‹ De la sagesse; trois livresChapitre 316 sur 456 · LIVRE m , CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE m , CHAP. III

l'on faict ainsi tout plus à son ayse , et sert à croistre le courage des siens et abbattre celuy de son ennemy : car c'est estre assaillant , qui a tousjours plus de cueur que le soustenant. 4. Belle , brave , hardie , résolue contenance du gênerai et autres chefs. 5. Harangue pour encourager les soldats et leur remonstrer l'honneur, le profîit et seureté qu'il y a en la vaillance. Le deshonneur, le danger, la mort sont pour les couards ; minus timoris minus periculi, — audaciam pro muro esse, — effugere morlem, qui eam contemnit \

Estant venu aux mains , si l'armée bransie , faut que le gênerai tienne ferme , fasse tout debvoir d'un chef résolu et brave gendarme , courir au devant des estonnés , arrester les reculans , se jetter en la presse , faire cognoistre à tous , siens et ennemys , que la teste , la main , la langue ne luy tremblent point.

Si elle a du meilleur et le dessus , la retenir, qu'elle ne s'espande et se desbande par trop à poursuyvre obstinément les vaincus. Il est à craindre ce qui est advenu souvent , qu'en reprenant cueur ils jouent au desespoir, fassent un effort , et desfassent les vainqueurs : c'est une violente maistresse d'eschole que la nécessité : clausis ex desperatione crescit audacia : et cum spei nihil est, sumit arma for^mido^. Leur faut })lustost donner passage et faciliter leur fuitte : encores moins permettre s'amuser au butin , si vous estes vainqueur. Il faut user de la victoire prudemment, afiin qu'elle ne tourne en mal. Parquoy ne la faut salir de

ainsi que les oreilles. (Tacite, de Morib. German., c. xliii.) — Le mol dures ne se trouve point dans le texte.

' Moins de crainte, moins de danger; — l'audace sert de forteresse ; — c'est fuir la mort , que de la dédaigner. (Tite-Live, 1. xxii , c. 6; Salluste, Catilin., c. lviii; Quinte-Curce , 1. iv, c. 14.)

' Chez ceux qui se voient enveloppés de toutes parts, l'audace croît par le désespoir : à qui n'a plus nulle espérance , la peur fournit des armes. ( Végèce, 1. III, c. 21.)

cruauté en estant à l'ennemy tout espoir : car il y auroit du danger : ignaviam, nécessitas acuit-, sœpè desperatio spei causa est , — gravissimi sunt morsus irritatœ necessitatis ' : au contraire faut lui laisser occasion d'espérer, et ouverture de paix, ne fouler ny ravager le pays conquis, la fureur et la rage sont dangereuses bestes -, ny d'insolence, mais s'y comporter modestement , et se souvenir tousjours du perpétuel flus et reflus de ce monde et révolution alternative , par laquelle de l'adversité naist la prospérité : et au contraire. Il y en a qui se noyent à deux doigts d'eau , et ne peuvent digérer une bonne fortune , magnam felicitatem concoquere non possunt'^ :

Fortuna vitrea est , lune cùm splendel frangitur : G infidam liduciam : et saepé victor victus '.

Si VOUS estes vaincu , faut de la sagesse à bien cognoistre et peser sa perte , c'est sottise de se faire accroire que ce n'est rien , et se paistre de belles espérances , supprimer les nouvelles de la deffaite. Il la faut considérer toute de son long, autrement comment y remediera-t-on ? Et puis du courage à mieux espérer, à restaurer ses forces, faire nouvelles levées, chercher nouveaux secours , mettre bonnes et fortes garnisons dedans les places fortes. Et quand le ciel seroit si contraire , comme il semble quelquefois s'opposer aux armes sainctes et justes , il n'est toutesfois jamais deffendu de

' La nécessité est l'aiguillon de la lâcheté ; et souvent l'excès du désespoir produit l'espérance. — L'extrême nécessité, dans sa rage, fait de Jrès graves blessures. ( Quinte-Curce , 1. v, c. 4 ; SénÈque, Conlrover».')

' PisDARE , Olymp.. od. i , v. 92. La traduction précède.

' La fortune est de verre :

Et, comme elle a l'éclat du verre, Elle en a la fragilité.

P confiance perfide! le vainqueur est souvent vaincu. (Publius Strus, Sentent.)

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