‹ De la SalipyrineChapitre 17 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La salipyrine est absorbée assez rapidement par le tube digestif. Il nous a été facile de nous en rendre compte en déterminant, au moyen du perchlorure de fer, le moment où elle apparaît dans l’urine. Nos recherches ont porté sur des malades et sur nous-même.

Ayant pris, à différentes reprises, des doses de 1 gramme nous avons pu déceler des traces une heure ou une heure et demie après l’ingestion. La réaction était maxima environ deux heures après l’apparition des premières traces dans l’urine. Une fois nous avons ingéré la dose de 2 grammes, trois quarts d'heure après nous obtenions la réaction.

Les expériences faites sur les maladies nous ont donné les mêmes résultats. :

L’élimination de la salipyrine n’est pas longue à se terminer. Jamais nous n’en avons retrouvé dans les urines 12 heures après l’ingestion de ] gramme : le plus souvent ilne persistait rien dix heures avrès.

Le perchlorure de fer ne nous à jamais donné la réaction de la salipyrine dans la salive.

Action sur la température. Nous n’avons pas remarqué que ce médicament ait sur la fièvre l’action si efficace

annoncée par Guttmann et surtout Hennig. Dans deux de nos observations VI et VIII, la température ne paraît pas avoir été modifiée. Malgré une dose journalière de 4 grammes, la première malade garda pendant huit jours une fièvre qui tous les soirs variait de 385 à 39°9 avec remissions matutinales de 2 environ. On porta alors la dose à 6 grammes : la température parut céder ; la défervescence eut lieu le lendemain, mais ne dura qu’un jour. La fièvre fit sa réapparition et pendant plus d’une semaine semaine se maintint encore chaque soir entre 38° et

Le: trace thermométrique de la seconde malade est plus intéressant. Le jour de l'entrée à l’hôpital, la température était de 40°,8. On prescrivit 4 grammes de salipyrine qui n’eurent pour effet que de l’abaisser de 1°. Puis pendant le 7 jours suivants, la fièvre oscilla entre 39° et 40°. On augmenta alors de 2 grammes la dose du médicament. La température, loin de baisser, monta et atteignit 40°, 40°,8. L’antipyrine que l’on substitua alors à la salipyrine fit tomber la fièvre qui oscilla entre 38° et 39°. Mais ce qui réussit le mieux fut le salicylate de soude qui, à la dose de 4 grammes, maintint la température entre 38° et 38°,9. Cette malade dont le rhumatisme est rebelle à tout traitement, abandonna un jour le salicylate et vit remonter la fièvre.

Il semble donc, d’après cette dernière observation qu’au point de vue anti-thermique la salipyrine est inférieure à l’antipyrine et plus encore au salicylate de soude.

Chez les autres malades qui présentaient de la fièvre (Obs. [, I, V, VID, la température tomba définitivement 2, 3, 4 et5 jours après l'administration du médicament.

PT Re

Mais nous avions à faire à des formes moins intenses de

rhumatisme.

Action sur la douleur et sur la tuméfaction. Il est incontestable que la salipyrine modifie heureusement ces deux symptômes. Dans tous les cas que nous rapportons, la douleur et le gonflement articulaire ont subi plus ou moins vite une amélioration notable. Presque tous les malades accusent dès le lendemain ou le surlendemain une diminution plus ou moins marquée des symptômes locaux. La tuméfaction a toujours disparu la première laissant subsister les douleurs qui ne tardaient pas à s'améliorer, puis à céder. Dans nos observations, la guérison fut complète en 7, 12, 24 et 60 jours au plus, sauf pour la malade de l’observation VIII dont le rhumatisme est rebelle à tout traitement. Cependant on ne peut absolument nier son influence dans ce cas. Après avoir pris du 26 novembre au 8 décembre d'abord 4 grammes, puis 6 grammes par jour de salipyrine, la tuméfaction et la douleur ne persistaient plus que dans les épaules. La malade cessa le médicament : les phénomènes articulaires se montrèrent dans d’autres articulations.

Cependant l'influence de la salipyrine n’est pas tellementspécifique qu’elle empêche l’apparition des symptômes du rhumatisme dans d’autres points que ceux touchés au début du traitement. Dans toutes nos observations nous voyons, pendant un certain temps, les douleurs et le gonflement disparaître d’une région, tandis que des articulations jusque-là indemnes devenaient malades.

La salipyrine ne met pas non plus à l’abri des récidives : témoin les observations II, IV, VIII et IX. Comme le

constatent les Allemands, la récidive est d'autant plus sûre que le médicament à été supprimé à une époque plus rapprochée de la guérison.

Il est done indispensable, ainsi que le recommande Hennig, de continuer l'usage de la salipyrine huit ou quinze jours après la guérison complète, aux mêmes doses ou en les diminuant progressivement.

Quant à l’action de ce médicament sur les complications du rhumatisme, nous ne sommes pas suffisamment édifiés pour donner des conclusions absolues. Nous n’avons eu l’occasion de voir qu’un seul cas où le rhumatisme s’est compliqué d’une péricardite et d’une pleurésie double (Obs. VII) : la salipyrine n’a pas paru les modifier .

Action sur la circulation. — Au début, environ une heure après l’ingestion de un gramme de salipyrine nous avons pu constater sur nous-même une légère augmentation de tension avec ralentissement du pouls. Mais ces caractères du pouls ne persistaient pas longtemps : environ 3 ou 4 heures après le pouls était revenu à son état antérieur.

L’étude du pouls chez nos malades nous a conduit à des résultats contradictoires. Tantôt la tension était légèrement augmentée, tantôtelle ne présentait point de changement.

Nous avons voulu tenter, par une expérience physiologiques, d'obtenir des conclusions plus fermes sur les modifications de la circulation. Mais les difficultés de l’expérimentation étaient grandes : elles venaient surtout de la presque insolubilité de la salipyrine dans l'eau. Il n’y avait qu’un moyen de faire absorber le médica-

ee Etre ment à l'animal : l'injection dans une anse d’intestin grêle.

On prit un chien de taille moyenne auquel on pratiqua la respiration artificielle, Après avoir dénudé la carotide, on plaça une canule que l’on mit en relation avec un manomètre et on nota la pression, Puis on mit à nu une anse d’intestin grêle dans laquelle on injecta 10 grammes de salipyrine en poudre. Un quart d’heure après, on trouva une augmentation de tension d’un centimètre de mercure. Mais cette augmentation de tension, nous n’osons l’attribuer absolument à l’action médicamenteuse : les manipulations que l’on dut faire subir à l’animal, et surtout le refoulement dans la circulation des caillots qui se formaient au niveau de la canule suffiraient peut-être à expliquer cette augmentation de tension. La pression dans la carotide étudiée à plusieurs reprises ne présenta plus de variation.

Action Sur les urines. C’est, nous l’avons dit, par les urines que s’élimine la salipyrine qu’on peut déceler soit par le perchlorure de fer soit par l’acide azoteux.

On peut se rendre compte, d’après celles de nos observations où la quantité d’urine a été notée jour par jour, que celle-ci n’a pas notablement varié sous l’influence de la médication. Nous n'avons point non plus remarqué de changement de coloration des urines. Nos recherches n'ayant point porté sur la qualité de ces urines, nous ne savons si les matières excrétées sont augmentées ou diminuées.

Tolérance.La salipyrine est très bien supportée, quand elle est administrée en cachets et ceux de nos malades

Tire

qui avaient eu antérieurement l’occasion de prendre du salicylate de soude, la lui préfèrent. Cependant l’antipyrine est mieux tolérée.

Au début, nous avions administré le médicament en suspension dans un julep gommeux. Presque tous les malades eurent des nausées, suivies, dans les observations VI et VIII, de vomissements. Depuis lors, on le prescrivit en cachets : les nausées furent rares et n’aboutirent jamais au vomissement. |

Les malades ne nous ont presque jamais signalé de troubles du côté du tube digestif. A part les nausées, nous n'avons à noter qu’une sensation de brülure à l'estomac dans deux cas,dont l’un à la suite de l’ingestion de deux grammes à la fois. Deux de nos malades (obs. IIT et VI) se sont plaint de coliques ; mais celles-ci très légères disparurent rapidement.

Quelques malades seulement ont accusé des bourdonnements d’oreilles, quelquefois même (obs. V) accompagnés d’une surdité passagère et intermittente. Mais ces bourdonnements n'étaient pas très forts, nt bien insupportables. Ils n’étaient pas comparables à ceux que lon éprouve pendant un traitement au salicylate de soude. Un autre malade qui était habituellement traité par le salicylate était reconnaissant à la salipyrine de ne lui avoir point causé les bourdonnements d’oreilles si désagréables que le premier médicament lui occasionnait chaque fois.

Chez les mêmes malades qui eurent des bourdonnements d'oreilles, nous trouvons des cauchemars avec vision de grands animaux, tels que lions, ours, etc., cauchemars se terminant en général par du vertige et une sensation de chute dans un fossé.

LEHOUE

Nos malades reprochent surtout à la salipyrine les sueurs abondantes qu’elle provoque, Au début, ïls ne remarquaient aucune modification de leur transpiration. Mais au bout d’un certain temps, presque tous déclaraient qu'à chaque cachet il se produisait des sueurs plus ou moins abondantes accompagnées de frissons. Elles débutent en inoyenne une demi-heure ou une heure après la prise du cachet et durent une ou deux heures. Mais chez tous, elles ne sont point si abondantes.

Cette transpiration était si intense chez la malade de l'observation VIII et l’affaiblissait tellement que, sur sa demande on supprima le médicament. Ce qui prouve bien que la salipyrine n’était pas sans influence sur cette sudation, c’est que du jour où la malade y renonça, les sueurs diminuèrent énormément et finirent par disparaître. Dans les expériences entreprises sur un de nos camarades et sur nous-même, nous n’avons point constaté ces sueurs. Toutefois chez une malade non rhumatisante, un gramme amena une demi-heure après l’ingestion et pendant une heure une transpiration assez lécère dans les membres inférieurs seulement, avec frissons; le lendemain un autre gramme provoqua au bout du même temps des sueurs généralisées qui durèrent environ une heure également.

Rarement la salipyrine produisit d’autres malaises.

Pour notre part nous n’avons jamais constaté d’éruption consécutive à l’administration du médicament ; et cependant nos malades en ont absorbé d'assez fortes doses.

Dans l'observation Ile malade appela notre attention sur une éruption qui s'étendait aux coudes, aux avant-

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bras et à l’abdomen et qu’il attribuait à la salipyrine. Un examen attentif nous prouva que l’on n'avait affaire qu’à de la gale.

Guttmann (1) cite un cas, le seul qu’il ait rencontré dans le cours de ses essais, où apparut un exanthème médicamenteux qui envahit tout le corps : il était constitué par des papules, semblable en certains endroits à de l’urticaire et rappelant les éruptions consécutives à l'emploi de l’antipyrine. Il disparut au bout de trois à quatre Jours.

Quoique dans aucune de nos observations nous n’ayions constaté des accidents nerveux consécutifs à l’administration de la salipyrine, nous publierons cette observation de Kollmann (2), en laissant à cet auteur la responsabilité de l'interprétation. Il nous paraît cependant difficile de croire à la pathogénie de ces symptômes telle qu’il l’édifie, surtout après l’absorption de si faibles doses du mé licament relativement à celles que nous avons utilisées. |

« Une rhumatisante avait pris en dix jours 30 grammes de salipyrine.

« Le 17 octobre la malade vomit plusieurs fois et eut de la fièvre. Puis apparut un exanthème qui s’étendait aux deux mains, mais se limitait exactement à l'articulation du poignet. Après quelques jours l’érythème disparut,de même que les symptômes gastriques.

Le 21 octobre (il y avait cinq jours que la malade n’en prenait plus), on donna de nouveau la salipyrine (3 gr. par jour). Le jour même l’exanthème « antipyrique » fit sa réapparition. Cette fois il ne se limita pas .aux mains, mais

(1) Loco cttato.

(2) Loco citato.

LR ALTEE

s’étendit aux avant-bras, aux bras et à une partie de la poitrine, épargna la nuque, le dos, le bas-ventre et les extrémités inférieures. Dans la nuit du 22 au 23 la malade fut très agitée, se jela en bas de son lit, poussa des gémissements, sans qu’elle accusât aucune souffrance déterminée. — L'exanthème avait disparu. La malade vomit plusieurs fois et resta environ deux heures après-midi sans parler, sans connaissance. Point de modification de la face : ni cyanose, ni pâleur. Pas de troubles du côté des organes thoraciques. Pouls un peu ralenti. Les muscles, plutôt un peu reläâchés, réagissent aussitôt qu'on les touche. Au contraire les pupilles fortement dilatées ne réagissent plus (mydriase). Au début la maïade perdit son urine et ses matières. Pendant l’accès, elle vomit une seule fois.

Malheureusement l’urine ne put être recueillie que quelques jours après. Elle présentait encore des traces d’albumine et de sucre. Le 30 octobre plus d’albumine : le sucre était un peu plus abondant.

L’urine examinée le 14 août et le 29 septembre, pendant la maladie, ne contenait ni sucre, ni albumine.

Le 24 octobre la mydriase persistait. La malade revenue à elle-même déclarait avoir perdu connaissance pendant l'attaque.

Elle se plaint d’une céphalalgie intense, d’une soif vive, de sécheresse de la langue et du gosier,symptômes qui persistèrent encore quelque temps »,

Kollmann avoue qu’il s’est trouvé probablement en face d’une « prédisposée ».

Voici comment il explique la production de ces symptômes : « Ces accidents sont dûs à une excitation des nerfs vasodilatateurs et de leur centre qui siège dans la moelle allongée entre le quatrième ventricule et le calamus scriptorius: Il est facile de s’en rendre compte en remarquant que l’action sur les divers organes s’est manifestée dans un ordre déterminé. Le premier symptôme

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fut le vomissement qui a son centre dans la moelle allongée. En deuxième lieu, l’excitation atteignit les vasomoteurs : d’où l’exanthème. Enfin on eut des symptômes de congestion cérébrale : agitation, chute, gémissements, mydriase, délire et perte de connaissance. Une dernière preuve de lirritation non seulement des vasomoteurs, mais de leur centre, c’est l'apparition de la glycosurie ».

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