‹ De la sagesse; trois livresChapitre 446 sur 456 · LIVRE lli, CHAP. XLll · texte numérisé non relu

LIVRE lli, CHAP. XLll

excusable et [)eimis eii deux cas : l'un est aux choses bonnes et utiles , mais qui sont au-dessoubs la vertu , et communes aux bons et meschans, comme sont les arts et sciences : Honos a lit artes : inccnduntur omncs adstiuUa gloriâ ' \ les inventions , l'industrie , la vaillance militaire. L'autre est pour demeurer en la bienveillance d'autruy. Les sages enseignent de ne reigler point ses actions par l'opinion d'autruy, sauf pour esviter les incommodités qui pourroient advenir de leur mespris de l'approbation et jugement d'autruy.

Mais au faict de la vertu , et de bien faire pour la gloire , comme si c'en estoit le salaire , c'est une opinion faulse et vaine. Ce seroit chose bien piteuse et chetive que la vertu , si elle tiroit sa recommandation et son prix de l'opinion d'autruy : c'est une trop foible monnoye et de trop bas alloy pour elle ^ elle est trop noble pour aller mendier une telle recompense. « Il faut affermir son amc , et de façon telle composer ses affections , que la lueur des honneurs n'esblouisse point nostre raison , et munir de belles resolutions son esprit , qui luy servent de barrières contre les assauts de l'ambition.

« Il se faut donc persuader que la vertu ne cherche point un plus ample ny plus riche théâtre pour se faire voir, que sa propre conscience' ^ plus le soleil est haut, moins faict-il d'ombre ^ plus la vertu est grande , moins cherche-t-elle de gloire -, gloire vrayement semblable à l'ombre qui suit ceux qui la fuyent , et fuit ceux-là qui la suy vent : se remettre devant les yeux que l'on vient en ce monde comme en une comédie , où l'on ne choisit pas le personnage que l'on veut

' La gloire est la nourrice des arts ; c'est elle qui anime dans leurs Iravaux tous ceux qui les cultivent. (Cicéron, dans le Proemium des Tus culanes; S. Augustin, de Civil. Dei, 1. v, c. 13.)

' Conscientia fadi salin est, dit Tacite , Annal., 1. ii , c. 22. — Caton le Censeur disoit ((u'il ainioit mieux en faisant bien n'èlrc pas récomponsé , qu'en faisant mal n ta être pas puni P'Oijcz FLurARQiE, f^'ie de Calon.

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jouer, mais seulement l'on regarde à bien jouer celuy qui est donné ; ou comme en un banquet , auquel l'on use des viandes qui sont devant , sans estendre le bras à l'autre bout de la table , ny arracher les plats d'entre les mains des maistres d'hostels. Si l'on nous présente une charge dont nous soyons capables , acceptons-la modestement, et l'exerçons sincèrement ^ estimans que Dieu nous a là posés en sentinelle, affin que les autres reposent soubs nostre soin : ne recherchons autre recompense de nostre labeur, que la conscience d'avoir bien faict ; et desirons que le tesmoignage en soit plustost gravé dedans le cueur de nos concitoyens, que sur le front des œuvres publiques. Bref, tenons pour maxime que le fruict des belles actions est de les avoir faites'. La vertu ne sçauroit trouver hors de soy recompense digne d'elle ^ » Refuser et mespriser les grandeurs, ce n'est pas tant grand miracle , c'est un effort qui n'est si difficile. Qui bien s'ayme et juge sainement, se contente de fortune moyenne et aysée ; les maistrises fort actives et passives sont pénibles , et ne sont désirées que par esprits m.alades. Otanes ^ l'un des sept qui avoient droict à la souveraineté de Perse , quitta + à ses compagnons son droict, pourveu que luy et les siens vescussent en cet empire hors de toute subjection et maistrise , sauf celle des loix anciennes, impatient à commander et estre commandé. Diocletian quitta et renonça l'empire , Celestinus '" le papat ^

' Reclè facti fecisse mer ces est. (Sénèqce, Epist. lxxxi.)

' Tout ce qui est entre guillemets est pris de Du Vair, Philosophie morale des Stoïques, p. 880.

' C'est un des sept mages de la Perse qui conjurèrent avec Darius. Ployez HÉRODOTE, 1. m et 1. v. D'autres le nomment Oslhanès.

* Céda.

' C'est Célestin v, qui institua l'ordre des Célestins, en 1244. Il lui éla pape le 1-3 décembre 1294. Cinq mois après son élection , il abdiqua volontairemeut le pontificat, à la sollicitation de Benoît Cajetan, qui fut élu sous le nom de Boniface viii.

" la papauté.

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