‹ De la sagesse; trois livresChapitre 428 sur 456 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Contre l'envie.

Contre cette passion considérons ce que nous estimons bien et envions à autruy. Nous envions es autres volontiers des richesses , des honneurs , des faveurs : c'est faulte de savoir ce que leur couste cela. Qui nous diroit , vous en aurez autant à mesme prix , nous n'en voudrions pas. Pour les avoir il faut flatter, endurer des afflictions , des injures , bref perdre sa liberté, complaire et s'accommoder aux voluptés et passions d' autruy. L'on n'a rien pour rien en ce monde. Penser arriver aux biens , honneurs , estats , offices autrement, et vouloir pervertir la loy ou bien la coustume du monde , c'est vouloir avoir le drap et l'argent. Pourquoy toy qui fais profession d'honneur et de vertu , te fasches-tu, si tu n'as ces biens-là qui ne s'acquièrent que par honteuse patience? Ayez donc plustost pitié des autres qu'envie. Si c'est un vray bien qui soit arrivé à autruy, nous nous en debvons resjouv- ; car nous debvons désirer le bien les uns des autres : se plaire au bien d'autruy , c'est accroistre le sien.

' F'oyez Plutarque , dans la rie de Lycurgue , et dans les Dils des Lacédémoniens.

' Tout ce petit chapitre est pris dans Du Vair, Philosophie morale des Stoîques, p. 883.

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