‹ De la sculpture antique et moderne (volume 2)Chapitre 1 sur 122 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DIDIER ET Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS

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Le sujet que nous abordons ici a été mis au concours par l’Académie des beaux-arts dans les termes suivants :

« De l’enseignement de la sculpture chez les Grecs et chez les modernes; apprécier quelles ont été les causes de ses progrès et de ses défaillances. »

Au premier abord, il semble exister une certaine analogie entre celte question et celle qui avait été proposée par la même Académie en l’an VIII : « Quelles ont été les causes de la perfection de la sculpture antique et quels seraient les moyens d’y atteindre. » On re-

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connaît bien vite, cependant, que les deux questions ont une portée toute différente. Celle de l’an VIII était purement dogmatique; elle laissait en dehors non-seulement toute la sculpture moderne, mais le développement historique de l’art dans l’antiquité et les variations de l’enseignement. Émeric David, qui remporta le prix avec un mémoire publié depuis sous le titre de Recherches sur Fart statuaire, s’était aidé des conseils du statuaire Giraud. Les principes qui ont guidé les sculpteurs de l’antiquité sont exposés dans cet ouvrage avec un grand talent. L’auteur analyse les formes du corps humain et montre comment l’art grec a su arriver à la beauté idéale sans jamais oublier son point de départ, l’imitation de la nature. 11 ajoute que les traditions de l’antiquité n’ont pas toujours été suivies par les artistes modernes, mais sans expliquer dans quel sens et au nom de quels principes vrais ou faux la tradition antique a été abandonnée ou combattue. Cette question,

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qui ne rentrait pas dans son cadre, est précisément celle que pose cette année l’Académie. Il n’y a donc pas à recommencer le travail d’Émeric David, d’abord parce qu’il est bien fait, ensuite parce que le programme nouveau roule sur tout autre chose.

La marche que nous nous proposons de suivre est celle que l’esprit scientifique de notre époque impose désormais à toutes les recherches. Le temps des constructions dogmatiques est passé; pour donner une base solide aux théories, il faut les appuyer sur les faits. En suivant l’histoire de l’art, on assiste à l’éclosion des systèmes, et, à mesure qu’ils se produisent, on peut les juger par leurs œuvres. Les monuments eux-mêmes, comme des témoins irrécusables, déposent pour ou contre les principes qui ont guidé les artistes des différentes écoles. Aux transformations de l’enseignement répondent les progrès ou les défaillances de l’art.

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Ce travail se divise naturellement en deux parties, la sculpture grecque et la sculpture moderne. En restreignant la question aux Grecs pour ce qui touche l’antiquité, l’Académie écartait les monuments de l’Égypte et de l’Assyrie et ceux qui nous restent de l’art étrusque. Ce n’est que pour déterminer plus nettement le

caractère delà sculpture des Grecs qu’il y avait

lieu de l’opposer à celle des autres peuples, et particulièrement des Égyptiens. Les nombreux traités que les Grecs avaient composés sur l’art, et dont quelques-uns avaient pour auteurs des artistes célèbres, ne nous sont malheureusement pas parvenus. 11 n’en reste que les titres, qu’on peut lire dans l’ouvrage de Junius sur la peinture des anciens, et dans la bibliothèque grecque de Fabricius. Les indications éparses dans les ouvrages de Pline, de Pausanias, de Cicéron, de Quintilien, de Philostrate, seraient d’un faible secours si nous n’avions pas d’autres moyens de connaître les principes des

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sculpteurs grecs en matière d’enseignement. Heureusement ces principes se déduisent avec bien plus de certitude de l’examen des oeuvres qu’ils nous ont laissées. 11 était nécessaire, toutefois, pour tirer de cette étude des inductions positives, de déterminer à quelles époques et à quelles écoles devaient être rapportés les divers monuments que nous possédons, et pour cela il fallait commencer par une revue rapide de l’histoire de la sculpture grecque.

Cette histoire doit s’appuyer sur deux ordres de recherches; il faut rassembler, contrôler les uns par les autres les documents disséminés dans les auteurs; il faut ensuite, dans le cadre historique ainsi rétabli, classer les statues et les bas-reliefs dispersés dans les musées. Ce classement des œuvres, qui forme l’objet de notre premier chapitre, n’étant qu’un moyen de suivre la marche de la sculpture grecque dans les grandes périodes de son développement, il n’y avait pas lieu d’insister sur

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les légendes qui se rapportent à ses origines, ni d’introduire des discussions archéologiques sur les points obscurs de son histoire. Il suffisait de résumer les faits acquis à la science de l’antiquité depuis les savants travaux qu’ont publiés successivement Winckelmann , Visconti, Ottfried Millier, Quatremère de Quincy, Raoul Rochette, et récemment encore M. Beulé.

Parmi les monuments de la sculpture grecque, ceux qui se rapportent à la religion sont les plus nombreux. Pour en comprendre le véritable caractère, il ne faut jamais perdre de vue la destination qu’ils avaient dans le milieu où ils se sont produits. La religion grecque a trouvé son expression dans la poésie d’abord, plus tard dans la sculpture. Les poètes et les sculpteurs ont été les véritables théologiens de la Grèce. Ce fait, extraordinaire pour nous et unique dans l’histoire des religions, nous oblige à étudier la sculpture grecque d’un point de vue particulier, à placer en première ligne dans

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cette étude des considérations d’un ordre trèsélevé, qu’autrefois on négligeait absolument. Ces innombrables statues de Dieux et de Déesses qui ornent aujourd’hui nos musées, ont représenté la vie morale de tout un peuple. Sous ces formes que nous admirons, il y avait l’âme de la Grèce. Comment comprendre de pareilles œuvres si l’on ne sait pas quelle signification elles avaient pour les artistes qui les ont faites, et surtout pour le peuple qui les regardait, non pas seulement avec l’admiration qu’on a pour les belles choses, mais avec le respect qu’on doit aux choses saintes? Dans ces types divins créés par la sculpture, quelle était la part de la poésie, quelle était celle de la nation tout entière? La tradition religieuse a-t-elle arrêté en Grèce, comme elle l’a souvent fait chez d’autres peuples, le libre développement de l’art, ou bien a-t-elle été là seulement, par une exception singulière, un guide et un secours poulies artistes au lieu d’être une entrave?

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Ces questions seront traitées dans le second chapitre, où nous passerons en revue les principaux types religieux et artistiques dont l’ensemble constitue le panthéon de la Grèce. Pour expliquer les rapports de l’art avec la religion hellénique, il a fallu pénétrer jusqu’à l’essence meme de cette religion, en exposer brièvement le caractère intime, souvent méconnu, plus souvent encore travesti par de faux systèmes. La science des religions est une des conquêtes de notre époque. Le grand ouvrage de Creuzer, complété par son savant interprète, M. Guigniaut, celui de M. Alf. Maury, les travaux qui se succèdent tous les jours en France et en Allemagne ont singulièrement modifié les idées qu’on se faisait autrefois sur le polythéisme grec. De là devait sortir une transformation correspondante dans la manière de comprendre la symbolique de l’art chez les anciens. C’est ce qui m’a obligé ù m’écarter quelquefois des explications d’Otlfried Muller, tout en rendant

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hommage à la science profonde de cet illustre archéologue.

Émeric David, dans un essai sur la religion grecque, a cherché à expliquer la mythologie par les oeuvres de la sculpture. Ses idées ont produit plus de sensation en Allemagne qu’en France; cependant, notre célèbre helléniste, M. Hase, en parle en ces termes dans le Journal des savants : « [1 était naturel qu’après avoir considéré les productions de la sculpture antique sous le rapport de la beauté physique des formes, il étudiât les formes elles-mêmes dans leur convenance avec le caractère particulier et distinctif attribué à chaque divinité. Une statue est belle par ses proportions, sa majesté, son élégance; mais elle représente Jupiter, Apollon, Mercure ou les autres personnages divins, par le choix de ses traits, relativement à l’idée que l’antiquité s’était faite de chacun de ses Dieux. Or, la base de ce genre de mérite réside dans la religion; il faut par

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conséquent remonter jusqu’à cette source, et c’est par là qu’Émeric David a complété le système qu’il nous offre sur l’archéologie monumentale, qui pourrait, suivant lui, être définie : la connaissance de la religion dans ses rapports avec les beaux-arts, » C’est en me plaçant sur le même terrain, mais en retournant la question, que j’ai essayé d’expliquer la sculpture par la religion des Grecs.

il n’était pas moins intéressant de l’étudier dans ses rapports avec les mœurs et la vie politique de la Grèce. Cette étude fait l’objet d’un troisième chapitre qui complète la première partie de ce travail. L’importance des statues athlétiques dans l’antiquité nous a fourni l’occasion de chercher quel était l’idéal moral des Grecs, et comment cet idéal, que l’éducation publique tendait à réaliser dans chaque citoyen, a trouvé sa parfaite expression dans l’art. Nous verrons comment la morale des anciens, d’accord avec leur conception re-

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ligieuse, donnait pour base à la loi sociale la dignité humaine, et comment la sculpture présentait cette pensée sous une forme visible, en offrant aux regards du peuple ses types merveilleux de force calme et de sereine beauté. Par une conséquence naturelle de cette morale, nous verrons chez les Grecs la sculpture expressive montrer toujours l’homme supérieur aux passions et plus fort que la douleur. En conduisant les esprits par la route enchantée du beau à la notion du vrai et du juste, la Grèce a confondu, pour les traduire dans une même expression plastique, les lois de l’art et celles de la conscience.

En passant en revue les principales œuvres de la sculpture grecque, nous verrons quel rôle l’antiquité donnait à l’art dans la vie de l’individu et dans celle des sociétés. L’art antique traitait avec la même perfection et la même convenance les sujets les plus simples et ceux qu’il empruntait aux traditions héroïques.

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I/immense variété des scènes représentées sur les sarcophages nous fournira l’occasion d’étudier les formes allégoriques par lesquelles les anciens traduisaient dans l’art leurs idées sur la mort et la vie future. Nous nous arrêterons aussi sur la forme particulière employée dans l’antiquité pour consacrer les souvenirs historiques, et sur la manière dont on concevait les représentations individuelles, c’est-à-dire le portrait. Enfin, nous étudierons la sculpture dans son association avec l’architecture, et les marbres du Parthénon nous montreront le plus magnifique exemple des efforts combinés de ces deux arts pour la manifestation d’une grande pensée religieuse, politique et nationale.

Nous n’avons pas cru nécessaire de parler . de la partie technique de la sculpture. La pratique, ici, n’est plus associée à la théorie, mais à l’expérience, et si l’on veut s’instruire de ce côté, ce n’est pas avec des livres qu’on peut le faire, mais en travaillant dans un atelier.

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Winckelmann a introduit dans son Histoire de l’art une dissertation sur les variations du costume dans l’antiquité. Ce sujet, traité dans d’excellents ouvrages, est étranger à la question qui nous occupe. Nous nous sommes également abstenus, en parlant des statues, d’indiquer la nature du marbre et les carrières d’où il a été tiré, ces indications se trouvant toujours dans les livrets des musées. Enfin, il ne pouvait entrer dans notre cadre de décrire les proportions du corps humain et l’anatomie des formes, mais nous nous sommes efforcé de montrer l’importance qu’on a attachée à cette étude dans les différentes périodes de l’histoire de l’art.

Entre la sculpture grecque et la sculpture moderne s’étend une période stérile en œuvres d’art, et que nous ne pouvions néanmoins passer sous silence, puisque notre programme comporte non-seulement l’enseignement de la sculpture et les causes de ses progrès, mais

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encore les causes de ses défaillances. Il a donc fallu montrer comment les traditions de l’art antique avaient été perdues par suite de la destruction des chefs-d’œuvre, et, après avoir tracé le triste tableau de cet immense naufrage, indiquer quels obstacles presque insurmontables opposait à l’éclosion d’un art nouveau une révolution religieuse qui condamnait la forme et proscrivait l’étude du nu. Tout ce qu’on pourrait écrire sur la sculpture pendant la première moitié du moyen âge n’aurait trait qu’à l’emploi de quelques procédés, non à la recherche du vrai et du beau. Il fallait néanmoins suivre les destinées de l’art, ou du moins de ce qui en tenait lieu pendant ces longs siècles, qu’on voudrait pouvoir retrancher de l’histoire, et ensuite énumérer les causes qui, en faisant surgir à la fois des artistes capables de produire et un public pour les encourager et les comprendre, ont préparé de loin une renaissance. Les transformations politiques d’où

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devaient sortir nos sociétés modernes ont été le signal d’une immense activité artistique, et depuis lors la’sculpture s’est développée parallèlement, quoique sous des formes différentes, en France et en Italie.

Il y a bien plus de documents sur la sculpture moderne que sur la sculpture ancienne ; cependant certains points demeurent encore dans une obscurité profonde. Le grand ouvrage de d’Àgincourt, les Annales archéologiques de M. Didron, la savante étude d’Émeric David sur la sculpture française au moyen âge, enfin les renseignements qu’on peut tirer de Yasari, Félibien, Dargenville et autres auteurs français ou italiens, ne suffisent pas pour constituer un ensemble. Il y a encore bien des terrains absolument vierges à déblayer, bien des faits douteux à vérifier, bien des erreurs à détruire.

La seule histoire à peu près complète de la sculpture moderne, celle de Cicognara, bien

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que très-intéressante, est empreinte d’une désolante partialité contre tout ce qui n’est pas italien. Émeric David a publié sur cet ouvrage quelques remarques très-judicieuses, pour défendre l’art français. Que penser, en effet, de cette appréciation de Puget par M. Cicognara : « Puget, tant exalté par les Français, n’a que des défauts. Dépourvu d’harmonie, négligé dans les détails, ignoble partout, on ne peut trouver en lui aucune apparence de bien qui ne donne sujet à une juste critique. Sur cent compositions de l’Agonie de Milon esquissées par ses élèves, on en trouve au moins vingt qui valent mieux que la sienne. — Mais, disent les Français, il a su exprimer la douleur! — Beau mérite, quand il s’agit d’une douleur purement physique! » Jean Goujon n’est pas mieux traité que Puget; si on lui reconnaît une petite qualité dans l’agencement des ornements, il la tient d’un Italien. Le savant ouvrage de Cicognara est bon à consulter à cause de l’érudi-

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tion de l’auteur, mais combien, en lisant de pareils jugements, on regrette la judicieuse impartialité de Lanzi!

Dans les deux chapitres qui forment la seconde partie de cette étude et qui sont consacrés l’un à la sculpture italienne, l’autre à la sculpture française, nous nous sommes attaché à montrer les variations qu’ont subies aux diverses époques les méthodes d’enseignement. Partie de l’étude d’un bas-relief antique, la vieille école de Pise se transforme à Florence par l’étude de la nature, et Donatello imprime à l’art un élan qui va toujours croissant jusqu’à Michel-Ange. Avec les successeurs de ce grand homme, la sculpture s’égare dans des voies dangereuses; cependant la vie artistique de l’Italie se prolonge jusqu’au Bernin, qui marque plus nettement que tous les autres les tendances de son temps. Ensuite on entre dans une nuit à peu près complète jusqu’au commencement de ce siècle, où paraît Canova.

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Les Italiens attribuent cette décadence à une influence française : il nous a semblé plus conforme à la vérité aussi bien qu’à la justice d’en chercher les causes dans leur propre histoire, et surtout dans les principes vicieux qui, pendant deux siècles, ont perverti en Italie l’enseignement des beaux-arts.

Privée des ressources qu’offrait à l’Italie les débris retrouvés de la sculpture antique, et par cela môme initiée beaucoup plus tard aux traditions de la Grèce, la France s’est élevée bien plus haut dans l’expression de la pensée chrétienne. Le xnf siècle a été pour la sculpture française une époque très-féconde. Malheureusement, on a l’habitude de confondre toutes ces statues de maîtres inconnus sous le terme un peu vague d’ouvrages gothiques, sans chercher à y découvrir, sous l’inexpérience pratique, ce sentiment religieux qui plaît tant dans les miniatures de la meme époque. Au siècle suivant, cette inexpérience se corrige par l’ob-

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servation de la nature; notre école s’élève encore plus haut au xve siècle, et lorsqu’au xvi6 l’Italie nous envoie ses maîtres, ils se trouvent en face de rivaux. Après l’ère glorieuse des Jean Goujon et des Germain Pilon, survient une éclipse qu’expliquent nos discordes religieuses; mais la sculpture, qui fut toujours notre art national, brille d’un nouvel éclat sous Puget. Bientôt cependant, après Girardon et Coysevox, les Couetou l’entraînent vers une grâce maniérée qui lui ôte de sa grandeur.

Je me suis efforcé de montrei quels ont été les principes de l’enseignement au xvme siècle. Je ne me suis pas contenté d’examiner les statues, j’ai consulté les écrivains, et particulièrement Falconnet, ce statuaire lettré qui marcha de pair avec les érudits de son temps, et dont les écrits ne forment pas moins de six volumes. Toute la théorie du xvme siècle, en matière d’art, s’y trouve présentée avec clarté par un

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homme pratique, très-opposé aux principes que Winckelmann a fait prévaloir. Dans cette diversité de systèmes qui, dès le milieu du xvm° siècle, faisait déjà prévoir une transformation des méthodes d’enseignement, j’ai cherché à indiquer le rôle des principaux artistes et à dégager les efforts de chacun d’eux dans un sens ou dans l’autre. Mais j’ai dû m’arrêter au seuil de l’art contemporain, ne reconnaissant pas à la critique le droit qu’elle s’arroge chaque année de prendre parti dans les luttes du présent et de devancer les jugements de l’avenir. Son rôle est au contraire d’invoquer l’expérience des artistes pour éclairer l’histoire du passé.

La jeunesse française est naturellement portée à aimer les arts. Il ne faudrait que développer ce goût par le spectacle des chefs-d’œuvre de tous les pays et de tous les temps, et le diriger par une saine critique. Combien serait instructive pour elle une galerie de moulages

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où elle pourrait comparer les caractères de toutes les écoles! En voyageant pour étudier les monuments des arts, j’ai éprouvé, je dois le dire, un certain sentiment de jalousie nationale à voir que l’Angleterre nous avait devancés dans cette voie. Mais est-ce une raison pour ne pas la suivre? Même en l’imitant nous resterions nous-mêmes : dans cet étonnant palais de Sydenham où l’on part des colosses égyptiens pour traverser l’art grec et la Renaissance-, et arriver ainsi jusqu’à l’art de nos jours, il faut admirer tous ces chefs-d’œuvre entre un ours empaillé et une marchande de bretelles au rabais. C’est conforme aux habitudes pratiques de l’Angleterre. Ayons aussi nos galeries historiques, mais traitons-y les monuments de l’art avec plus de respect; ce sera conforme au bon goût de la France.

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