‹ De la sagesse; trois livresChapitre 433 sur 456 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

De la terapei'ance ea gênerai.

Tempérance se prend doublement, en terme gênerai pour une modération et douce attrempance^ en toutes choses. Et ainsi ce n'est point une vertu spéciale , mais générale et commune-, c'est un assaisonnement de toutes; et est perpétuellement requise , principalement aux affaires où y a de la dispute et contestation aux troubles et divisions. Pour la garder il n'y a que n'avoir point d'intentions particulières, mais simplement se tenir à son debvoir. Toutes intentions légitimes sont tempérées 5 la cholere , la hayne sont au-delà du debvoir et de la justice , et servent seulement à ceux qui ne se tiennent à leur debvoir par la raison simple.

' ployez Suétone, in Augusto , c. lxsi.

^ Il falloitdire Slralonice. Voyez Plutarque, des vertueux Faits des Femmes.

^ Altrempance signifie aussi moàératiojt.

Spécialement pour une bride et reigle aux choses plaisantes , voluptueuses , qui chatouillent nos sens et nos appétits naturels. Habena voluptatis, inter libidineinet stuporem naturœ posita, cujus duœ partes : verccundia in fugâ turpium, honestas in ohservatione decoriK Nous la prendrons icy un peu plus au large pour la reigle et le debvoir en toute prospérité , comme la force estoit la reigle en toute adversité , et sera la bride , comme la force , l'esperon. Avec ces deux nous dompterons cette partie brutale, farouche et revesche des passions qui est en nous, et nous nous porterons bien et sagement en toute fortune et en tous accidens , qui est le plus haut poinct de sagesse.

La tempérance a donc pour son subject et objet gênerai toute prospérité , chose plaisante et plausible , mais spécialement et proprement la volupté, de laquelle elle est retranchement et reiglement : retranchement de la superflue, estrangere, vitieuse; reiglement de la naturelle et nécessaire; voluptatibus imperat; alias odil et abigit; alias dispensât et ad sanum modum redigit; nec unquàm ad illas propter illas venit : sait optimum esse modum cupitorum,, non quantum velis, sed quantum debeas ^ C'est l'authorité et puissance de la raison sur les cupidités et violentes affections qui portent nos volontés aux plaisirs et voluptés. C'est le frein de nostre ame , et l'instrument propre à escumer les bouillons qui s'eslevent par la chaleur et l'intempérance du sang, afiin de contenir l'ame une et esgale à la raison , aflin qu'elle ne s'accommode point aux objects sen-

' Il est un double frein placé entre les désirs et l'extase de la volupté, c'est le sentiment de pudeur qui nous éloigne des choses honteuses, et l'honnêteté qui nous porte à observer les lois de la bienséance.

" La tempérance commande aux voluptés : elle hait et repousse les unes ; elle use des autres, les retient dans de justes bornes. Ce n'est jamais pour s'y livrer aveuglément qu'elle s'en approche : elle n'ignore pas que cette maxime, ne pas faire tout ce qu'on voudroit, mais seulement autant qu'on doit, est la meilleure des règles pour quiconque éprouve des passions. (SÉNÈQUE, Episl. LXXXVIII.)

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