‹ De la situation des ouvriers en Angleterre mémoire présenté à la Commission d'enquête sur les conditions du travailChapitre 3 sur 66 · VALEUR ABSOLUE DES SALAIRES · texte numérisé non relu

VALEUR ABSOLUE DES SALAIRES

A. ^ D0 CHIFFRE DES SALAIRES

Un écrivain anglais, peu favorable au passé,

M. Thornton, estime qu'au commencement du siècle dernier la plupart des salaires, particulièrement dans Fagrieulture, le bâtiment et le tissage, étaient plus élevés qu'aujourd*huî.

D'après un sagace obsemteur, Daniel Defoë, le journalier gagnait de 8 fr. 75 c. à 12fr. 50 c, les tuiliers, de 20 à 25 fr., et presque tous les artisans , 25 fr. par semaine. La valeur de l'argent étant alors plus considérable qu'aujourd'hui, aucun d'eux n'aurait eu

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à redouter In misère, sans Texlréme imprévoyance qui les laisait vivre au jour le jour.

Les chiUres que je vais donner ne sont naturellement que des moyennes, maïs ces moyennes sont assez ('onstaiilcs, inèine pour le travail à la tâche. Kn elFel, dans la plupart des industries où ce système de travail . est adopté, le pouvoir moteur, les machines d'extraction, les feux, dont le travail est lié à celui de l'ouvrier, ne permettent pas h celui-ci (ralion<;er ou d'abréger sa journée, et, sa durée étant ûxe, il s'établit une moyenne presque invariable dans la quantité de travail qu'elle produit.

Les mineurs avaient toujours lait une triste exception à l'aisance relative des autres ouvriers. Jusqu'à la fin du siècle dernier, c'étaient de véritables serfs, qui, en Ecosse, par exemple, ne pouvaient quitter la mine à laquelle ils étaient attachés.

Au commencement de ce siècle, le développement des manufoctares et le renchérissement du prix de la vie portent un coup funeste à la position de l'artisan.

De 1815 à 1820, un quart seulement des ouvriers du Lancashire gagne 25 fr. par semaine; les autres, 7 fr. au plus; à Preston, ils ne gagnent que 6 fr., à* Glasgow, que 5 fr.

En 1832, à Manchester, les tisseurs ne gagnent que 21 fr.; les ûleurs, de 25 à 30 fr.

En 1835, la moyenne dans les filatures de Stoci^port est de 20 fr. 70 c.

En 1842, elle est éè 20 fr. 20 c. dftos la filature de M. Bright, à Rochdale.

iO DES SALAIRES.

En 18/|5, les mineurs gagnent do 21 fr. h 22 fr, 50 c. dans Je Stafford; de 25 à 30 £r. dans le Yorksbire.

Voici quelques détails sur le taux et la forme des salaires depuis une trentaine d'annt^es dans certaines grandes industries ; ils provieanent en grande partie de i*etiquéte de la Commission royale sur les Tradcs • Unions; les plus rëeents m'ont été fournis par quel* (jues patrons et quelques ouvriers, parmi lesquels je pourrai cUof, d'une part, MM. Briggs^ et, d'autre part, Bf . 6. Pptter.

L.e Bâtiment. — Les peintres, Jes bri^uetiers sont seuls, à 1^ tâche ; les autres ouvriers sont ordinairement à la journée. Dès la fin du xvra* siècle, aprë$ des grèves importantes, les ouvriers du bâtiment ont obtenu que la journée ne fi^t ^ue de dix heures : avantage précieux dans un t^mps où les fflinçurs et Içs meurs étaient souyeqt astreints à 4çs joui*née§ de seize heures.

En 1^47 et 1859, l^s salaires se sqpt él^Y^â» 4q 6 fr. S5 c. à 7 fr. c. par jour pour la plupart des

ouvriers du bâtiment de Londres, et le si^medi a été réduit à cinq lieures, sans diniiniitiop de paye. Ej^ 1859, la journée restant ilxée à dix heures, les salairç^ comptés à rhenre, qui vaut 0,72 c. en 1B61, 0,77 c. en 1865, et 0,83 c. en 1868. En 1872, les ouvriers ont Qbtenu, par le comproi^is (|qi a terminé 1a (iernière grève, la réduction des heures dq travail ^ cinquante et une par senfiaîne, et l'élévation du prix de riieure à 0,88 c. environ. Depuis ]851, la semaine de

DU CHIFFRE DB8 SALAIRES

. travail a ëlë ainsi rélaite de neuf heures, et sou prix a augmonté de 7 fr. 81 c.

De 1852 à 18Ô8» les cliarpontiers de Glnsj]^ow ont tu leqr? salaires iqonter de 27 fr. 50 c à 32 ff. ^0 par semaine, et les heures de travail réduites de soliante à cinquante-sppt; pour les peintres de la même ville, le prU d€| rheure s*est élevé de 0,36 à 0,52 c. ; le prix dp la semaine, pour les plâtriers de Londres, de 32 fr, 50 ç. à S^7 fr. 50 c, et, pour les charpentiers, de 25 à fr.

Mais qeite industrie, la première par le nombre des puyriers ^*elle emploie, est loin de leur offrir des occupations et par cons('(|uept line rémunération constante. Elle est irrégulière dans ses allures : le froid et le ipauvais temps lui imposent bi^n des (no|s de cbôinQGfp ; |e9 peintres ne geuTeiit travailler que Tété. De là une réduction considérable dans le salaire annuel. M. Poiter, qui a appartenu lui-même h cette classe d'ouvriers, m'assure qu'il iiaut évaluer à une moyenne de di^ semaines m moins |e cliôin^ge nnnuel des bons

ouvriers, ce qui réduit leur salaire moyen à 36 fr. par semaine. Celte irrégularité, ces InterrupUous SUj)ites se lènt surtout septir dans une branche importante de celte industrie, la construction des cl^amfps de fer. Les entreprises de ce genre, depuis leur grand déveioppaipeiu, ontd^ji tidversg (]aux prisai» parU^il^' Uèrement violentes, ep 18/|8 d'abord, et ensuite en ^867, après Ie$ catastrophes financières du Black- Friday. Un seul fait donnera la mesure de ces fluctuations, causées par un développement excessif d$§ que les aiïaires paraissent bien aller : le capital engagé

DKS SALAIRES

\muv dans l;i conslruclion des rliPinins de fer fut de /i,387, 200,150 fr.; en 1868, il tombii à 8:^0,183,1)00 fr. Ln pareil temps d'arriH dans la construction déprécie immédiatement la valeur de la main-d'œuvre. En 1867 et en 1866, lorsque les entrepreneurs voulaient à tout prix achever une ligne dans un temps donné, on vit des ouvriers, attirés par la liaute paye, travailler jour et nuit aux terrassements ou aux maçonneries, et euliisser ainsi, par un eiïort pliysi([ue vraiment extraordinaire, jusqu'à quarante-sept journées dans l'espace de vinf;t-liuil jours. Pendant la guerre de Crimée, la même loi de l'offre et de la demande lit monter jus- (|uVi 7 fr. 50 c. par jour le salaire des terrassiers. Dernièrement, le développement des houillères exerça une influence analogue sur le travail des terrassici-s «•mployés aux ciiemins de fer voisins, et fit monter le pi ix de leur journée de 3 fr. 50 c. à fr. 75 c.

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C'est à ces époques fiévreuses que succèdent les crises financières, qui amènent avec elles le chômage

DU CHIFFRE D£S SALAIRES. 13

pour les uns, les salaires réduits pour les autres. Le tableau ci-dessus des salaires des ouYriers constructeurs de chemins de fer donnera une idée exacte de ces variations, qui n'excluent pas sur une .longue période d'années un accroissement progressif et irrévocable.

Quoiqtie le travail à la tâche ne soit pas généralement adopté dans le bûliment, oi inal?:ré quelques exemples fâcheux d'excès de travail au moment de la fièvre des chemins de fer, ce système de rémunération, si supérieur au travail à la journée, a été adopté souvent dans les constructions de cheuiins de fer et particulièrement pour les travaux de terrassement, où le contrôle est facile.

Métallurgie.— Les artisans se divisent en trois classes, toutes payées à la tâche : les puddleurs, les

lamineurs et les marlcleurs. Au-dessous d'eux sont les journaliers et les assistants. Dans ieStailord, les salaires sont, depuis 18/i7, réglés par l'échelle mohile de M. Thorneycroft : le prix de toutes les espèces de fer, lixé tous les trois mois pour toutes les forges, détermine le taux des salaires : les puddleurs recevant un et les autres artisans deux vingtièmes du prix des fers qu'ils ont travaillés. Depuis quelque temps, ou ajoute à ce salaire mobile 1 fr. 25 c. par tonne. Les assistants sont à la charge' des artisans.

L'échelle mobile a été adoptée, il y a quelques années, dans le Nord, et ce printemps dans le Yorkshire. £lle a l'avantage de rendre fort rares les disputes sur les salaires. Mais, d'une part, elle en fixe le taux -

DUS BALA11IË9.

d'une manière souvent inégale, assurant, par exempte, flul inftHëleiii^ titt l)ëtiëA(»0 eiâgërë qoaild un note-

vfeaii porfecliOrtnéttient est introduit dans leur instrument» tandis que le puddkmr, qui a préparé le fer, n'en retire aucuii ftTaniagé. D'autre parti les tariations de l'écihelle tië (SOftéspotidetit pas k wWm dea bénéfices

de l'entreprise, qui devraient en être la Iwse ratioiincile, rëiëvalioti du prk de la houille faisant parfois doublet^ célui du M, sdnH que les industriels en Iretirent adcuii prdflt.

L'échelle mobile n'est pas adoptée dans le pays de Oalles, où subsistént encore quelques eoutumes bal^ bares, comme celle d'employer iDs DSitlttieë eut

vaux les plus rudes, moyennant la boiimie dérisoire de 1 fr. 25 G. par jour.

Le tâttx des Hûkim dés buvrléra du Ibr bst main* tetiiif paf ifl eotiëurrénce «uiëricMlnÉét l'émigratien,

au-dessus d'un cerlain mltiinnnn, d'Une manière plus liertainé iîde dans aucune autre industrie. M. Smith^ àgefit dé lord DUdley) a déclaré Qu'il aimait nli^ui tftttïillef fl iHMë tflè de pàyëi* «ëa puddlëurs ffioins dè

10 fr. par tonne; car, au-dessous de ce prix^ il ne pourrait èonserVêr dès bons ariisausi fin 160di les puddlëurs ddt gfdgnë le ëhiffl% ëteëptibnnel de 19 tf;

par tonne. La moyenne du salaire des artisans^ i peu près la môme dans tous les diôtricls, est évaluée à H fr. i^ar seijoiàlnei inalë^ pur suite des chômëgës forcés, ëllë dotine tin abiffl^ ëbtftiél dë 1^999 ft l,90ë Dr.

Pour confirmer telte règle par retceplion, nous Citerons les gains assurés à quelques ouvriers par des

DU CUiFl'ilE DES SALAIULS. \t

instruments perfectionnés* Ainsi un laminoir, chez MM. Fox et Head, lit monter le salaire d'un artisan à i5,Û(H) fr. dabs uh an ; et oii a vu dans les Melwy- Iron-Wdrks, i Livérpool, des niartëleurs qui retevalent par semaine 375 fr. , sur lcs([uels ils donnaient 25 fr. à leur apprenti, et qui gagoaieul aiilsi de 20 à 22,000 fr. par âb.

De tels exemples ne prouvent rien i il faut sëule^ ment tenlfirquer que, par malheur, les ouvriers àiusi ^ favorisés sout rarement les plus écooodies.

Au mëis d'aodt 1872 , les ouvrière des fergeS (lu district de Gleveland recevaient les salaires suivants : les puddleurs à la lâche, environ 12 fr. 50 c. à 15 fr. par jour en moyenne ; les gardienâ dés hauts foupiieauxi iô fr. 62 c. à 11 fr. 25 c. ; les ehergeurs, 6 fr. 25 à 6 fr. 87 c. ; les ëcumeui-s de fonte, 6 fr. 25 c. ; les simples manœuvre^, 5 fr. à 5 fr. 62 par jour. Ces quatre dernières catégories travaillent à la jouriiëe. 6*est grftoe au prix excessif du fer que ces salaires ont atteint un chilfre aussi considérable? mais ils s'étaient élevés graduellement, depuis trois ans déjà, sous l'influence de Taugmêntation de la production du fer, dont Texportatioit avait doublé de 186(ià 1871; et dans cette année 1871, les puddleurs obtenaient déjà de 6 fr. 56 C. à 8 fr. 7d c» par charge de 7 1/2 tonnes de fer, soit ehviroil dë 50 fr. à fr. 79 e. {laf semaine.

Les salaires des forges dîl pays de Galles sont fort au-dessous de ces chilTres, mais ils se sont élevés dans ùhë pl*dportiOh àiiatogue « eotaime Tindi^ue le tableau suivant :

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