‹ De la sagesse; trois livresChapitre 314 sur 456 · LIVRE III, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. III

des lieux , et le naturel du pays où l'on est. Annibal estoit excellent en cela '.

6. Pour le faict du combat, il faut adviser plusieurs choses, quand, où, contre qui, et comment : affîn que ce ne soit mal à propos. Et ne faut venir à cette extrémité qu'avec grande délibération : choisir plustost tout autre moyen , et chercher à rompre son ennemy par patience , et le laisser battre au temps , au lieu , au deffaut de plusieurs choses , que venir à ce hazard. Car l'issue des batailles est très incertaine et dangereuse : incerti exitus pugnarum. Mars communis, qui sœpè spoliantem etjàm eœuUantem cvertit, etpercutit ah abjecto '.

7. Il ne faut donc venir à cela que rarement , c'est-à-dire en la nécessité, ou pour quelque grande occasion : nécessité, comme si les difficultés croissent de vostre part; les vivres , les finances défaillent ; les hommes se desgoustent , et s'en vont , l'on ne peust plus gueres subsister, capienda rébus in malis prœceps via est ^ Occasion , comme si vostre party est tout clairement plus fort ; que la victoire semble vous tendre la main ; que l'ennemy est à présent foible , et sera bientost plus fort, et présentera le combat; qu'il ne s'en double pas , et pense que l'on soit bien loin. Il est las et recreu , il repaist , les chevaux sont en la lictiere.

8. Faut considérer le lieu ; car il est de grande conséquence aux batailles. En gênerai ne faut point attendre s'il se peust, que l'ennemy entre dedans vos terres. Il faut aller au devant, au moins l'arrester à la porte ; et s'il y est entré , ne bazarder point la bataille , si ce n'est que l'on aye une autre armée preste :

' Ployez TiTE-LiYE, 1. xxii , c. 41.

' L'issue des combats est incertaine. L'inconstant dieu de la guerre renverse souvent le vainqueur qui , déjà triompiiant , s'emparoit des dépouilles de l'ennemi, et le frappe parla main du vaincu. (Cicéhon, pro Milonc, n»46. )

' Dans les circonstances difTiciies, il faut prendre la voie ia plus rapide,

( SÉKKQUE. )

autrement c'est jouer et mestre son estât au hazard : particulièrement considérer le champ de bataille , s'il est propre pour soy ou pour l'ennemy. Le champ donne quelques fois un très grand advantage. La pleine campagne est bonne pour la cavalerie : les lieux estroits , garnis de marests, fossés , arbres , favorisent l'infanterie.

Regarder avec qui , non avec les plus forts , j'entens plus forts , non d'hommes , mais de courage. Or il n'y a chose qui donne tant de courage que la nécessité , ennemy invincible. Parquoy je dis qu'il ne faut jamais se battre avec des désespérés. Cecy s'accorde avec le précèdent, qui est de ne bazarder bataille dedans son propre pays -, car l'ennemy entré y combat comme désespéré, sçachant que s'il est vaincu, il ne peust eschapper la mort, n'ayant forteresse ny retraitte ou secours aucun , undè nécessitas in loco, spes in virtute, salas ex Victoria \

La manière plus advantageuse , quelle qu'elle soit , est la meilleure ; surprinse , ruse , à couvert , feignant d'avoir peur pour attirer l'ennemy, et le prendre au piège , spe çicloriœ inducere, ut vincantur " -, guetter et marquer ses fautes , pour s'en prévaloir et le charger de ce pas.

1. Pour les batailles rangées sont requises ces choses : la première et principale est une belle et bonne ordonnance de ses gens. 2. Un renfortet secours tout prest, mais couvert et caché , affîn qu'inopinément survenant il estonne l'ennemy : car toutes choses subites , encores que vaines et ridicules, donnent l'espouvante. Primi in omnibus prœliis oculi vincuntur et aures ^

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