‹ De la situation des ouvriers en angleterreChapitre 41 sur 70 · FERMIERS · texte numérisé non relu

FERMIERS

Ecosse

Irlande

Total. . . .

En 1860, la moyenne des salaires en Angleterre était de U fr. kl c. par semaine pour les hommes, de 5 fr. 20 c. pour les femmes et les enfants, et de 17 fr. 18 c. pour les ouvriers à la tâche. Le salaire de chaque famille était calculé, en moyenne, à 21 fr. 25 c, et ses dépenses strictement nécessaires à 20 fr. par semaine, de sorte qu'il y avait une bien petite différence entre les deux. En Ecosse, la moyenne du salaire était de 16 fr. 45 c. pour les hommes, de 6 fr. 97 c. pour les femmes, de 5 fr. 39 c. pour les enfants. En Irlande, de

8 fr. 90 c. pour les hommes, de k ii\ 90 c. pour les femmes, et de 3 fr. 70 c. pour les enfants. Entre 1860 et 1866, les salaires se sont élevés jusqu'aux chiffres suivants par semaine :

Hommes.

Femmes.

Enfants.

Petits fermiers.

Angleterre. .

Ecosse.. . .

Irlande. . .

La moyenne du prix payé par un adulte pour sa nourriture était, en 1866, de près de 3 fr. 74 c. par semaine, ou 17 fr. 02 c. par famille. Les logements des cultivateurs étaient encore bien insuffisants. Dans 5,375 maisons, examinées par les officiers médicaux, il y avait 2/i,770 habitants, ou /j,6 par maison et 2,8 par chambre. Mais, parmi ces maisons, il y en avait 2,195 n'ayant qu'une seule chambre et contenant chacune quatre habitants.

11 est inutile de prolonger ces détails, et il suffira de dire que, jusqu'à l'année 1872, on n'avait entendu parler dans les campagnes ni de grèves, ni d'Unions, lorsqu'au mois de mai dernier, un certain nombre d'ouvriers de ferme se mirent en grève dans le Warwickshire. Comme il arrive toujours, c'est dans l'un des comtés où ils sont le mieux payés qu'éclata cette grève, qui avait pour but d'obtenir des salaires plus élevés. On a pu faire une remarque analogue à propos de l'industrie : en effet, les ouvriers les plus mal payés sont trop pauvres pour faire les frais d'une grève et n'ont pas les ressources nécessaires pour supporter quelques

semaines de chômage. Mais ces ouvriers agricoles, encore pleins d'inexpérience, commencèrent par se mettre en conflit avec la loi; plusieurs d'entre eux furent condamnés pour avoir refusé le travail avant l'expiration du temps fixé par leur engagement. Cependant, leur exemple fut contagieux et s'étendit du Warwickshire aux comtés voisins. iVcceptant docilement la direction de quelques-uns d'entre eux, MM. Arcli, G. Mitchell et autres, ils formèrent des sociétés, qui furent bientôt fondues en une seule, et s'adressèrent aux puissantes Unions de l'industrie pour obtenir des secours et une direction. Ce mouvement, s'organisant ainsi à la veille de la moisson, devait inquiéter sérieusement les fermiers et les propriétaires. Aussi la polémique qui s'engagea à ce sujet, et qui continue aujourd'hui, fut-elle si vive, qu'il est difticile d'en dégager encore un jugement impartial. D'une part, quelques-uns de ces propriétaires qui possèdent des districts entiers, des évoques, de grands fermiers, jetèrent des cris d'alarme et prêchèrent énergiquement la résistance. D'autre part, les griefs des ouvriers furent exagérés et exploités ; et la funeste Association internationale des travailleurs, qui tenait justement alors ses assises à Nottingham et s'agitait stérilement au milieu de l'indifférence universelle, voulut accaparer à son profit ce mouvement nouveau : elle chercha à recruter des adhérents parmi les ouvriers du AVarwickshire, en intervenant avec grand bruit pour empêcher les Irlandais de venir travailler à leur place. Mais, de part et d'autre aussi, la voix de la modération

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sut se faire entendre. Les fermiers, habitues, par la pratique de la vie politique, à défendre eux-mêmes leurs intérêts, allèrent dans les meetings de grévistes discuter avec leurs anciens ouvriers. La plupart d'entre eux eurent la sagesse de ne pas s'attaquer directement à la nouvelle Union agricole et ne demandèrent pas à ceux qui venaient chercher du travail chez eux s'ils appartenaient ou non à l'Union. Au hout de deux mois, les grévistes revinrent ainsi en grand nombre-, ceux qui avaient obtenu ailleurs de plus hauts salaires avaient reconnu qu'à ces salaires correspondaitun genre de travail auquel ils n'étaient pas habitues, et souvent aussi leurs nouveaux maîtres ne les avaient pas trouvés aptes à ce travail. Leur exemple découragea les autres membres de la nouvelle Union, qui se contentèrent de s'organiser pour obtenir une paye plus* élevée, sans pour cela se mettre en grève ni refuser de travailler au taux actuel. La question est donc entrée aujourd'hui dans une phase où les conseils modérés ont chance de prévaloir de part et d'autre ; et, pour terminer, je ne puis mieux faire que de citer quelques phrases d'une lettre d'un fermier distingué qui montrent jusqu'où va cette modération : a II ne reste plus maintenant aux fermiers qu'à oublier, pendant l'hiver prochain, les désagréments que leurs ouvriers ont pu leur causer, à leur tenir compte du haut prix de tout ce qu'ils auront à acheter, et à chercher à procurer de l'ouvrage, moyennant un salaire équitable, à tous ceux qui ont travaillé pour eux durant l'été. »

Dans le Warwickshire et le Worcestershire , on

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considère la crise comme terminée. 11 est toutefois impossible que l'existence de l'Union, qui, sous le nom d'Union nationale des ouvriers agricoles, paraît être aujourd'hui fortement constituée, n'apporte pas un élément nouveau dans les rapports entre les fermiers et les cultivateurs. Quel sera son rôle? C'est ce qu'on ne saurait prévoir aujourd'hui. Dans un meeting qui a réuni récemment plusieurs centaines d'ouvriers agricoles à Peterhorough, des discours ont été prononcés qui sembleraient présager de nouvelles luttes pour l'année prochaine; mais, d'autre part, l'on annonce pour le JO décembj-e un grand meeting à Londres, où les intérêts des ouvriers agricoles seront discutés devant un auditoire composé surtout d'ouvriers de la capitale; et les noms des personnes qui ont promis leur concours à cette réunion suffisent pour garantir le caractère modéré qu'on veut lui donner. En efTet, à côté de M. Arch, président de l'Union nationale des ouvriers agricoles, et de M. G. Potter, on rencontre ceux de l'archpv.êque catholique de Westminster, de membres du Parlement aussi distingués que MM. Mundella, T. Hughes et Morley, et enfin du lord maire de Londres, qui doit présider le meeting '.

1. 15 décembre 1872. — Le meeting a eu lieu : à l'exception du lord maire, qui craint en toute occasion de compromettre sa neutralité, toutes les personnes nommées plus haut ont été fidèles au rendez-vous. i( Ls réunion, m'écrit l'un des assistants, a été interrompue d'une manière injustifiable parles républicains de Londres, dirigés par M. Bradlaugh. 11 n'en est pas résulté un grand mal ; car ici l'on connaît ces messieurs, et leur intervention a jeté les unionistes agricoles dans le coté opposé. »

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