‹ De la sculpture antique et moderne (volume 2)Chapitre 5 sur 122 · COUP D’ŒIL SUR L’HISTOIRE DE LÀ SCULPTURE GRECQUE · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL SUR L’HISTOIRE DE LÀ SCULPTURE GRECQUE

Dès que, par une étude consciencieuse des réalités vivantes, la sculpture eut acquis la science des mouvements et des formes, elle mit sa puissance créatrice au service d’un idéal divin. Elle donna des corps immortels à ces lois d’ordre, de proportion et d’harmonie, qui se révèlent dans le monde physique par la beauté, dans le monde moral par la justice, et qui sont les Dieux. Ce fut l’oeuvre de l’école attique. Phidias traduisit par la sculpture la religion d’Homère ; il fut comme lui le prêtre des Dieux de la * beauté. En Grèce, où la religion n’est ni une autorité ni une chaîne, mais l’expression idéale de la pensée populaire et de la vie politique, l’art religieux n’est pas la première forme de l’art, mais au contraire le but le plus élevé de son développement. La période religieuse de la sculpture grecque répond à la prépondérance politique des Athéniens, qui passaient pour le plus religieux de tous les peu-

pies de la [Grèce ; elle commence après l’expulsion des Mèdes et finit vers l’époque de la domination macédonienne. C’est pendant ce temps gu ont été fixés sous leurs formes définitives les types de toutes les Divinités helléniques.

On n’a peut-être pas assez remarqué que l’invasion des Perses en Grèce avait eu surtout le caractère d’une guerre religieuse1. La religion des Perses, comme celle des Juifs., qui s’en rapproche beaucoup, est essentiellement iconoclaste. «Il est contraire aux mœurs des Perses, dit Hérodote, de consacrer des statues, des temples et des autels; ils regardent même cet usage comme une folie; ce qui vient, je crois, de ce qu’ils n’altribuent pas aux Dieux la nature humaine, comme le font les Grecs. Ils se contentent d’offrir des sacrifices à Zeus sur le sommet des montagnes, et par Zeus ils entendent la voûte du ciel. » C’est à peu près dans les mêmes termes qu’on parla plus tard de la religion des Juifs : « Ils n’adorent que les nuées et la Divinité du ciel2. » Qu’on se rappelle les malédictions prononcées à

1. M. Edç-ard Quinet est le premier écrivain, à notre connaissance, qui ait indiqué ce point de vue historique.

Page 1