SECONDE PARTIE
ÉPOQUE ANaENNE.
«Xa Térité se glisse lentement dans Pesprit ds {KMnroir, et quand die y entre , ce n'est pas pour y régner aussitôt. Il refuse longtemps de la croire. Fercé de la croire, i relose longtenipe de lui obéir. Je n'ai pas besoin d'en dire les raisons.
« Précisément à cause de cela, il faut, quand le poufeîr M Ènmtptf se bâter d^en eonvaiacre le pnblic, d'établir dans Topinion ce qui ne pénétrera que si tard dans les fiiits. Plus la route est longue, plus on doit se mettfe en marche de bopnt heure : on peut alors , avant d'arriver , obtenir quelques résultats. En rain Terreur ne cesse pas d'être pratiquée ; dès qu'elle est oonnue elle eai afTaiblie. La société est faite aujourd'hui de tdk ••rte -qoe le pouvoir est à demi YaUieu quand le public juge qu'il a tort. Il a beau persister ; eu persistant, il hésite, il se sent eu présence d'une ;force qui loi impose. Peu à peu rtpinion qtt*il combat l'envahit lui-même ; il ne lui cédera pas encore, mais il hésitera davantage. D*abord la enmitei. ensuite le douter jetteront le trouble 4anf son action : il sera timide et fera de» fautes en usant d*un moyen que la société r^rouve, auquel lui-même ne croit plus. S ftmt le pmumer ugrt cette situation; il faut mettre ses erreurs en lunî^; qimnd le jour les aura frappées, k force qu'il s'en pnwnet sera d'an emploi plm d^/^fiâie, et les fautes qu'il commettra en s'en servant l'énerveront entre ses mains. »
M. Qonun^.De la peine de mort, tic., pré ^ faoe, p. Tf .
260 * DE LA SOeVERAIN^TÉk
Cette théorie est celle de l'anarchie. Elle est d'un grand maître. Elle a pour elle la sanction de l'expérience. C'est par elle que M. Guizot, en 1830, a renversé ce qu'il appelle le pouvoir. C'est^par elle qu'il a été renversé en 1848. Mais, il faut convenir : qu'un pouvoir, qui ne prend le sceptre que pour le voir, un instant après, brisé dans ses mains ; est tout ce qu'il y a de plus méprisable. Et, cependant qu'est-ce qu.'un pareil pouvoir : si, ce n'est celui de la souverainetés de l'opinion ; de la souveraineté du peuple ; négation de vérité et rien de plus ? Supposez, en effet, qu'au milieu de ce tohu-bohu, la vérité pût arriver à ce qu'on appelle si improprement le pouvoir, lequel, n'est alors: que, l'obligation de se laisser cracher poliment à la figure, par le premier imbécile, armé du talent de transformer en essence de liberté, sa salive empoisonnée ; qu'en arriverait-il? La vérité, intronisée mais non démontrée, aurait immédiatement contre elle : tous ceux qu'elle voudrait et devrait empêcher de satisfaire leurs passions. Car, la seule vérité démontrée, peut donner une bonne raison : pour dompter ses passions ; quand on est assez fort, pour les satisfaire impunément, dans cette vie. Le pouvoir, comprenant la loi et l'exécuteur de la loi, doit être respecté de tous : sous peine de mort sociale. Et, le pouvoir peut seulement être respecté : soit, à l'abri d'une inquisition , protégeant une religion hypothétique ; soit, à l'abri de la religion réelle , se protégeant par son incontestabilité.
^ Profitons, maintenant, des leçons de M. Guizot. In-
formons le public : que, depuis Torigine sociale, tous les hommes de mérite ont professé le plus profond mépris : pour la souveraineté du nombre, la souveraineté du peuple, la souveraineté de l'opinion.
Commençons par dire : que, depuis Torigine sociale, pas une horde de sauvages, quelle qu'ait pu être ïa couleur ou la nuance de leur .peau; pas. une tribu, pas une nation, monarchique ou républicaine, qui n'ait basé l'ordre : sur une souveraineté de droit divin ; sur des lois : ou révélées; ou, acceptées par les dieux. 93 n'y a même pas échappé. 11 appartenait à la restauration de 1815 et à M. Barrot, de dépouiller la loi de la sanction éternelle. Or, toute souveraineté de droit divin, est la négation absolue : de la souveraineté du peuple.
Maintenant, citons :
— « Une injure faite à un seul homme, dit Confucius^ est une menace pour le genre humain tout entier. »
— Et, croyez-vous : que, la souveraineté de la force, ne soit pas une injure faite aux faibles ?
— « Gouvernez, dit Pindare, avec le timon de la justice ; forgez votre langue sur Tenclume de la vérité. »
— Vous imaginez-vous, par hasard : que, la souve raineté des forts, soit une source : de justice et de vérité?
— « La force, dit Selon , est le partage de quelques-uns , et la loi le soutien de tous, i»
262 DB ul souveraineté.
— Oui, quand la loi est rexpre&sion : de la volraté de Dieu socialement acceptée ; ou, de la vérité incofr testablement démontrée. Mais, quand elle est l'expression de la volonté des forts ; est-elle le soutien de tous?
Passons au divin Platon. D'abord, Platcm est le restaurateur : de l'inquisition, de la censure et du maxîmum. Nous en avons donné toutes les preuves, dans nos ouvrages intitulés : Qu'est-ce que la science sociale; et, Société NOUVELLE.
Platon n'avait pris ces brevets d'importation : que, par haine pour la souveraineté des sots.
— «c Voua wyeg, dit Socrate ^ cité par Platon dans Critcm^ vous safei que ce n^est pas à l'opinion du grand nombre qu'il faut s^en rapporter, mais à la décision de celui qui discerne le juste de l'injuste et qui n*est autre que la vérité. »
— Et, quel est cet autre, s'il vous plaît, tant que la vérité n'est point incontestablement démontrée? Le plus fort n'est-il pas vrai ? C'est, précisément, pour la protection de cet autre, que Platon déclarait : l'inquisition et la censure, deux nécessités sociales. Mais, prenez-y garde ! Cet autre peut seulement être protégé : par une inquisition, tant que l'examen peut rester socialement compressible. Dès, que cette compression ne peut plus exister utilement, plus de censure possible; alors, et jusqu'à ce que la vérité puisse être incontestablement démontrée, vous tombez dans le gouffre de la souveraineté du peuple ; et, ce gouffre, c'est rANARCHiB.
La souveraineté du peuple, la souveraineté delà
M LA somnnuiiirrt. 263
forée a^ pour eomplément nécessaire^ rexploitation des faibles on le paupérisme. Vous allez voir ce que Platon pense , des gouvernements où le paupérisme existe.
— c Daas tovte socîélé, ifit-O, oà tous vtrrtt dês jNMrrfs... »
— Où TOUS Terrez des pauvres. Remarquez bien la phrase!
— c Dans toole société oà tous Terrei des (Murret » il y a dtt filous cachés y des coapeors de boonte, des sacrilèges et des fripons de tonte espèce. — Mais dans les go o fer n e m ents oligarchiqnes n*j a-t-il pas beau* conp de panvni?— Presque tons les citoyens le sont, àTeiception des clie&. »
— D'après, cette définition de Platon ; il paraît : que, la souveraineté du peuple a beaucoup de ressemblance avec Toligarchie.
— a Ne sommes-nous pas autorisés à croire, continue Platon, qn*il s*y trouTO beaucoup de scélérats armés d'aiguillons que le magistral contient dans le deroir par la ligilance et par la fobciT — Oui. »
— II est probable qu'à Athènes le nombre des notaires mis au bagne par le magistrat , était plus considérable, proportion gardée, que le nombre des Tagabonds. C'est ainsi que les choses se passent chez nous, d'après les statistiques judiciaires (1).
(1) Le notariat envoie annuellement un de ses membres sur 450 devant la cour d'assises; tandis que la population de Paris, la plus dépravée de toutes, ne fournit qu'un accusé sur 1,443 habitants.
BénKHGKR DE LA DnôMF, t. II, p. 170, cité par M. Dupont-White, p. 214.
part d$s choses^ la nature et la loi sont opposées entrs slks : d*où il arrÎTe que si on se laisse aller à^la honte et qu*on n'ose dire ce qu'on pense, on est forcé à se contredire. Vous avez aperçu cette subtile distinction, et TOUS la faites servir à dresser des pièges dans la dispute. Si quelqa^ua parle de ce qui appartient à la loi , vous l'interrogez sur ce qui regarde la nature; et s'il parle de ce qui est dans Tordre de la nature, tous Tinterrogez sur ce qui est dans l'ordre de la loi. »
(GOEGIAS.) '
— Là est le secret de toutes les oppositions, conséquences de la souveraineté du peuple. Alors, les lois et la raison se trouvent nécessairement en opposition : sous peine d'anarchie. Les conservateurs, partisans . nécessaires des lois, les soutiennent; les révolutionnaires, soutiennent la nature, c'est-àrdire la raison. Et, le désordre, résultat de cet antagonisme , augmente continuellement : jusqu'à ce que les lois et la raison puissent être d'accord ; ce qui n'est possible : que, sous la souveraineté de la vérité.
Voici, maintenant, ce qui arrive, sous la souveraineté du peuple, à quiconque veut établir le règne de la vérité : tant que celle-ci n'est point devenue : socialement nécessaire.
— a Socrate. Et il ne serait pas étonnant que je fusse condamné à mort. Youlez-Yous savoir pourquoi je m'y attends ? — Calliclês. Je le veux bien. — Socrate. Je pense que je m^applique à la véritable politique avec un petit nombre d^ Athéniens (pour ne pas dire que je m'y applique/ seul), et qu'aucun autre que moi ne remplit aujourd'hui les devoirs d^nn homme d'Ëtat. Comme donc je ne cherche nullement à flatter ceux avec qui je m'entretiens chaque jour^ que je ne vise qu^au plus utile et non au plus agréable , et que je ne veux rien faire de toutes ces belles choses qne vous me conseillez, je ne saurai que dire lorsque je me trouverai devaÉt BMs juges ; et ce que je disais à Polus revient fort bien ici : Je
DB Là 800VEIU1NBTÉ. 269
serai jugé comimg l9 serait un médecin accusé devant des enfants par un cuisinier. »
(GrOIGUB.)
— Et, tant que la souveraineté du peuple existe : les enfants sont juges; et, les accusateurs des cuisiniers.
270 DB LA «OCVmiAIIlBTi.
«< Platon réfate successivement cette maxime : // est juste défaire du bien a ses amis et du mal à ses ennemis; et cette autre maxime : La Justice est ce qui est avantageux au plus fort. Une fois débarrassé de ces sophismes , il cherche la nature de la justice ; il établit qu*dle est sagesse et vertn, comme Tinjustice est vice et ignorance
Tel est le principe transcendant de ce sublime ouvrage. C'est sur la justice que Platon Ta bâtir sa république idéale. »
Argument du premier livre de la RépubUçue, par le traducteur Grou.
C'est ainsi, en général, que Ton écrit l'histoire. Quand un historien dit à ses lecteurs : « Je vais vous montrer un chat ; » il peut en toute sécurité leur montrer un bœuf ; et^ quatre-vingt-dix-neuf sur cent, s'imagineront : avoir vu un chat.
Tachons d'être le centième lecteur ; et, voyons : si, fH effet, le divin Platon a décrit un bœuf, après avoir promis de présenter un chat !
L'examen que nous allons faire, doit avoir un but. Le divin Platon était matérialiste. Nous l'avons prouvé de la manière la plud incontestable, dans nos ouvrages précédents. Ici, un dilemme se présente : ou Platon ^ croyait en effet que la jmtice est^ uniquement^ ce qui est avaatageuœ au plus fort y ce qui est la négation de la justidfb; ou, il ne le croyait pas. S'il le croyait, il
M Lk SOUVcàilNETÉ. 271
a fait tout ce qu'il a pu pour détruire cette maxime anarcliique et nuisible aux forts, dès qu'elle passe dans l'opinion publique; s'il ne le croyait pas; s'il croyait à la réalité de la justice ; il aura employé tout son talent, pour faire passer sa conviction dans l'esprit de ses lecteurs. Si, alors, ses moyens sont faibles, pour défendre cette cause ; il ne faudra en accuser : que, la cause, elle-même, dé fendue au point de vue MATÉRIALISTE ; dout, la souveraineté du peuple, négation de toute justice absolue, est l'expression nécessaire.
La République de Platon est un dialogue, dont les interlocuteurs sont :
Socrate.
Céphale.
Polémarque, fils de Céphale.
Glaucon, fils d'Ariston et frère de Platon.
Âdimanthe, autre fils d'Ariston et frère de Platon.
Clétophon.
Thrasimaque, sophiste.
Ce qu'il y a de très-remarquable ; c'est, que Thrasimaque, nommé sophiste par le traducteur, est prér cîsément : le seul qui raisonne clairement, sans sophismes et sans galimatias ; dès, que l'on se place au point de vue de Platon : le matérialisme.
C'est par Céphale, l'un des défenseurs de \sl justice pour la ju^tice^ que nous allons commencer.
— « C'est, dit-il, parce que les richesses sont d*aa très-grand secourt, qu'elles sont à mes jeux si précieuses, non pour tout homme, mais pour le sage seulement; car c^est à une ifortuae aisée 4|u'on est re^NUft, «a
279 DE LA SOUTERAINETÉ.
grande partie, de ne point se trouter exposé à tromper personne • . . Les richesses ont encore d'autres avantages^ sans doute; mais, tout bien pesé, je crois qne tout homme de sens donnera de bien loin la préférence i celui-là sur tous les autres, n
— Et, à cela Socrate répond :
— « Rien de plus beau que ce que tu dis, Cépbale. »
— Ainsi, le plus grand mérite des richesses, est de ne pas être obligé d'être fripon : ce qui est juste , quand on est pauvre ; mais, a le désagrément : de TOUS soumettre à la justice des forts, qui n'aiment pas être volés. Tout cela est logique, au point de vue du matérialisme ou de la souveraineté du peuple. Et, le complément de cette logique, est une inquisition : pour abrutir les masses ; et, pour faire adorer des dieux : que, le sage Platon méprise. Aussi, a-t-il basé ses lois sur une inquisition, auprès de laquelle : celle, de saint Dominique, n'est qu'un jeu d'enfant.
Quant au bonheur, que les richesses procurent en donnant les moyens d'être utile aux autres ; cela ne peut avoir de rapport : ni, avec le matérialisme; ni avec la souveraineté du peuple Aussi, le divin Platon n'en parle pas.
Puis, Polimarque prend la place de Céphale ; et, Socrate lui dit :
— a Âpprends-moi donc, Polémarque, puisque tu prends la place de ton père^ ce que dit Simonide au sujet de la justice , et en quoi tu Tapproayes. ii
— « U dit que le propre de la justice est de rendre à chacun ce q^cn hii Mtj H en cela je trouve qu'il a raison* n
— Là-dessus , Socrate fait quatre pages de sophisme, sur la définition de Simonide ; et, arrive à la conclusion suivante :
— « Prends garde encore à ce que je Tais dire. Celui qui est le plus adroit à porter des coups , soit à la guerre , soit i la lutte , n*est-il pas aussi le plus adroit à se garder de ceux qu'on lui porte ? — Oui. — Et celui qui est le plus habile à se garder d'une maladie et i la prévenir, n'est-il pas en même temps le plus capable de la donner à un autre? — - Je le crois. — Quel est le plus propre à garder une armée? n'est-ce pas celui qui sait dérober les desseins et les projets de Tennemi? — Sans doute. — Par conséquent, le même homme qui est propre à garder une chose est aussi propre à la dérober ? — Oui. — Si donc le juste est propre à garder de l'argent, il sera propre aussi à le dérober? — Dft moins c'est une conséquence de ce que nous Tenons de dire. — L'homme juste (continue Socrate ) est donc un fripon ? Il parait que tu as puisé cette idée dans Homère^ qui Tante beaucoup Aniolycus, aïeul maternel d'Ulysse, et dit qu'f7 surpassa tous les hommes dans l'art de dérober et de tromper,». Par conséquent , selon Homère , Simonide et toi, la justice n^est autre chose que Tart de dérober pour le bien de ses amis et pour le mal de ses ennemis : n'est-ce pas ainsi que tu l'entends? — Non, par Jupiter. Je ne sais ce que j*ai voulu dire, d
— Après avoir fait confondre : et Céphale et Polémarque, par Socrate ; pour prouver : que, la justice n'est que la force ; Platon va maintenant établir Socrate, en défenseur de la justice pour la justice; et, c'est Thrasymaque, le prétendu sophiste, qu'il charge de l'attaquer.
— « Socrate , lui dit-il, à quoi bon tout ce Terbiage? Pourquoi tous céder.comme de concert la Tictoire l'un à l'autre, ainsi que des enfants? Veux-tu sincèrement saToir ce que c'est que la justice? Ne te borne pas à interroger et à te faire une sotte gloire de réfuter les réponses des autres. Tu n'ignores pas qu'il est plus aisé d'interroger que de répondre. Réponds-moi à ton tour. Qu'est-ce que la justice? Et ne Ta paa jne dire que c^est ce qui convient^ ce qui est utUe^ ce qui est avantageux^ ce qui est lucratif, ce qui est profitable ; réponds nettement et précisément ,
274 I^ ^^ SOOYSRÀIIIBTÉ»
parce que je nâ suis ftà hûmme à prendre des sottitts pour de bonnes réponses.
a . . . . Ëconte donc. Je dis que la jusfice n^est autre chose que ce qui est avantageux au plus fort .... — Socrate, De gràee, ex|piii|ii€»-toi ptos clairement.
« Ne sais-lu pas que les différents Ëtafs sont ou monarchiques, ou aristocratiques, eu popvlaircs? — Je sais cela. -— Dass eka^oe Ëtal, celui qui gouverne nest4l pas le pins fort? — Âssurémeat. <-» Chacun doue ne fkit-il pas les lo4s à son avantage : le peuple, des lois populaires ; le monarque, des lois monarckiques, et ainfà des autres? Et quand ces lois sont faites, ne déclarent-ils pas que la justice, pour les gOBvemés, consiste dans TobservatioB de ces lois (1)? ne punissent-Ms pas eelni qui les transgresse , ccouatie coupable d'une action injuste? Voiei donc ma pensée: Dans ehaque État la justice est l'avantage de celui qui a VamterUé m mam, et par conséquent^ imj plus fort; d'où il suit, pour tout hoanie qui sait raisAoner, que partout la justice et ce qni est avantageux au plus £ort, son! la même chose. »
— Comment trouvez-vous le sophiste ? A cela, Socrate répond quatre pages de verbiages et de sophis mes. Puis, sans avoir établi une seule prémisse^ qui ait le sens commun, il conclut :
— « Par conséquent, Thfasymaque, tout homme qui gouverne , considéré conMDe tel, et de quelque nature que soit son autorité, pe se propose jamais, dans ce qu*il ordonne, son intérêt personnel, mais celui de ses sujets : c'est à ce but qu'il vise, c*est pour leur procurer ce qui leur est convenable et avantageux qn*il dit tout ce qu^il dit et fait tout ce qa*îl iiiit. 9
— Pîaton sait parfaitement : que, cette réponse, en présence du matérialisme ou de la souveraineté du peuple, est ce qu'il y a de plus stupide au monde. Aussi, fait-il dire par So<2rate ;
(i> Le tntdftcteitr est tellement conyafncu ; que, Thrasymaqne exprime la pensée de Platon, qu'il ne peut s*empèeher de mettre en Bote : On retmmeM éei l» première idée dm système âe Xbbbes,
Ces!; qa'e» effet: lu forée est la semk justice pessièU : pemr ùmie
DS LA fiOUYEaAlNBTÉ. 2t3
— « Nous en éimks là» et tous les assistanl» Toyaiest ciaireineBi f[iM la définition de la justice était directement oppfosée à calle de Thrasy^ maqne, lors^oe, au lien de répondre, il ne demanda si j*avasf «ne neuf» rice. — Ne ¥Mi4-i& pas nueni répombre, Ini dit-je, «f^e de Jnre de pn** reiiles questions? •— Elle a gvand tort de te taisser ainn Bkorvenx et ée ne pas te moucher : tu en as besoin^ car tu ne sais pas seuienent ce que c'est que des tneupeani et nn^ Jberger. -^ Pour quelle raifion , s'il t« f&dt? »
— Maiatenant, écoutez le sophiste; et, demande^'* -wus : si, Platon était homme à faire parier ainsi, celirî auquel il aurait donné un rôle de sophiste à remplir.
— - « Parce que , répond Thrasymaque , tu crois «fue les bergers pensent au bien de leurs troupeaux, qu'ils les engraissent et les soignent dan» une autre vue que ceUe de leur intérêt et de eelui de leurs maîtres* Ta t'imagines encore que ceux qui gouverneat ^ j'entends toujours ceux qui gouvernent véritablement, sont dans d'autres sentiments à l'égard de leurs sujets que les bergers à l'égard de leurs troupeaux , et que jour et nuit ils sont occupés d'autre chose que de leur avantage personnel. Tu es si éloigné de connaître la nature du juste et de l'injuste, que tu ignores même que la justice est un bien pour tout autre que pour le juste, qu'elle e4t néile an pins fort q«i commande et mûsiMe nu ptot faible qsi obéit ; que l'injustice, au contraire, exerce son empire sur les personnes justes, qui, par simpUcité, cèdent en tout à l'intérêt du plus fort, et ne s'occuipent que àm foin de aoB intérêt son» penser an leur. Veid, simple que tu es, comment il faut prendre la chose : l'homme juste a toujours le dessous partout oii K se trouve en concurrence avec un homme injuste» WÛMTÛf éams les esnr^Btions iMiioelfes et dans le eommerce de k vie,, fa trouveras tou^urs que l'injuste gagne au marché et que le juste j perd» Dans-fes affaires pnbriques, si les besoins de l'État exigent quelque contKÛtaÊÊaÊkj ie jnste^ avee ^s biens égvnx , fsurnint darantage; s'il y a^. au contraire, quelque chose à gagner, le profit est to«t entier pour Finjuste. Dans l'administration de l'État, le premier, parce qu'il est juste, au lieu de s'enrichir aux dépens du public , laissera même dépérir ses affaires domestiques par le peu de soin qu'il en prendra : encore sera-cebeancoup pour lui s'il ne lui arrive rien de pis. De pTus, il sera odieux à ses amis, à ses proches, parce qu'il ne voudra rien faire pour eux au delà de ce qui est équitable. L'injuste éprouve im sort tout contraire, car, ajant^ comme j'ai dit^ un grand pouvoir, il en use pour l'emporter toujoflf» sur Us autres. C'est arur nn homme ëe te csracefère qu'il hni Jeter
les yeux, si tu veux comprendre combien l'injustice est plus avantageuse que la justice. Tu le comprendras encore mieni, si tu considères Tinjus- Uce parvenue à son comble, dont Teffet est de rendre très-heureux celui qui la commet et très-malheureux ceux qui en sont les victimes et qui ne veulent pas repousser l'injustice par Tinjustice. Je parle de la tyrannie, qui ne met point en œuvre la fraude et la violence, à dessein de s^emparer peu à peu et comme en détail du bien d'avitrui , mais qui, ne respectant ni le sacré ni le profane , envahit d'un seul coup les fortunes des particuliers et celle de TEtat. Les voleurs ordinaires, lorsqu'on les prend sur le fait , sont punis du dernier supplice : on les accable des noms les plus odieux. Selon la nature de l'injustice qu'ils ont commise , on les traite de sacrilège, de ravisseurs, de fripons, de brigands; mais un tyran qui s'est rendu maître des biens et de la personne de ses concitoyens, au lieu de ces noms détestés, est comblé d'éloges ; il est regardé conune un homme heureux par ceux qu'il a réduits à Tesclavage, et par les autres qui ont connaissance de son forfait ; car si on blâme l'injustice^ ce n'est pas qu'on craigne de la commettre, c'est qu'on craint de la souffrir : tant il est vrai, Socrate, que l'injustice porté^ à un certain point est plus forte, plus libre, plus puissante que la justice, et que, comme je disais d^abord, la justice travaille pour l'intérêt du plus fort et l'injustice pour son propre intérêt ! »
— En présence du matérialisme, dont l'expression est la souveraineté du peuple ; c'est clair, c'est incontestable : comme deux et deux font quatre.
Après cela, Socrate remplit quatre nouvelles pages de verbiages etdesophismes, pour ne rien répondre. Puis, paraît Glaucon, le frhre de Platon, qui semble prendre le parti de Socrate ; il ajoute huit autres pages de semblables verbiages, pour arriver à ce, par où il aurait fallu commencer.
— « Mais les dieux , dit Socrate^ ne sont-ils pas justes aussi? — A la bonne heure! p
répond Glaucon , ayant Tair de lui dire : « De quoi
BE LA SOCYBRAINBTÉ. 277
diable nous parlez-vous ? Est - ce que vous et moi croyons aux dieux ! »
— c L'injuste , continue Socrate qni fait la sourde oreille , Tinjoste sera donc ennemi des dieux et le juste en sera l 'ami ?
— « Tire brarement telle conséquence qu*il te plaira , répond le frère de Platon, je ne m'y opposerai pas, pour ne point me hrouiller avec ceux qui nous écoutent, »
— Comment trouvez-vous la réponse ? Elle est digne d'un journaliste : qui ne veut pas se brouiller avec le parquet.
Là dessus, quatre nouvelles pages de verbiages et de sophismes : pour finir le premier livre de la République. Si, je ne cite point ce verbiage ; c'est, que je ne veux : ni ennuyer mes lecteurs ; ni leur donner la migraine. Si, quelqu'un me contredit à cet égard ; je lui laisse le plaisir de citer ; et, je réponds : que, pas un lecteur, sur cent , ne le lira.
Noua arrivons au livre second. Vous croyez : que, Platon va laisser, à cet égard, une ombre de victoire à Socrate, couronné de galimatias ? Il n'en sera rien.
— « Je crus, dit Socrate, après atoir parlé de la sorte, que Tentretien était fini ; mais ce n'était encore que le prélude. »
— Diable 1 il paraît que nous ne sommes pas au bout.
— «Glaucon, continue Socrate, fit paraître en cette occasion^on courage ordinaire; il ne toulutpas se rendre comme Thrasymaque; mais, prenant la parole : Socrate , me dit-il, te suffit-il xle paraître nous avoir persuadés que la justice est en tous sens préférable à l'injustice, ou veux-tu
S7â DB LA SOUVERAINETÉ.
Dous le periuader en effet? — Je le voudrais, Ui dia-je, si cela est en mon pouvoir •
« Écoute-moi, dit Glaucoo. Il me semble que Thrasymtqae s'est tenda trop tôt aux charmes de tes discours. Pour moi, je ne suis fias toat a fait content de ce qui a été dit, de part et d*autre , pour la justice et pour rinjustice. Je veux connaître quelle est leur nature et quels effets Tiùie^ Taulre produisent immédiatement dans T&me. Je neveux pas qu^on fosse aucune attention aux récompenses qui y sont attachées ni à aucune de leurs suites bonnes ou mauvaises, n
— Voilà, la question placée sur le véritable terrain du matérialisme , ou de la souveraineté du peuple. Ecoutons !
— « Voici donc, continue le frère du divin Platon, voici ce qœ je vaû faire, si tu le trouves bon. Je reprendrai l'objection de Thrasymaque. Je dirai d'abord ce que c'est que la justice , selon Topinion commune , et d*oii,6lle tire ton origine ; je ferai voir ensuite que tous ceux qui la pratiquent ne la regardent pas comme un bien ; mais qu'ils s'y soumettent comme à une nécessité; enfin je montrerai ([uUls ont raison d'agir ainsi, •parce que la condition du méchant est inf iniment plus ayahtagbitsb on