‹ De la sagesse; trois livresChapitre 68 sur 456 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De l'amour en gênerai.

La première maistresse et capitale de toutes les passions est l'amour, qui est de divers subjects , et de diverses sortes et degrés. Il y en a trois principaux, ausquels tous se rapportent (nous parlons du vitieux et passionné-, car du vertueux, qui est amitié, charité, dilection , sera parlé en la vertu de la justice), sçavoir : l'ambition ou superbe, qui est l'amour de grandeur et honneur ; l'avarice , amour des biens; et l'amour voluptueux et charnel. Voilà les trois goulphes' et précipices d'où peu de gens se sauvent, les trois pestes et corruptions de tout ce qu'avons en maniement, esprit, corps et biens; les armeures des trois capitaux ennemis du salut et repos humain, le diable, la chair,

• Gouffren.

le monde. Ce sont, à la vérité, trois puissances les plus communes et universelles passions dont l'Apostre a party en ces trois tout ce qui est au monde : Quidquid est in mundo, est concupiscentia oculorum, aut carnis , aut superbia vUœ\ L'ambition, comme spirituelle, est plus noble et hautaine que les autres. L'amour voluptueux, comme plus naturel et universel (car il est mesme aux bestes , où les autres ne se trouvent point), il est plus violent et moins vitieux ^ je dis violent tout simplement , car quelquesfois l'ambition l'emporte; mais c'est une maladie particulière. L'avarice est la plus sotte et maladive de toutes.

Page 1