‹ De la sagesse; trois livresChapitre 350 sur 456 · LIVRE III , CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAP. X

sed prcpteril \ Il ne tient pas modération aux actions externes , et au contraire au dedans il n'a aucune affection 5 c'est tout au rebours de l'amy. 4. Il cède et donne tousjours le haut bout et la victoire au flatté , et luy applaudist, n'ayant autre but que de plaire , tellement qu'il loue et tout et trop» voire quelques fois à ses despens, se blasmant et humiliant , comme le luitteur qui se baisse pour mieux atterrer son compagnon. L'amy va rondement , ne se soucie s'il a le premier ou second lieu , et ne regarde pas tan t à plaire, comme d'estre utile et proflîter, soit-il doucement ou rudement ; comme le bon médecin à son malade pour le guérir. 5. Il veut quelques fois usurper la liberté de l'amy à reprendre : mais c'est bien à gauche. Car il s'arrestera à de petites et légères choses, feignant n'en voir et n'en sentir de plus grandes : il fera le rude censeur contre les autres parens, serviteurs du flatté, de ce qu'ils ne font leur debvoir envers luy : ou bien feindra d'avoir entendu quelques légères accusations contre luy, et estre en grande peine d'en sçavoir la vérité de luymesme : et venant le flatté à les nier, ou s'en excuser, il prend de là occasion de le louer plus fort. Je m'en esbahissois bien, dira-t-il , et ne le pouvois croire , car je voy le contraire : comment prendriez-vous de l'autruy? vous donnez tout le vostre et ne vous souciez d'en avoir. Ou bien se servira de reprehensions pour davantage flatter, qu'il n'a pas assez de soing de soy, n'espargne pas assez sa personne si requise au public , comme fit un sénateur à Tybere en plein sénat avec mauvaise odeur. 6. Bref j'achèverai par ce mot , que l'amy tousjours garde, sert , procure , et pousse à ce qui est de la raison, de l'honneste et du debvoir; le flatteur à ce qui est de la passion , du plaisir, et qui est jà malade en l'ame du flatté. Donc il est instrument propre à toutes choses de volupté et de desbauche , et non à ce qui est honneste ou pénible et dangereux : il semble le singe qui n'estant propre

' Il n'imite pas l'amitié, il l'exagère. (Sénèque, Ep. xlv.)

à aucun service, comme les autres animaux , pour sa part

il sert de jouet et de risée.

A la flatterie est fort conjoinct et allié le mentir, vice vilain ^ « dont disoit un ancien • que c'estoit aux esclaves de mentir, et aux libres de dire vérité. Quelle plus grande lascheté que se desdire de sa propre science ? Le premier traict de la corruption des mœurs est le bannissement de vérité , comme au contraire , dict Pyndare ^, estre véritable est le commencement de grande vertu ^ » : et pernicieux à la société humaine. Nous ne sommes hommes , et ne nous tenons les uns aux autres , comme a esté dict , si elle nous fault. Certes le silence est plus sociable que le parler faux. Si le mensonge n'avoit qu'un visage comme la vérité, encores y auroit-il quelque remède ; car nous prendrions pour certain le contraire de ce que dict le menteur : mais le revers de la vérité a cent mille figures , et un champ indefiny. Le bien , c'est-à-dire la vertu et la vérité , est finy et certain , comme n'y a qu'une voye au blanc : le mal , c'est-à-dire le vice , l'erreur, et le mensonge , est infiny et incertain , car il y a mille moyens à se desvoyer du blanc. « Certes si l'on cognoissoit l'horreur et le poids du mensonge , l'on le poursuyvroit à fer et à feu. Et ceux qui ont en charge de la jeunesse debvroient avec toute instance empescher et combattre la naissance et le progrès de ce vice , et puis de l'opiniastreté , et de bonne heure, car tousjours croissent ^. ><

Il y a une menterie couverte et desguisée, qui est la feintise et dissimulation ( qualité notable des courtisans , tenue en crédit parmy eux comme vertu ) , vice d'ame lasche et basse -, se desguiser, se cacher soubs un masque , n'oser se

- ' ApohLomvs D^TRYAîiE, apud Philostrat. in ejus vilâ.

" J^erilas principia magnœ virtutis promovet. { Pindar., apud Sto~ bœum , de J^eril., Serm. xi. )

' Pris de Montaigne , I. ii , c. 18,

* Montaigne, ibid.

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