II. Abcès et fistules
a. Abcès articulaires ou communicants.
Lorsque les liquides séro-purulents ou purulents collectionnés dans la cavité articulaire font issue au dehors, ils s’engagent ordinairement dans le cul-de-sac qui entoure le long tendon du biceps et un peu plus rarement dans celui qui accompagne le tendon du muscle sous-scapulaire.
Si le pus fuse autour du prolongement bicipital, il perfore le repli
(1) Ouvr. cité.
(2) Obs. citée.
synovial et s’accumule au-dessous du deltoïde. Les abcès auxquels il donne naissance s’ouvrent généralement à la partie antéro-?interne du bras, au-dessous de l’articulation; moins fréquemment ils se font jour au voisinage de l’acromion par un, deux ou trois orifices plus ou moins rapprochés. Chez le malade de Whîte(l), l’abcès disséqua le biceps et s’ouvrit au milieu de la face interne du bras.
Si le pus s’engage dans le cul-de-sac séreux qui accompagne le tendon du muscle sous-scapulaire, il s’insinue entre le muscle et la face de l’omoplate ; l’abcès s’ouvre à la partie inférieure et postérieure du creux axillaire et produit des décollements quelquefois très-étendus. Chez une jeune fille, la collection purulente ulcéra les muscles intercostaux entre la première et la deuxième côte , fit irruption dans la cavité pleurale et causa une pleurésie mortelle (2). Cette observation est unique dans la science.
Rarement le pus se fait jour à la partie antérieure de la cavité axillaire, et nous ne connaissons pas d’exemple dans lequel l’abcès se soit ouvert spontanément à la partie postérieure et supérieure de l’aisselle. Cela n’a pas eu lieu même dans le cas exceptionnel où le pus et les fongosités avaient altéré la résistance de la capsule en haut et en arrière. 11 arrive sans doute que la collection purulente est limitée en cet endroit par l’expansion des muscles trochantériens qui renforcent la capsule.
p. Abcès osseux ou ossifluents.
On a vu quelquefois les abcès osseux se former longtemps avant que la nécrose, le tubercule, etc., qui les produit ait déterminé une véritable maladie articulaire. Dans ces cas, les fistules fongueuses s’ouvrent encore à l’extérieur sur l’un des points que nous avons indiqués, et versent un pus fétide ou des fragments d’os mortifiés.
(1) Cases of surgery ; Londoo, 1770.
(2) The Lancet^ t. I, p. 157; 1855.
y. Abcès de voisinage.
Nous n’avons pas trouvé d’observations dans lesquelles ces collections isolées aient été décrites. Leur étude présenterait cependant un assez grand intérêt, et il est probable que là comme ailleurs le pus qui serait versé à l’extérieur serait mieux lié, moins chargé de grumeaux, que celui qui viendrait de la synoviale, moins fétide et moins séreux que celui des abcès ossifluents.
lli. Lésions des fnuscles.
Comme nous venons de le dire, il arrive le plus souvent que les abcès , avant de se faire jour à l’extérieur, suivent et décollent de préférence certains muscles, le biceps, le deltoïde, le sous-scapulaire, par exemple. 11 peut arriver cependant que tous les muscles du moignon de l’épaule soïent disséqués et baignés par les liquides purulents.
L’atrophie de ces muscles doit surtout nous occuper, car ce genre d’altération est constant et suit de près le début de la maladie. On sait avec quelle promptitude, au voisinage de ces foyers inflammatoires, les muscles contractés ou devenus inactifs tendent à s’atrophier. Quel que soit donc le point de départ de la Scapulalgie, l’aplatissement du deltoïde apparaît de très-bonne heure, l’amaigrissement s’empare des muscles voisins. C’est ainsi que tous les muscles de l’épaule s’amincissent, dégénèrent en un tissu de consistance fibro-cartilagineuse et d’apparence lardacée. En même temps, on voit le grand dorsal et le grand pectoral s’atrophier; mais, tandis que les muscles du bras deviennent rapidement grêles et mous, ceux de l’avant-bras restent à peu près à l’état normal.
Au contact des fongosités qui l’entourent et qui remplissent sa coulisse élargie, baignée d’ailleurs par le pus, le long tendon du biceps perd à la fois sa consistance et sa mobilité : ce n’est plus qu’un
cordon grêle; la dissection ne peut le suivre au delà de la capsule avec laquelle il se confond ; et dans l’intérieur de l’article il devient ^ souvent impossible d’en retrouver les traces.