CHAPITRE XXXI
Cruauté.
C'est un vilain et détestable vice que la cruauté, et contre nature , dont aussi est-il appelle inhumanité.
La cruauté vient de foiblesse et lascheté, omnis ex infirmitate feritas esf, et est fille de couardise-, la vaillance s'exerce seulement contre la résistance , et s'arreste voyant l'ennemy à sa mercy : Romana virtus parcere subjectis, debellare superbos'^. La lascheté ne pouvant estre de ce
' Celui qui tue ne savoure pas longuement la vengeance, et n'acquiert
pas la gloire.
' Toute cruauté vient de foiblesse. (Sénèque, de Vil. beat., m.) ' La vertu romaine consiste à épargner ceux qui se soumettent, à
combattre les orgueilleux qui veulent lui résister. — C'est un vers tron-
oué de Y rinéide.
rooUe , pour dire qu'elle en est , prend pour sa part le sang et le massacre. Les meurtres des victoires s'exercent ordinairement par le peuple et officiers du bagage. Les cruels , aspres et malicieux , sont lasches et poultrons ^ les tyrans sont sanguinaires, pource qu'ils craignent, et ne peuvent s'asseurer qu'en exterminant ceux qui les peuvent offenser, dont ils s'attaquent à tous, jusques aux femmes-, car ils craignent tous. Cuncta ferit dum cuncta timet^. Les chiens couards mordent et deschirent dans la maison les peaux des bestes sauvages qu'ils n'ont osé attaquer aux champs. Qui rend les guerres civiles et populaires si cruelles , sinon que c'est la canaille et lie du peuple qui les meine? L'empereur Maurice, adverty qu'un soldat Phocas le debvoit tuer, s'enquit qui il estoit, et de quel naturel-, et luy ayant esté dict par son gendre Philippes qu'il estoit lasche et couard, il conclud qu'il estoit meurtrier et cruel. Elle vient aussi de malignité interne d'ame , qui se plaist et délecte au mal d'autruy-, monstres comme Caligula.