LA FAILLITE DE LA PEINTURE
L art français meurt de vulgarité et de simplification, et encore plus de simplification que de vulgarité.
Beaucoup d'une éducation primaire estiment que les pommes de terre et les pommes d'Hespérides sont des tubercules, et que la peinture d'un troupeau de moutons équivaut au mythe de la Toison d'or ; que Toulouse-Lautrec en peignant les bouges a bien fait, puisqu'il y vivait, et qu'enfin l'art n'a d'autre but que la perfection ouvrière, que le véritable idéal doit être le métier ; l'application de la couleur sur la toile.
Ces formules donnent aux Hollandais la place jusqu'ici occupée parles Italiens; et Gérard Dow l'emporte sur Raphaël.
Si les sujets sont égaux comme les citoyens en France, il n'y a point d'aristocratie, ni de hiérarchie ; une huître bien peinte égale tout Poussin.
Soit! J'accepte pour un moment l'esthétique de Charenton, et je n'envisage que l'exécution:
Où sont les peintres sachant peindre ? A l'Institut ou chez Durand- Ruel? Est-ce bien vrai que l'idéalité seule manque à notre école, et qu'elle montre pluralement une bonne exécution.
Je ne m'arrêterai point dans la voie des concessions, je consens que le dessin soit secondaire et que la couleur seule doive être considérée.
Léonard de Vinci, l'incomparable maître qui a découvert le clairobscur en même temps qu'il réalisait la subtilité d'expression, a évolué, de Y Ange de l'Académie de Florence, sa première œuvre, jusqu'au Saint-Iéan à mi-corps du Louvre, sa dernière, vers l'unification de tonalité. Le Vinci, le seul moderne des trois grands génies, s'est dégagé de l'antiquité, mieux que le
plasticien lyrique de la Sixtine et que l'harmonieux poète des Chambres ; il faut le considérer comme Tinstaurateur du génie latin. On devra réunir beaucoup de fortes raisons avant de contredire son enseignement.
11 y a un demi-siècle, YEnterrement SOrnans prétendait être l'enterrement du Romantisme ; mais il était peint selon les recettes bolonaises et on ne remarqua que la vulgarité : une scène caricaturale élevée à la dimension du 'tableau d'histoire.
Courbet était un bon peintre, d'une technique traditionaliste. Ce bafouilleur en paroles, la palette à la main, se montre un attentif élève des vieux maîtres.
Vers 1865 parut dans X Artiste un article intitulé : Une nouvelle manière de peindre. 11 portait la signature du plus illettré • des écrivains, Emile Zola.
Quelqu'un de Montmartre avait découvert une façon nouvelle, en effet, d'étendre la couleur sur la toile. On divisait le ton, selon un
chimiste du nom de Chevreul. Dissociation chromatique ! Contrepoint des complémentaires !
En réalité, suppression de la ligne comme abstraite et des demi-teintes comme fausses relations : et, en bon français, la manière des sauvages implantée aux bords de la Seine.
Cette aberration, née de la paresse des uns et de l'intérêt des autres, rentre dans l'ophtalmologie. Le professeur Albertotti de Modène, qui s'est fait une spécialité de l'étude de la peinture au point de vue oculistique, parlerait mieux de l'impressionnisme qu'un métaphysicien :
car ce procédé de fou rentre dans le phénomène clinique et manifeste un cas pathologique des perceptions.
Paysagesans perspective aérienne, intérieur sans perspective linéaire, portrait sans dessin appréciable, voilà à peu près le signalement de l'impressionnisme, et tout cela se résume en ignorance.
Qy'est-ce qu'Une impression ?
Exactement l'opposé d'une composition. On pourrait appeler l'impressionnisme, la peinture de l'incons*
cience. La toile qu'un peintre peut couvrir, en deux heures, se calcule aisément ; et comme ici on court à la suite de l'heure qui modifie sans cesse des colorations, une impression, pour donner la plénitude de la sincérité, doit être rendue en cent vingt minutes.
Dès lors, ni dessin, ni réflexion, une improvisation où l'œil et la main s'entraînent pour un résultat de vitesse, de prestesse, de gageure I
Tout le monde a des impressions, c'est-à-dire, tout le monde voit des colorations, et comme il est entendu de choisir les plus fugaces et que jamais la même heure d'un jour à l'autre ne donne le thème identique de couleur, il n'y a point de critique possible.
Devant ce comble de fantaisie l'être le moins doué peut s'écrier :
« Et moi aussi, je suis peintre. »
Selon l'impressionnisme, tout citoyen est peintre. Il s'agit de cribler avec des tons dissociés une toile qui ne représente rien ou à peu près.
Je sais ce que c'est qu'un arbre de telle espèce ; mais l'impression
que cause cet arbre à X... étant individuelle m'échappe comme tout phénomène idiosyncrasique.
Mise à la portée de tous, ravalée à un barbouillage sans nom, la peinture a perdu son prestige. Chacun en fait ou sent qu'il peut en faire.
Au bout de trente ans, je crois, ce qui est au Luxembourg, passe au Louvre: le jour approche où Manet viendra prendre place à côté d'Ingres et de Delacroix; puis ce sera le tour de Monet. La cathédrale de l'art aura perdu sa majesté et la fumisterie montmartroise recevra de l'administration une sorte de consécration dérisoire.
On méprise communément le peintre de décor. Si on veut s'aventurer parmi les coulisses, on s'apercevra que l'impressionnisme n'est rien autre que le procédé théâtral avec la perspective en moins et appliquée — ô absurdité — au tableau de chevalet. Entre ce jugement désintéressé et les amateurs, il y a les millions engagés par la rue
Laffite, et les millions ont toujours raison.
L'impression la plus générale d'un visiteur des Salons est qu'il pourrait, sans beaucoup d'effort, en faire autant qu'il en voit.
Ces tableaux sans sujet, ces formes sans rigueur, ces tons sans demi-teintes ; cette touche brutale, lourde, qui frappe la toile comme une cible à couleur, légitiment cette opinion.
Le visiteur du Louvre, même devant les toiles de Guérin ou de Girodet n'éprouve pas cet effet d'un art qui n'est plus un art, à force de simplification.
On a commencé par faire laid : et aussitôt les peintres ont pullulé, car le laid ne demande aucune recherche ; il nous entoure et nous suit.
On a continué par mal faire ; et le pullulement a pris des proportions incroyables ; tout le monde s'est senti artiste du jour où la laideur et l'ignorance étaient admises.
La licence dépeindre son avoué et de le mal peindre équivaut à une promulgation d'égalité devant l'art
qui permet tout, et à tous. Or, je vous demande quel plaisir esthétique on trouve à pénétrer une âme d'avoué ?
L'œuvre d'art ne se forme pas de n'importe quoi, exécuté n'importe comment : elle n'existe que si un thème d'aspiration générale se trouve réalisé.
La seule aspiration légitime est celle qui nous oriente vers la perfection des formes, ou de l'âme, ou de l'esprit ?
On pardonne aux Flamands leur laideur, à cause de l'ingénuité radieuse, et aux Italiens de la Renaissance leur vanité morale à cause de leur plasticité sublime.
Otez l'âme des uns et la forme des autres, et vous serez bien près de définir l'art contemporain.
Ce n'est ni bon, ni beau. Qu'estce ? Un tâtonnement lamentable à la quête de la nouveauté. Eh ! un torse bien modelé, une tête significative, un paysage aussi intéressant qu'un décor de théâtre, ce serait du nouveau.
Quel farceur a pu dire, quel ni-
gaud a pu croire, que l'essence de l'art changeait, parce qu'on adoptait une tonalité plus. claire et que les lois séculaires étaient abolies en même temps que l'emploi du bitume ? Le plein air est le cas de toutes les fresques primitives : quant au ton local, on le trouve chez les sauvages les plus divers.
Manet a nettoyé la palette ; je le veux bien. Mais Manet ne savait pas mettre les pieds d'un tabouret en perspective et les réformateurs qui sont ignares donnent lieu a des doutes graves sur leur mission.
Ut poesis, pictura. Les grands poètes ont exprimé les sentiments les plus généraux et les grands peintres ont représenté également les visions de l'espèce.
Au lieu de s'entraîner à des impressions bizarres et personnelles, les uns et les autres se sont efforcés de manifester l'impression synthétique, c'est-à-dire la plus négatrice des idiosyncrasies. On en voit la preuve dans chaque musée : les chefs-d'œuvre se ressemblent ; un air de famille* les apparente, des
fresques de la Campanie à celles de Delacroix, des marbres d'Olympie et d'Egine à Pradier et à Carpeaux.
Remarquez, je vous prie, que la production des quarante dernières années ne ressemble à rien d'antérieur. Originalité ! dira-ton. Je me méfie un peu de cette grande différence qui sépare mes contemporains de tous les maîtres et les isole dans des théories qui ne sont que des paradoxes de brasserie. On ne fera croire à personne que la vulgarité soit une philosophie et que, de propos délibéré, l'homme qui pourrait représenter les héros et les saints se consacre aux terrains vagues et aux chemineaux. Nous ne sommes pas si libres de notre activité que nous puissions prendre tantôt les traits de Mercure, tantôt ceux de Sosie : l'histoire ne nous raconte aucune métamorphose semblable, et la vulgarité, depuis Courbet a toujours été un effet de l'impuissance.
Le Réalisme Servit d'illustration à la doctrine matérialiste, et rien n'est comique comme d'entendre
tel collectionneur défendre les principes d'ordre, de tradition et de morale dans une galerie où le désordre, la démagogie et l'immoralité s'étalent sous la signature des impressionnistes.
Il n'y a plus que des peintres même en sculpture, il n'y a plus que des gens de lettres même en peinture. Ce sont des singes qui ont oublié d'éclairer leur lanterne ; mais le snobisme voit quand même, la poésie des terrains sans perspective, des intérieurs sans atmosphère et des têtes sans expression.
Le corps humain n'est plus représenté: et pour voir une tête, il faut regarder un portrait ; le paysage, la vue de ville, la vue de plage, travail machinal puéril qui endort, par sa facilité monotone l'entendement de l'artiste: voilà ce qui déborde des salons, emplit les vitrines et met son néant aux murs.
Otez d'un salon le paysage et le portrait, il ne restera rien : or, un jour viendra où on ôtera des murs privés ou publics les portraits quelconques et à peu près tous les pay-
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sages, comme étant de bas ouvrages.
Sauf Vélasquez et Van Dyck, qui n'ont rien peint de composé, les grands portraitistes sont des peintres lyriques, on pourrait dire cycliques. Et ils ne sont grands portraitistes que par le style.
Comparez le Richelieu de Philippe de Champagne et la marchandise de M. Bonnat : vous conclurez que M. Bonnat ne sait pas peindre.
Les études insuffisantes, renseignement fantastique delà rue Bonaparte, le mauvais exemple des Montmartrois ont acclimaté un procédé de paresseux qui ne saurait s'appliquer aux beaux objets.
Que la bassesse du sujet ait avili l'exécution ou que la vileté d'exécution oblige nos peintres à ne toucher qu'aux bas sujets, il est évident que la pensée n'est plus inspirée, et que la nullité sentimentale accompagne la veulerie du métier.
On a toujours le style de son sujet et, quand un sujet ne comporte aucun style, cela devient de la nullité.
La reproduction d'une réalité ennuyeuse peut-elle nous intéresser? Nous arrêterons-nous à contempler l'image d'un objet que nous dédaignons journellement?Ce point lourd de conséquences a été mal étudié jusqu'ici.
L'œuvre d'art ne s'adresse pas au jugement, mais à l'imagination.
Wagner se moquait des suffrages pédants et eût embrassé l'auditeur seulement ému. L'artiste qui se propose le suffrage de ses pairs n'est vraiment qu'un apprenti. Une œuvre se dit admirable quand on oublie son exécution pour jouir de sa signification. Les concours sont des circonstances rares et d'intérêt plutôt matériel, et les œuvres faites à leur occasion ne marquent pas parmi de très notables. Que cherchons-nous dans un tableau ? Le peintre ? Non ! La peinture ? Non encore. Nous nous cherchons nousmême et quand nous sommes ému de l'esprit ou du cœur nous nous trouvons, et l'œuvre a vraiment accompli sa mission.
Pourquoi les artistes ont-ils ravalé.
leur ouvrage au lieu de lui conserver sa dignité et son caractère presque sacré ? '
Il ne s'est agi d'imiter la nature que sous la plume des professeurs incompétents. Je consens qu'on imite M"* Weber, M md Caron. Mounet-Sully, Albert Lambert. Ces artistes donnent souvent des chefsd'œuvre momentanés. Rien dans l'art contemporain n'approche des rythmes corporels de ces beaux acteurs. Ils réalisent ce que les peintres et les sculpteurs ignorent :
la beauté pathétique, la beauté en mouvement. Pourquoi aucun homme du dessin ne peut-il retrouver sur le papier ou la toile les gestes de ces tragédiens? Comment ces tragédiens sont-ils les seuls artistes recherchant et manifestant la beauté ?
Le matérialisme, dont le réalisme et l'impressionnisme représentent les modes figuratifs, a causé tout le mal. Inconsciemment, l'élève s'est habitué à ne considérer que la matière de son art ; il a fini par s'hypnotiser sur la vessie de plomb, et la
couleur l'a immobilisé comme fait la ligne blanche tracée devant un coq.
Beaucoup se figurent que l'idéalisme réside dans la vignette du papier timbré, et confondent le poncif avec la tradition.
Toute imitation est stérile, sans doute ; mais si je supplie qu'on choisisse de beaux types, je n'entends point qu'ils soient anciens, déjà vus et décalqués dans les musées.
L'écrivain invente sa langue et l'artiste ses formes ; mais l'un respecte le génie de sa langue et l'autre l'essence de la plastique.
Qpoi 1 le peintre ne sait pas trouver des poses et des gestes, comme l'acteur, et faire une tête sur la toile, comme l'acteur se fait sa tête dans sa loge.
Comparez les estampes représentant Talma aux peintures du temps.
L'acteur reste au-dessous du tableau.
Aujourd'hui, telles photographies de Weber, de Mounet, de Lambert l'emportent sur tous les tableaux dits d'histoire. Plastiquement, le musée du Luxembourg ne vaut pas
la représentation d'une tragédie à la Comédie-Française. Venons aux expressions contemporaines. Quel peintre actuel nous donnera des types à la Balzac, comme M. de Féraudy ? Est-ce donc que la réflexion et l'observation n'existent pas chez le peintre ?
Dans les arts qui se perçoivent par la vue, la première leçon concerne l'éducation de l'œil. J'ignore si M. Paul Dubois a quelques clartés en la matière ; mais j'assure qu'il n'y a rien d'écrit, j'entends de valable sur ce point initial de l'enseignement.
Voir esthétiquement, c'est la double faculté d'individualiser le type et de ramener l'individu au type.
Soit : de transformer un poncif ou de poncifier une personne. Tout le problème plastique oscille entre ces deux pôles. Quel est l'élève de la rue des Beaux-Arts, ou même le professeur, qui tirerait un Saint- Georges du Charles I w , ou vice versa ? Ce contrepoint qu'on n'enseigne pas est nécessaire ; il formait la tradition orale dans les ateliers.
de la Renaissance. Notre contemporain ne conçoit pas la forme ; il la reçoit du modèle et si servilement que si le modèle ne Vient plus, l'œuvre est abandonnée.
Non seulement l'invention plastique, mais encore la mémoire des formes, est nécessaire. Jamais Michel-Ange n'aurait exécuté la Sixtine, s'il avait attendu qu'on lui posât ses sibylles et ses prophètes.
L'art public, municipal ou national ; l'art du monument et de la rue offrent bien d'autres sujets de lamentations. On salit les places, les squares, les ronds-points de choses innommables.
Les nouvelles statues de Paris sont telles que le peuple, qui les supporte, compromet son goût et admettra bientôt les pires inanités.
11 ne s'agit pas d'une statue ou de quelques-unes ; mais de toutes les récente^, et leur degré d'infériorité se trouve par leur date : la dernière peut être tenue pour la pire.
Celui qui attribuerait toute cette ronde bosse à un mouvement admiratif, à un enthousiasme inconsidéré
souvent, mais louable, serait bien ingénu. La politique seule érige ces prétendus monuments : ces commandes représentent des intérêts électoraux et cela se décide pour les mêmes raisons que les rubans et les bureaux de tabac. Il y a bien des gens, matériellement désintéressés, qui jubilent de vice-présider un comité et de discourir à l'inauguration pour prix de leur zèle.
Le Français, qui a été un grand sculpteur au temps ogival et qui resta un bon sculpteur jusqu'au milieudusiècledernier,sembleavoir perdu toute notion de cet art, surtout toute notion critique. Sinon, il ne supporterait pas la stupidité du grand palais des Beaux-Arts, ni les iconiques caricaturaux qui deviennent aussi fréquents que les réverbères.
La politique, la politique seule forme les comités, les jurys, choisit l'artiste, admet l'esquisse: et l'homme à l'estomac impavide qui appartient à la politique ne saurait ni conserver ni acquérir la moindre notion d'art. Un être sensible, un
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être en qui s'opèrent les réactions normales de la conscience ne peut pas être politicien ; par conséquent tout politicien a renoncé au sentiment d'art, il a renoncé comme Aibérich, il a préféré l'anneau des contingences à l'ineffable amour. Vraiment, ce serait trop aisé de passer de la caverne de Fafner aux bras de Freia, et de se retouver pur après avoir toutes les souillures. Ou Mammon ou Jésus! Or, Mammon peut tout, sauf sentir la beauté. Voilà pourquoi toute chose officielle produit le mépris inconscient et légitime de l'instinctif même.
Rien de politique n'entrera jamais dans le saint royaume de la perfection, et les réalistes et les impressionnistes sont abominables parce qu'ils représentent la démagogie appliquée aux formes et aux couleurs.
On sait quelle campagne a été menée contre l'Ecole de Rome. Or, une école sans professeur prend son importance du directeur. On a nommé à la succession de M. Guillaume l'obscur adversaire de Léo-
nard en matière de dessin, l'éclatant peinturlureur des Américaines, M. Carolus Duran.
Ce potraitiste, qui avait débuté par la Femme au gant du Luxembourg, par Y Assassiné, une bonne toile, n'a cessé de descendre jusqu'à une photographie en couleur tellement vulgaire et bruyante que, seuls, les Américains se plaisent à cette peinture de fanfare. L'homme désigné pour prêcher aux néophytes le culte désintéressé de l'idéal se trouve réaliser le type commercial de l'artiste. A la vérité, personne ne voulait aller à Rome : car personne n'a assez de foi et de charité pour assumer la difficile et' absorbante fonction d'initiateur aux lois austères de la Beauté. Un directeur de la villa Médicis doit être un doctrinaire et surtout un enthousiaste.
Le jury de la rue Bonaparte lui envoie des rapins ; à lui d'en faire des artistes. M. Carolus Duran manque de prestige : même s'il parlait bien, ses tableaux empêcheraient qu'on écoutât ses leçons ; et peut-être que sa nomination est en
esprit une suppression de cette école où on envoie n'importe qui et d'où on nous renvoie n'importe quoi. Pour juger ce que vaut une direction, quelle que soit l'institution en cause, il suffit de considérer lecasdeTOpéra-Comique. M. Carré, à force d'intelligence et de volonté, arrive à des résultats surprenants.
Qui n'a admiré la mise en scène de VAlceste, et plus récemment celle du Vaisseau fantôme. En ce bienheureux théâtre, l'orchestre joue dans le mouvement, le chœur chante juste, la figuration figure.
Supposez le ménechme esthétique de M. Carré à la villa Médicis, avec la faculté de licencier les incapables et d'empêcher l'envoi à Paris des œuvres lamentables, aussitôt cette école actuellement inutile, sinon nuisible, serait le dernier boulevard de la bonne pédagogie, au lieu qu'elle sert d'hôtellerie à quelques jeunes gens protégés par la politique.
On sacrifie partout le respect de l'art à celui de l'individualisme et l'ignorance étant la façon de toutes
la plus commode pour se différencier des anciens et des maîtres, les écoles n'enseignent plus rien.
Il n'y a plus que cela : des éclairs de concupiscence ou la notation monotone d'un paysage. On a voulu matérialiser l'œuvre d'art; le but est atteint. On ne descendra pas plus bas que l'informe.