CHAPITRE XI
Du bienfaict, obligation et recognoissance.
La science et matière du bienfaict et de la recognoissance de l'obligation active et passive est grande , de grand usage et fort subtile. C'est en quoy nous faillons le plus : nous ne sçavons ny bien faire , ny le recognoistre. Il semble que la grâce, tant le mérite que la recognoissance, soit courvée, et la vengeance ou la mescognoissance soit à gain , tant nous y sommes plus prompts et ardens. Gratia oneri est , ultio in quœstu habetur. — Altiiis injuriœ quàm mérita descendunt '. Nous parlerons donc icy premièrement du mérite et bienfaict, où nous comprenons l'humanité, libéralité, aumosne-, et leurs contraires, inhumanité, cruauté : et puis de l'obligation, recognoissance et mescognoissance, ou ingratitude et vengeance.
Dieu , nature, et toute raison nous convient à bien faire et à mériter d'autruy ^ Dieu par son exemple et son naturel , qui est toute bonté ; et ne sçaurions mieux imiter Dieu que par ce moyen , nullâ re propiùs ad Dei naturam
' Celles qui mettent le plus d'apparat dans leur douleur, sont celles qui en ressentent le moins. — Imitation de ce mot de Tacite : IVulli jactantiùs mœrenl quàm qui maxime lœtanlur. [Annal., 1. ii, c. 77.)
' La reconnoissance est à charge , et la vengeance semble tout profit. — Les injures pénètrent plus profondément que les bienfaits. (Tacite, Histor., 1. IV, c. 3; Sé\èque, de Benef., 1. i, c. 1.)
^ SÉNÈQUE, de Olio sapienl., c. xxx , sub fine.