‹ De la souverainetéChapitre 43 sur 52 · RÉSULTAT DE LA FORCE · texte numérisé non relu

RÉSULTAT DE LA FORCE

Voici, un passage de M. Michel Chevalier; passage qui est une preuve incontestable de sa magnifique intelligence. Il y a bien quelques taches que nous ferons remarquer. Mais , elles ne viennent pas de lui ; elles sont inhérentes* : à l'époque d'ignorance , qui existe encore.

— a £n France, aujourd'hui, dit-il, daus les régions des idées et presque dans la politique, les systèmes socialistes régnent et gouvernent. »

— Des systèmes socialistes ; c'est-à-dire : des systèmes pour établir le bien-être de tous; ou même, pour établir le bien-être du plus grand nombre; ce, qui parait plus facile ; et , n'est rien moins qu'absurde ; tandis que le bienêtre de tous est essentiellement réalisable; des systèmes socialistes , dis-je , conçus sous l'hypothèse de la souverai-

neté du peuple; souveraineté sous laquelle les masses sont nécessairement aussi malheureuses que possible ; ces systèmes ne peuvent être : que d'absurdes utopies. Les économistes ont évité cet absurde^ en affirmant : qu'ils n'avaient pas à s'occuper de ce qui doit être; mais ^ seulement : d& ce qui $st; ce qui réduit l'économie politique à faire, pour l'ordre social; ce, que VAlmanach de Gotha fait : pour Tordre politique.

— « C^est, continue M. Michel Gheyalier, un sénat assez confus. Beau-* coup de personnes croient que ce qu*on cherclie est purement et simplement la pierre philosophalé. »

— Vous allez voir •. que , M. Michel Chevalier n'est pas de cet avis. Si, cependant, M. Michel Chevalier n'avait pas appartenu à l'époque d'ignorance sur la réalité du droit; il aurait reconnu : que , le socialisme , ou le bien-être de touSj est une véritable pierre philosophale : sous, la souveraineté du peuple. Si, M. Michel Chevalier avait été convaincu : de l'absolue nécessité d'anéantir la souveraineté du peuple; et, d'établir la souveraineté de la raison; il aurait cherché cette souveraineté; et, je ne doute pas : qu'il ne l'eût trouvée.

-^ « Mais, continue-t -il, cette opinion n*est elle-même qu'une réaction contre les exagérations de Tesprit noYatenr, de même que la plupart des innoYations qui sont proposées ne sont rien de plus qu'une protestation immodérée contre des abus trop réels qu'oFFRAii la société. »

— Ah I Monsieur Michel Chevalier ! pourquoi donc, n'avoir point parlé au prisent ? Vous aviez donc peur do dire la mérité : à U République de 1 848 ? Un homme comme vous ne doit avoir qu'une crainte : ceUe, de parler d'une manière mm ecmfome : à la vérité.

-^ « U n'est pas permis de croire , continue M. Michel Chevalier ,

qu'un aussi grand mouYement que celui qui agite toute TEurope doive être sans quelque résultat. »

— Il n'est à ce grand mouvement , actuellement couvant sous la cendre , qu*un seul résultat utile possible : l'anéantissement de la souveraineté du peuple. Mais, il est bien douteux : que , ce résultat utile puisse être obtenu : avant, que les étincelles , couvant sous la cendre , n'aient développé un incendie général ! Ce serait cependant : et possible ; et facile. M. Mchel Chevalier ^urrait même y contribuer plus que personne. Mais, le fera-t-il? J'en doute. Et, s'il ne le fait pas : c'est, qu'il est, peut-être, dans les seicrets de Téternelle justice : que , la souveraineté du peuple ne puisse être anéantie ; avant , que l'expiation de notre société soit accomplie; et, qu'elle ne l'est pas encore. C'est, un bien triste enfer : que l'existence sociale , sous la souveraineté du peuple! Et, il serait impossible, à l'imagination des poètes , d'en inventer un : où , les supplices fussent plus généraux ; et, plus atroces.

— a Un fait est certain^ » dit M. Michel Chevalier.

— Faites , je vous prie , attention à ce fait ; qui , selon M. Michel Chevalier : est certain.

— « La constitution sociale tout entière , dit-il , est en question

CHEZ nous , ET PAR NOUS ELLE l'eST DANS LE MONDE. »

— Demandez à cent personnes , des plus instruites ; et, choisissez-les dans l'Institut de France; demandez-leur: ce que c*est que la constitution sociale? Et, vous aurez cent réponses différentes ; si , vous n'en avez mille.

Toute constitution sociale possible, dérive exclusivement : de l'espèce de souveraineté. Et, comme chaque espèce de souveraineté , implique en elle tout ce qui a rapport à l'in-

telligence, à la religion; il s'ensuit : que la constitution sociale se borne à l'organisation de la propriété; organisation, toujours soumise également : à l'espèce de souveraineté.

Sous, la souveraineté de droit divin; la constitution sociale ou Torganisation de la propriété, aliène nécessairement : le sol; et les capitaux acquis, par les gouvernements passés.

Sous, la souveraineté du peuple; la constitution sociale ou l'organisation de la propriété, ne peut plus rester ^ ce quelle était précédemment; parce que : l'aliénation du sol et des capitaux acquis, conduit à l'anarchie; et , elle ne peut encore être autre que ce quelle était; parce que : l'entrée à la propriété collective du sol et des capitaux acquis par les gouvernements passés, conduirait la société à l'anarchie, à la mort; si, cette entrée à la propriété collective avait lieu : avant , que la souveraineté du peuple soit anéantie ; par la souveraineté rationnelle.

Sous, la souveraineté de la raison ; la constitution sociale ou l'organisation de la propriété fait entrer à la propriété collective : le sol ; et la presque totalité des capitaux acquis par les générations passées.

Avant, d'avoir donné ces explications; l'expression, constitution sociahj ne peut avoir de valeur commune. Dès, que ces explications sont données et acceptées; dire : que la constitution sociale tout entière est en question chez nous ; etj que par nous elle Vest dans le monde ; c'est dire : que les souverainetés de droit divin et du peuple, sont en question chez nous ; et, que par nous, elles le sont : dans le monde.

Or, dire qu'une chose est en question, c'est dire : qu'elle est devenue insuffisante ; et dire : que, les souverainetés de droit divin et du peuple sont devenues insuffisuntes; c'est dire : qu'une troisième souveraineté est devenue uécessafre. Si, j'ai mal traduit M. Michel Chevalier; je le prie ; de me redresser-

514 DE LA SOUVERAIHBTÉ.

— a Ne loyons point effrayés , contioue le pnbliciite , de U gnndeur des problèmes qui sont posés, et de la hardiesse avec laquelle Us le sont. Ce n'est point en s'abandonnant à Teffroi qu'on fera qu'ils ne le soient point. V

— - Certes, les gouvernements font très-bien de ne point s'abandonner à Teffroi ; car, c'est surtout eux, que, cela concerne. Mais, aussi, il faut savoir connaître : où, est le danger ; et, en fait de danger, il y a ici un cercle vicieux ; auquel, M. Michel Chevalier n'a pas fait attention.

— - « Si , dit-il y la discussion pour ou contre les différents systèmes est parfaitement librb^ si la violence n'intervient pas avec* ses foreurs bébélées, tout se passera bien, et Tissue devra convenir à tout le monde. La vérité triomphera... m

— Ici, est le cercle vicieux ; que, M. Michel Chevalier n'a point remarqué. La libre discussion, tant que la vérité n'est point trouvée, ou, tout au moins tant que la question n'est point posée comme étant : l'absolue nécessité d'anéantir les souverainetés despotique et anarchique; la libre discussion , dis-je , est alors : essentiellement anarchique. La vérité triomphera, dit-il. Mais, comment veut- il que la vérité triomphe; tant, que Ion ne sait, au moins; en quoi : la vérité consiste. Jusque-là, la société découvrirait la vérité un million de fois ; qu elle piétinerait dessus ; et, la traînerait : dans les boues de son ignorance. Or, lanarchie est surtout : la mort des gouvernements ; et, les gouvernements, pour ne point périr ; ou, tout au moins pour vivre le plus longtemps possible ; empêchent la libre discussion, surtout dans les publications périodiques. Pour les livres, leurs effets, sur le public sont extrêmement lents. Et cela, parce qu'en époque d'ignorance; c'est, surtout la vérité : qui doit blesser lesprétendusjsavants. Alors, plus h vérité est claire ; et, moins elle ad'iiafluenee sur les docteurs; parce que : plus,elUeAliGlaicei; et^moini

elle est facile à réf ater. Alors, les docteurs ne disent rien ; ils sentent : qu'ils n'ont rien de bon à dire ; leur vanité se trouTendt en péril : s ils parlaient; et, ils étouffent la vé* rite : dans le silence. Il y a un quart de siècle que j'ai établi la nécessité : d anéantir^ les nationalités ; et, de donner une nouyelie organisation, à la propriété; il y a près de dix années que j*ai posé clairement : la question d'organisation sociale ; ou^ de constitution sociale, comme dit M. Chevalier. Eh bien ! M. Michel Chevalier ne m'a pas encore fait Thonneur de me lire; il me Fa écrit luimême. Vous concevez : qu'il est impossible de répondre, aux gens que Ton dit n'avoir point lus. Maintenant, je viens de publier la solution, rendue scientifiquement incontestable, du problème social que j'ai posé. M. Michel Chevalier me lira-t-il? Je doute qu'il en convienne jamais. Si, le doute que j'exprime ici parait injurieux à M. Michel Chevalier; il me convaincra facilement , de mes torts; et, dans ce cas je lui adresse, par avance, mes excuses. Je reprends la phrase du publiciste.

— « La vérité triomphera, dit-il ; car sous les auspices de la liberté ^ elle est mille fois plus forte que tous les sophismes. »

— Ici, nouveau cercle vicieux. La liberté ne peut exister; avant, que la raison soit intronisée. Sous la souveraineté du peuple, la force règne nécessairement. Et, un gouvernement par la force, ne peut, sous peine de mort, accorder la libre discussion ; surtout, je le répète, pour les publications périodiques. Quant aux livres, jamais il n'y a eu, à cet égard , autant de liberté : qu'il y en a , actuellement, pour toute discussion sérieuse. Certes, mes ouvrages n'auraient pu paraître : ni, sous la charte, ni, sous la république de 48. Eh bien ! quel fruit ces publications ont-elles produit? quel fruit produiront celles que je publie actuellement ? J'ai employé la moitié du cinquième

volume de la Science sociale à prouver, aussi clairement que la solution du problème social l'a été : que, pour l'actualité, ces publications, à cause des préjugés inhérents à rétat d'ignorance, seront complètement inutiles. Croyez-Yous : que M. Michel Chevalier s'amusera à prouver : que, je me trompe ? Je ne le pense pas également. Et, cependant, M. Michel Chevalier a dit :

— Cl Notre iulelligence doit courber son orgueil devant les nécessités sociales; lorsqu'elle s'entête à nier les faits , parce qu'eUe MB les com-

PRKMD POIMT, LES FAITS s'iMPOSElfT BRUTALEMSHT A ELLE. »

— M. Michel Chevalier est trop intelligent : pour, que

j'aie besoin de commenter ce passage ; l'un des plus importants qu'il ait écrits.

« L'ordre et la liberté , ]orsqa*ils dégénèrent en despotisme ou en anarchie, sont également funestes à la liberté. »

M. EiTFAimir, ColottisaHoH de F Algérie,

C'est pariaitement vrai. Mais, en époque d'ignorance sociale, sur la réalité du droit; Tordre est exclusivement inhérent à la souveraineté de droit divin; et, M. Enfantin ne veut pas de cette souveraineté. En époque d'ignorance sociale, sur la réalité du droit ; et, d'incompressibilité de l'examen ; l'ordre est toujours exclusif au despotisme ; et, sous le despotisme, il n'y a de possible, alors : que, l'anarchie, inhérente à la souveraineté du peuple, dont M. Enfantin ne veut pas davantage que de la souveraineté de droit divin ; et, jusqu'à présent, il n'y a eu; et, il n'y a de possible : que, souveraineté de droit divin ; et, souveraineté du peuple. Alors que veut donc M. Enfantin? la souveraineté de la raison, sans aucun doute. Car, en dehors des souverainetés de droit divin et du peuple ; il n'y a de troisième souveraineté possible : que , celle de la raison; et, certainement, M. Enfantin est trop instruit pour vouloir se passer de souveraineté. D'un autre côté, M. Enfantin ne peut vouloir de la souveraineté de la raison : puisqu'il est panthéiste par essence (1), et que, vis-à-

(t) DIEU EST TOUT CB QUI EST.

Tout est en lui, tout est par lui.

Nul de nous n'est hors de lui ; Mais aucun de nous n'est lui.

Chacun de nous vit de sa vie, Et TOUS nous communions en lui; Car il est tout ce qui est.

Enfantïw, V Organisateur du 9 juillet 183f.

518 m LA sourBRAmETÉ.

yis de la raison, le panthéisme est la négation de la réalité de la raison. Alors, que veut donc H« Enfantin?

— « J'admets tr^s-bien, dit M. Enfantin, qu'une yieille société puisse ▼ivre au jour le jour un certain espace de temps , quand bien même les hommes qui savent et qui peuvent seraient gouvernés, tandis que Tignorance et l'impuissance trôneraient ; mais, avec de pareilles conditions, il est impossible de rien fonder, de rien entreprendre de neuf: c^est l'anarchie, c'est le monde renversé ; ce qni est en haut devrait être en bas, ce qui est en bas en haut; c'est, en un mot, l'âge social oii se font les ré- TOLUTioNS QUI DÉTHUISENT, mais uon pas celles qui créent. . ..

« Or, longtemps encore après que ce renversement inévitable est opéré et que la société s'est, ponr ainsi dire, retournée, beaucenp d'hommes conser* vent, par éducation et par habitude, le principe qui a très-légitimement provoqué et favorisé le bouleversement. Bien des gouvernés prétendent savoir et pouvoir plus que les gouvernants, et quelques gouvernants eux-mêmes sont souvent disposés à croire qu'en effet U doit en être ainsi ; c^est ce qui s'appelle^ dans l'histoire des nations, I'épcoub de là souvebaihsté du PEUPLE, pendant laquelle, en effet, les gouvernants marchent à la remorque des gouvernés, ou du moins sont obligés d'employer des moyens détournés pour les entraîner , et , sMl faut le dire , de paraître vouloir le contraire de ce qu'ils désirent leur faire faire, p

— Ce tableau^ quoiqne d'un grand maître, est cependant défectueux : en ce, qu'il n'expose qu'un des mille effets désastreux de la souveraineté du peuple ; et, qu'il ne parle nullement des causes de cet^e souveraineté, qui reste NECESSITE SOCIALE, aussi longtemps : que l'examen reste incompressible ; et, que Fignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie.

Sous la souveraineté du peuple, d'ailleurs, tout le monde pense; mais, personne ne peut penser ni bien ni mal, socialement; parce que : sous la souveraineté du peuple, il n'y a socialement, ni bien, ni mal en réalité ; mais, seulement , ce que la force brutale proclame tel ; et cela : aussi éphémèrement que possible.

Sous la souveraineté du peuple, personne également, ne peuty plus qu'éphémèrement • parce qu'alors, le pou-

DIS LA SOUYERAmETÉ. SI 9

▼mr dépend des opinions ; et^ que des opinions sont tonjours : mobiles, comme des girouettes.

Quant aux causes de la souveraineté du peuple, il faut les connaître : dès que Ton trouve cette souveraineté anarchique. £t, il faut les connaître ; sous peine : d'être incapable, d'opposer le remède au mal.

Les causes de la souveraineté du peuple sont : Tincompressibilité de l'examen ; et, le non-anéantissement de l'ignorance sur la réalité du droit. Dès que les causes sont connues; il est évident : que, le seul remède possible est l'anéantissement de cette ignorance ; puisque, l'examen ne peut plus redevenir compressible.

Maintenant, laissons continuer M. Enfantin.

— ((En pareilles circonstances, dit M, Enfantin, la société est diyisée en deux parties à peu près égales, qui se font contre-poids ; le gouvernement à bascule est inyenté. »

— Et, il Test nécessairement. Car, à une époque où 11 n'y a ni bien ni mal socialement ; le gouvernement oscille nécessairement; entre une opinion capitale; et celle qui lui est directement opposée.

— « On cherche , continue M. Enfantin , entre le parti du pouvoir et celui de l'opposition, entre le oui et le non, un certain équilibre impossible, puisqu'il n*est ni oui ni non ; on oscille, mais on ne marche pas ; on hésite, on doute, on ne fait rien, mais Ton parle beaucoup (1). »

— C'est, que dans le chaos, dans les ténèbres, saus route, sans guide, il n'y a de possible : que le parler; et, même le brailler. Le gouvernement de la souveraineté du peuple, est toujours, au maximum possible des circonstances, le gouvernement : des braillards.

(1) « Tout le monde sait-il élever des pîes-grîèches? Que les hommes supérieurs se trouvent dénués du talent de la parole , ils demeurent h jamais perdus pour TÉtat. Or, cette faculté appartient assez généralement AUX TÊTES VIDES. » CHATEAUBRIAND.

520 DE LA SOUYBIIAINETÉ.

— « Cette époque, continue M. Enfiintin, e%iWimm6éparîefÊMnMr§, »

— Époque parlementaire est une expression parlementaire. Époque des braillards est une expression peu parlementaire; mais, beaucoup plus expressive.

— « Enfin , continue M. Enfantin, il arrive un moment où Ton commence généralement à rougir de Timpuissance d*un grand peuple qui ne peut plus rien faire de grand... »

— Et, à quoi sert de rougir de cette impuissance ; tant,

qu^on n'en connaît point la cause; ni, par conséquent, le remède.

— « ...où, continue M. Enfantin, Ton réfléchit, en bas comme en haut, à la cause réelle de cette impuissance.... »

— Cette cause est : l'ignorance sociale sur la réalité du droit. Voilà, ce qu'il faut dire...

— ft ...où, continue M. Enfantin, Ton s^aperçoit que les gouvernants n'osent pas gouverner , et que les gouvernés ne veulent pas obéir , parce que des deux côtés on ignore également ce que l'intérêt de tous réclame : D

— Si, vous aviez recherché la cause du mal; vous en connaitriez le remède ; vous sauriez : que, ce que l'intérêt de tous réclame ; c'est, la connaissance de la réalité : et, du droit; et de son éternelle sanction. Hors ces conditions, réelles ou illusoires ; mais, socialement acceptées comme réelles ; il est évident : que, les gouvernants n'osent plus gouverner ; eU que les gouvernés ne veulent plus obéir.

— ' « Et alors, continue M. Enfantin, les hommes qui brûlent de rendre à leur patrie sa grandeur perdue, qui souffrent de la voir s'épuiser dans des luttes intestines, dans des entreprises mesquines ou entravées si elles sont capitales, qui sont ennuyés de son vain partage et honteux de la voir

DE Li SOtYERÀIlIBTâ» 52i

déchue dn rang ^'elle occupait dans rassemblée des peuples; ces hommes APPiLuniT de tous leurs vœui le moment où un gouvernement, digne représentant des destinées sociales ^ osera commander^ et oiî le peuple se glorifiera d'obéir, yt

— Ah I ces ho]|unes appellent!*.. Et, ils appellent : ce, dont ils n'ont pas Tombre d'une idée ! Est-ce là une solution, digne de M. Enfantin ? Il fallait dire, ce qui est he- GEssAiRE : pour, qu'un gouyemement ose commander avec certitude ; pour : que les gouvernés se glorifient de leur obéissance ; et, prouver : que ce nécessaire est : l'anéantissement de la souveraineté de la force brutale ; par, l'intronisation de la souveraineté rationnelle. Sans cela : commander quoi ? obéir à qui ?

Dans ce passage, il n'y a qu'une chose claire. C'est, que selon M. Enfantin, la souveraineté du peuple est une inévitable source : d'anarchie; de mort sociale.

Voici, un autre passage de M. Enfantin ; dans lequel, il expose parfaitement le fait ; mais, ne recherche nullement là cause. Gomme, M. Michel Chevalier; M. Enfantin met la plaie sociale à nu; par conséquent, Tirrite et Tenvenime; sans avoir, pour la recouvrir, même le plus insignifiant des cataplasmes.

— « Dans l'industrie privée, dit-il, réduction des salaires au hihuiitii indispensable à la vie matérielle et à l'entretien de la force mécanique de Touvrier, et élévation de la tâche au maximum qu'il peut atteindre. »

— Gomme fait, c'est parfait de vérité. Il eût été bien, même, de faire observer : que, ce fait, en présence de l'incompressibilité de Texamen, est essentiellement anarchique ; et , que par' conséquent , il faut connaître la cause de ce fait; afin, de pouvoir y porter remède; sous peine : de mort sociale.

Eh bien ! la cause de ce fait est évidemment la souveraineté de la force : soit, masquée de sophismes ; soit, pure-

82S D« tA BOUTeRAINBTt.

ment brutale. Le remède est donc : d'anéantir, ces deux souverainetés ; par, l'intronisation de la souyeraineté incontestablement rationnelle. Sous la souveraineté de la rai* son, en effet, les salaires y sont toujours, et nécessairement : au MAXIMUM possible des circon^tauces ; au lieu d'être , comme à présent , au miiiimum possible aussi des circonstances.

Dans un autre ouvrage , M. Enfantin nous dit :

*- « Après Pimprimerie, i'««pWt de Dieu •'••t promené «or tonte la terrci mille fois plus rapidement que 9on ynss n'atait pu le (aire. »

[Correspondance poliHqtie.)

— C'est, parfaitement vrai. C'est, par l'imprimerie : que, l'examen, le raisonnement, est devenu incompressible. Ici, il y avait les conséquences du fait à observer : et, M. Enfantin n'en. a pas plus observé les conséquences; qu'il n'a recherché les causes d'autres faits, qu'il nous a exposés.

Les conséquences de l'imprimerie ont été : d'une part, l'anéantissement de la souveraineté de droit divin; en tant : que capacité d'être base d'un ordre social plus qu'éphé* mère; ou la destruction de tout despotisme permanent; d'une autre part, la souveraineté du peuple, la souveraineté de la force brutale devenue kégessite sociale ; et, devant rester telle : tant, que l'ignorance sociale «or la nécessité du droit, n'est pas anéantie. Or, la souveraineté de la force brutale est une source permanente d'anarehie conduisant à la mort sociale. La conséquence nécessaire de l'imprimerie est donc : l'anéantissement de la souveraineté du peuple, par Tintronisation de la souveraineté rationnelle; ou, LA MORT SOCIALE (1).

(1) C'est, évident : comme,, une proposition d'Euclide. AUeii énoncer cette proposition , comme vraie , à cent personnes des plus capables ! quatre-vingt-dix-neuf vous diront : que, c'est une sottise. Quand Tédu-

DIS LA SOimBRAINETÉ. 523

Puis, San» faire attention que, C36 qn'il Ta déplorer, dérive exclusivement de la souveraineté du peuple; M. Enfantin> trois pages plus loin, s'écrie :

— a Mais , bon Dieu ! quel malheureux verbe industriel j'entends , lorsque j'écoute nos eicellents bourgeois à pignon sur rue ! Quelle parole maladroite que celle qui se répète, comme un mot dWdre, dans tous les journaux des propriétaires, pour engager les ouvriers à rester tranquilles et à attendre patiemment des mois, des années, presque des siècles, bux JOUBNÂLiERS, qu^on daigne s'occuper de leur sort!

« Quand donc les ouvriers comprendront-ils, dit-on, que ce n^est point d par les émeutes, les refus de travail , les coalitions, qu'ils parviendront « à améliorer leur sort? »

(( Ils le comprendront, morbleu ! quand ils verront que vous vous occupez d'eux, que vous avez réellement envie d'améliorer leur sort, et que votre envie n'est pas oisive, étendue sur son oreiller doré. »

-— Il n'y a pas l'ombre d'un doute : que, les excellents bourgeois, à pignon sur rue, ne sachent parfaitement : que, les prolétaires sont un danger pour eux. Faute d'un meilleur remède, ils ont même essayé de les exterminer : ce qui est presque aussi sage : que, de vouloir mettre la mer à sec, avec un dé à coudre. Mais, ce n'est pas assez de dire aux excellents bourgeois : qu'ils doivent penser à améliorer le sort des prolétaires ; il faudrait leur dire : comment, cela est possible ; sous peine, même : d'exciter les prolétaires à égorger les bourgeois ; ce qui, certes^ n'est nullement l'intention de M. Enfantin; qui sait» d'ailleurs : que l'enfer est pavé de bonnes intentions. M. Enfantin a passé toute^ sa vie à rechercher : ce, qu'il fallait conseiller aux bourgeois ; pour, se délivrer des dangers du prolétariat. Eh bien! qu'est-il résulté de ce long temps employé par une magnifique intelligence? Rien,

cation a inculqué : que 3 ou 4 ne font qu'un; quiconque s'avise de dire : que 3 font 3; et, que 4 font 4; ne peut être qu'un sot. La seule nécessité sociale peut forcer de dire : 3 sont 3 ; et 4 sont 4.

534 DK tA SOUVERAIIIETÉ.

rien, rien, de parfaitement déterminé*: du Tagœ; on des utopies.

Si, cependant, M. Enfantin avait pensé à rechercher la cause du mal; il aurait facilement reconnu : que, cette cause est : la souveraineté de la force brutale ; dont, la conséquence nécessaire est : l'existence du bourgeoisisme; etf Teiistence du prolétariat. Vouloir, conserver le bourgeoisisme ; et, anéantir le prolétariat ; le prolétariat qui, tant qu'il existe^ croit sur une ligne parallèle à la richesse des boui^eois ; c'est, vouloir conserver le soleil ; et, anéantir la lumière. H. Michel Chevalier a fort bien dit : qu'il ne doit plus y avoir qu'une classe ; ce qui est : l'anéantissement du boui^eoisisme et du prolétariat. U aurait dû ajouter : que, le seul moyen de n'avoir qu'une classe; est, l'anéantissement de la souveraineté du peuple; souveraineté, sous laquelle, deux classes existent hegessaire-

Page 1