LIVRE I, CUAP. XXIX
l'envie, nous ne considérons le bien qu'en ce qu'il est arrivé à un autre, et que nous le desirons pour nous; et la jalousie est de nostre bien propre, auquel nous craignons qu'un autre participe.
Jalousie est maladie d'ame foible, sotte et inepte, maladie terrible et tyrannique : elle s'insinue soubs tiltre d'amitié; mais après estre en possession, sur les mesmes fondemens de bienveillance, elle baslit une hayne capitale; la vertu, la santé, le mérite, la réputation, sont ies bouttefeus de celte rage.
C'est aussi un fiel qui corrompt tout le miel de nostre vie : elle se mesle ordinairement es plus doulces et plaisantes actions , lesquelles elle rend si aigres et si ameres que rien plus; elle change l'amour en hayne, le respect en desdain , l'asseurance en défiance ; elle engendre une curiosité pernicieuse de se vouloir esclaircir de son mal , auquel il n'y a point de remède qui ne l'empire et ne l'engrege ' ; car ce n'est que le publier, arracher de l'ombre et du double pour le mettre en lumière, et le trompetter par-tout, et estendre son malheur jusques à ses en fans.
Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. m, chap. XXXV.