , et après lui Salomon , en leurs livres. Pline , pour estre court , semble l'avoir bien proprement représenté , le disant estre le plus misérable , et ensemble le plus orgueilleux de tout ce qui est au monde, solum ut certum sit nihil esse certi, nec miserius quicqiiam homine aut superbius^. Par le premier mot (de misérable), il comprend toutes ces précédentes peinctures, et tout ce que les autres ont dict; mais en l'autre (le plus orgueilleux) il touche un autre grand chef bien important^ et semble en ces deux mots avoir tout dict. Ce sont deux choses qui semblent bien se heurter et s'empescher que misère et orgueil, vanité et présomption > voilà une estrange et monstrueuse cousture que l'homme.

D'autant que l'homme est composé de deux pièces fort diverses , esprit et corps , il est malaisé de le bien descrire entier et en bloc. Aucuns rapportent au corps tout ce que l'on peust dire de mauvais de l'homme , le font excellent , et l'eslevent par- dessus tout pour le regard de l'esprit : mais au contraire , tout ce qu'il y a de mal , non seulement en l'homme, mais au monde, est forgé et produict par l'esprit -, et y a bien plus de vanité , inconstance , misère , présomption en l'esprit, qu'au corps 5 auquel peu de chose est reprochable au pris de l'esprit; dont Democrite appelle cet esprit un monde caché de misères 5 et Plutarque le prouve bien par un livre exprès^, et de ce subject. Or, cette première générale considération de l'homme , qui est «n soy et en gros , sera en ces cinq poincts : vanité, foi-

' Capables.

^ De manière qu'une seule chose est certaine , c'est qu'il n'y a rien de certain , et qu'il n'y a rien de plus misérable ou de plus orgueilleux que l'homme. (Pline, Hisl. nat.)

^ Dans son traité, Si les maladies de l'esprit sont plus gravdes que celles du corps.

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