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le plus petit; et que celui qui gouverne soit comme celui qui sert.” — Ainsi après avoir blamé la domination des rois des nations il prescrit la douceur et l'humilité dans ceux qui devront gouverner et s'asseoir après lui sur le trône de David. C’est un précepte perpétuel que le Pontife-roi qui sigge à Rome a toujours observé, à
‘commencer par le premier pape St. Pierre qui dit après
le Sauveur : ‘ Faites paître le troupeau de Dieu qui ‘° vous est commis, veillant sur sa conduite, non par une ‘ nécessité forcée, mais par une affection toute volontaire
qui soit selon Dieu ; non par un honteux désir du gain,
‘ mais par une charité désintéressée ; non en dominant ‘* sur l'héritage du Seigneur, mais en fvous rendant les ‘ modèles du troupeau, du fond du cœur.” {1)
Après avoir posé la loi fondamentale de son royaume, il en règle la constitution en déterminant celui qui doit régner après lui et gouverner visiblement son royaume : ‘* Pierre...je te donnerai les clefs du royaume des cieux,” c'est-à-dire le souverain pouvoir dans l'Eglise qui est ce royaume. Bien souvent dans l’Ecriture l'Eglise est appelée le royaume des cieux.
Jésus-Christ s'est constitué avec son Eglise indépendant de César même au temporel. Nous lisons en effet en Saint Mathieu (2) : ‘Jésus et les Apôtres étant venus ‘ à Carphanaüm, ceux qui recevaient le tribui des deux ‘“ drachmes vinrent dire à Pierre : Votre maître ne paye- “4.il pas le tribut? Il leur répondit: Oui, et étant en- ‘ tré dans la maison, Jésus le prévint et lui dit : Simon, “ que vous en semble? De qui est-ce que les rois de la ‘“ terre reçoivent les tributs et les impôts ? est-ce de leurs ‘ propres enfants ou des étrangers? Des étrangers, ré- ‘“ pondit Pierre. Jésus lui dit : les enfants sont donc ex- ‘“’empts. Mais afin que nous ne les scandalisions pas, ‘allez-vous-en à la mer et jetez votre ligne ; le premier ‘“ poisson que vous tirerez de l’eau, prenez-le et lui
(1) I Epitre de St. Pierre, V. 2, 3.
(2 XVII, 23 et suiv,
# ouvrez la bouche ; vous y trouverez une pièce de quatre
“ drachmes que vous prendrezet que vous leur donnerez “ pour moi et pour vous.”
Donc Jésus affirme sa royauté temporelle et celle de St. Pierre, le chef de son Eglise, en se déclarant, lui et St. Pierre, exempts du tribut; car il ne paya le tribut que par condescendance pour ne pas scandaliser ceux qui étaient là et qui ne comprenaient pas qu'ils s’adressaient à un roi ; et encore voulut-il, pour conserver son privilége d'indépendance, le payer non de son trésor, mais au moyen d’un miracle. Cette conclusion est non-seulement certaine, mais elle appartient à la foi, parce que le pape Jean XXII a condamné comme erronée et contraire à la foi la proposition de Marseille de Padoue, qui disait ‘“ qu’en cette occasion Jésus-Christ avait payé l'impôt non par condestendance, mais contraint par nécessilé.”
Les Textes des Saintes Ecritures que nous avons cités jusqu'ici et que nous pourrions multiplier, suffisent à démontrer que Jésus-Christ a proclamé et exercé son indépendance souveraine, comme homme, même dans les choses temporelles. Or, il a investi ses Apôtres, et, en particulier, Pierre et tous ses successeurs, de tous ses pouvoirs. Ceci n’a pas besoin d’être démontré. Pierre et ses successeurs seront donc, de droit divin, comme chefs de l'Eglise, indépendants de tout pouvoir terrestre dans le gouvernement de l'Eglise au temporel comme au spirituel.
L'Eglise Apostolique, en effet, a exercé la souveraineté temporelle en établissant les diacres administrateurs temporels, (1) en faisant et ordonnant des collectes, en portant des lois en matières temporelles et en exerçant le pouvoir judiciaire dans les choses séculières. ‘ Que les prêtres qui gouvernent bien soient doublement honorés en ce qui regarde leur subsistance, principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole et de l’ins-
(1) Actus IV.
truction des peuples.” (1) Voilà une loi qui regarde le temporel. — St. Paul défend aux chrétiens de porter leurs procès devant les tribunaux des païens, et il leur ordonne de les faire juger dans l'Eglise. (2) ‘“ Comment se trouve-t-il quelqu’un parmi vous, qui, ayant un différend avec son frère, ose l'appeler en jugement devant les méchants et les infidèles,et non pas devant les saints ? ne savez-vous pas que les saints doivent un jour juger le monde ? Si donc vous devez juger le monde, êtes-vous indignes de juger des moindres choses? Ne savezvous pas que nous serons juges des anges mêmes ? Combien plus devons-nous l'être de ce qui ne regarde que la vie présente (sæcularia) ! ”
Le royaume de Jésus-Christ se trouva complètement constitué. Il continua à se gouverner, après l’Ascension, aussi bien au temporel qu’au spirituel, et il 4 toujours continué à le faire depuis, n’en déplaise aux docteurs des diverses écoles anti-papales.
Il en fut ainsi, d'abord, durant les premiers siècles, les siècles de persécution, comme il est facile de s’en convaincre par un édit de Valérius Maximien, Florens Valerius, etc., où les empereurs déclarent ‘ qu’ils ont trouvé les chrétiens envahis par une telle arrogance et témérité qu'ils se font à eux-mêmes des lois qu’ils observent (3).
St. Laurent, diacre, était l’administrateur des biens de l'Eglise Romaine, sous le Pape Saint Sixte 1er, dans la première moitié du deuxième siècle.
‘ Au quatrième siècle le Concile de Langres, s’appuyant sur les lois anciennes de l'Eglise, frappe d’anathème ceux qui entreprendront de recevoir ou de donner les revenus de l'Eglise, hormis l’évêque ou l’économe qui en est chargé par l'Eglise.” (4)
(1) I Timothée, V, 17,
(2) I Cor. VI.
(3) Voyez Eusebe, Hist. Eccles. liv. VIII, chap. 17. (4) Maupied, L'Eglise et les lois élernelles, page 266.
Le 24e canon du Concile d’Antioche, au sixième siècle, . ordonne que les biens de l'Eglise soient administrés avec cette exacte fidélité que l’on doit à Dieu ; que l’évêque doit y avoir une autorité suprême, puisque c’est à lui que les peuples ont été commis; que les prêtres et les diacres doivent être mis au courant de ce qui appartient à l'Eglise afin qu’à la mort de l’'Erêque, on ne confonde pas ses biens patrimoniaux avec les biens de l'Eglise.
Il n’en faut pas davantage pour prouver que l'Eglise a, dans les premiers siècles, exercé son pouvoir législatif sur ses biens temporels.
Elle a également, à cette même époque, exercé son pouvoir judiciaire.
Au commencement du deuxième siècle, le pape Saint Anaclet portait cette loi: ‘Que tout opprimé appelle “ librement le jugement des pontifes, et qu’il n’en soit ‘empêché par personne; mis qu’il soit appuyé et dé- ‘ livré par ceux-ci. S'il s'élève des causes difficiles, ou ‘ des affaires majeures, qu’elles soient portées au plus “ grand siége (au tribunal du Pape)” Maupied citant cette loi ajoute : “Le pape Saint Victor, à la fin du Ile “ siècle, le pape Saint Zéphirin, au commencement du ‘ IITe siècle, et le pape Saint Fabien dans la première “ moitié du IITe siècle, portent des lois semblables qui ‘“ permettent à tout opprimé d’avoir recours aux tribu- ‘“ naux des Evêques et surtout au tribunal du Saint “ Siége. On peut lire le: décrétales de ces papes et de ‘“ plusieurs autres des trois premiers siècles dans la se- “ conde partie du décret de Gratien, cause IT, question VE" CE
Dans la seconde moitié du troisième siècle, le pape St, Etienne Ier défend qu'aucun évêque dépouillé de ses biens, chassé de son siége, puisse être accusé et jugé, avant qu'il ait été réintégré dans toutes ses rossessions ‘et son siége.
Or, il est évident que dans toutes ces lois il est question de causes civiles et temporelles.
(1) L'Eglise el les lois élernelles, page 257.
Aussi donc depuis Jésus-Christ jusqu’à Constantin, l'Eglise a formé un royaume spécial, bien qu’alors ellen’eüt pas encore précisément une nation publiquement constituée à gouverner au temporel. Durant cette première période, elle se trouva dans le même état où elle avait existé avant la loi écrite, depuis Abraham jusqu’à: Moïse et la prise de possession de la terre promise. Tout ce. qui arriva sous l’ancienne loi était une figure de ce qui: devait arriver sous la loi nouvelle. Aussi après un pareil espace -de temps l'Eglise sous la loi nouvelle devait-elle, dans les desseins providentiels, entrer en possession pleine etentière d’un domaine réservé qui n'aurait d’autre roi temporel que son chef visible. Ce domaine lui fut promis par Jésus-Christ, comme la terre de Chanaan avait été promise à Abraham par véhova, ainsi que nous le voyons au Chapitre ler des Actes : “ Alors ceux quiétaient “ présents (les Apôtres et plus de cent disciples) lui de- “ mandèrent: Seigneur, sera-ce en ce temps que vous “ retablirez le royaume d'Israël ? Etil leur répondit : “ Ce n’est pas à vous de savoir les temps et les moments “ que le Père a mis en son pouvoir.”
Il est hors de doute que les Apôtres et les disciples encore imbus des idées juives, parlaient en cette occasion d’un royaume temporel. L’on sait même qu’ils s’attendaient à la délivrance de La Judée de la domination des Romains. Or, Jésus ne leur dit point qu’il ne rétablira pas leroyaume d'Israël, il ne révoque pas sa royauté temporelle ; loin de là il leur laisse entendre clairement que le royaume d'Israël sera rétabli, que le trône de David sera relevé; plus que cela il leur en donne l’assurance, leur en fait une promesse au moins implicite, en leur disant d’attendre encore un peu, parce que le temps n’est pas encore venu. IJ'Eglise aura donc à attendre le jour marqué. pour entrer en possession d’un territoire qui n’appartienne qu’à elle, comme elle avait attendu sous l’ancienne loi, bien que dans l'intervalle elle se gouverne temporellement elle-même dans les biens qu’elle possède, au sein de l’empire romain, comme elle s'était gouvernée elle-même au. sein des nations Chananéennes et Egyptiennes.
Maintenant où sera le siége du royaume spécial du “Christ ? Où sera cette terre promise dans laquelle Dieu doit bâser l'indépendance de son Eglise sur un peuple choisi qui lui appartienne ? Où sera relevé le trône de David sur lequel Jésus-Christ doit régner jusqu’à la fin du temps, dans la personne de son Vicaire le Chef visible de l'Eglise ? La réponse à ces questions nous est donnée d’abord par les prophètes. ‘“ Seigneur, dit Isaïe (XX V 1, “2 et 3), vous êtes mon Dieu; je vous glorifierai et je “bénirai votre nom, parce que vous avez fait des prodi- “ges et accompli vos desseins éternels. Car vous avez “ réduit la ville de Jérusalem en un tombeau... afin “ qu’elle cesse d’être la cité (centre de l'Eglise), et qu’elle “ne soit jamais rétablie. C’est pour cela qu'un peuple ‘“ puissant vous rendra gloire, et que la cité des nations < robustes vous, réverera et vous craindra.” Quelle est cette cité des nations robustes, sinon Rome païenne maîtresse du monde entier, qui doit prendre la place de Jérusalem dans les desseins éternels, et devenir la ville Sainte, le centre de l’Eglise dans la loi nouvelle ?
Daniel-est encore plus précis. Il marque les quatre empires successifs des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. et sur les ruines de celui-ci s'établira le royaume du Christ, cette petite pierre détachée de la montagne sans la main d'aucun homme, qui réduira en poudre la grande statue et deviendra elle-même une grande montagne. ({)
St. Jean dans l’Apocalypse dit à son tour, après avoir représenté la ville de Rome sous la figure d’une femme assise sur une bête de couleur écarlate qui avait sept têtes : ‘or, voici le sens qui est plein de sagesse : les sept têtes sont les sept montagnes sur laquelle la femme est assise.” (2) — Et l’on sait que la ville de Rome est bâtie -sur sept collines, Iln’en faut donc pas davantage pour
:se convaincre que Rome est destinée dans les décrets
(1) Daniel, IT.
(2) Apoc. XVII.
Te meme ae
annee
divins à devenir la nouvelle Jérusalem, la capitale du royaume de Jésus-Christ. (C’est pour donner aux prophéties leur accomplissement que St. Pierre, le premier pape, alla lui-même établir sa chaire à Rome et en. prendre possession au nom de Jésus-Christ, de même qu'Abraham avait pris possession de la terre promise encore sous l’empire des Chananéens. Et au quatrième siècle les successeurs de St, Pierre, avec la nation sainte, seront établis en nation parfaite régie en son territoire propre par le pontife-roi. Pour accomplir spécialement ses desseins, Dieu suscitera un homme selon son cœur, et il ira chercher cet homme sur le trône des Césars. Constantin gagné à Jésus-Christ par le signe de la croix qui lui apparait du haut des airs, n’osera plus demeurer assis sur un trône élevé à coté du trône où siége celui qui gouverne le royaume du Christ. Il s’éloignera pour jamais de Rome que Dieu a fait la ville des Papes ; il ira bâtir dans l'Orient la capitale de son empire ; et avant de partir, il accomplira les desseins de Dieu en consommant l’acte de donation de la ville de Rome et des provinces qui l'entourent au Pape saint Sylvestre, pour être à jamais la propriété de l'Eglise.
Voici les principales parties de ce document important, tel que nous le trouvons traduit dans Maupied (1) : “Nous avons jugé avec nes satrapes, tout le sénat, nos grands, et tout le peuple soumis à l'empire, que, comme le bienheureux Pierre a été constitué le vicaire du Fils de Dieu sur la terre, ainsi les pontifes qui gèrent la place de ce prince des apôtres obtiennent, concédée par nous et notre empire, la puissance du principat-supérieur à celle que possède la mansuétude terreste de notre sérénité impériale ; puisque nous élisons pour être nos fermes. patrons devant Dieu le prince des apôtres lui-même et ses successeurs. Et nous avons décrété que la sainte Eglise romaine scit honorée avec révérence comme notre puissance terrestre impériale, et que le siége sacré du
(1) L'Eglise et les lois éternelles, page 168.
bienheureux Pierre soit glorieusement exalté au dessus de notre empire et de notre trône terrestre ; lui attribuant la puissance, la dignité et la vigueur de la gloire, et l'honneur impérial... $ 1. Et nous avons donné des fonds de nos possessions aux églises des bienheureux apôtres Pierre et Paul, pour l’entretien des luminaires. Et nous les avons enrichies de diverses choses, que nous leur avons concédées de notre largesse, par notre ordonnance impériale sacrée, tant en Orient qu’en Occident, et à la plage septentrionale ou méridionale, à savoir : en Judée, en Grèce, en Asie, en Thrace, en Afrique et en Italie, ou en diverses îles, afin que toutes ces choses soient entièrement disposées par les mains de notre trèsheureux père Sylvestre, souverain pontife, et par celles de ses successeurs... $ 2. Et au bienheureux Sylvestre, notre père, souverain pontife et pape de la ville universelle de Rome, et à tous les pontifes ses successeurs, qui doivent siéger jusqu’à la fin du monde sur le siége du bienheureux Pierre, nous livrons présentement notre palais impérial de Latran, ensuite le diadème et la couronne de rrotre tête. (et tous les ornements impériaux)… Lui conférant en même temps les sceptres impériaux et aussi tous les signes... et tout l’appareil du sommet impérial et la gloire de notre puissance... $ 3. Et quant aux très-révérends clercs servant dans les divers ordres la même sainte Eglise romaine, nous avons décrété qu’ils aient ce sommet de distinction, de puissance et de prééminence, de la gloire duquel notre très ample sénat paraît orné, c’est-à-dire qu’ils soient faits patrices et consuls, et nous promulguons qu’ils soient décorés des autres dignités impériales... $ 4. C’est pourquoi nous avons aussi décrété que le bienheureux Sylvestre et ses successeurs doivent user du diadème, c’est à dire de la couronne d’or très-pur et de pierres précieuses, que nous lui avons concédée de notre tête, et qu'ils doivent la porter sur leur tête à la louange de Dieu, pour l'honneur du bienheureux Pierre. Mais comme le même bienheureux pape n’a noint voulu absolument se servir de la
PATES En MENT,
couronne d’or elle-même, sur la couronne de la cléricature qu’il porte à la gloire du bienheureux Pierre, nous avons imposé de nos mains sur sa tête sacrée une tiare éclatante de blancheur, figurant la résurrection du Seigneur ; et, tenant le frein de son cheval par révérence du bienheureux Pierre, nous lui avons rendu l'office d'écuyer..….. $ 5. D'où, afin que le sommet du pontificat ne soit point avili, mais qu’il soit décoré de gloire et de puissance, plus que la dignité de l'empire terrestre, voilà que nous avons livré et abandonné à notre susdit trèse heureux pontife Sylvestre, pape universel, tout notre palais, comme il a été dit, ainsi que la ville de Rome, et toutes les provinces d'Italie ou des régions occidentales, les lieux et les villes ; et par cette présente ordonnance et constitution pragmatique, nous décernons qu’elles soient en sa disposition et celle de ses successeurs, et nous concédons qu’elles demeurent sous le droit de la sainte Eglise romaine. $ 6. C’est pourquoi nous avons jugé convenable de transférer notre empire et la puis sance du royaume dans les régions d'Orient, et de bâtir dans le meilleur lieu de la province de Bysance, une ville de notre nom, et d’y constitue: notre empire, parce que là où le principat du sacerdoce et la tête de la reli. gion chrétienne ont été constitués par l’empereur céleste, il n’est pas juste que l’emj*reur terrestre y ait aucun pouvoir...”
Dès lors Israël est entré en possession de la terre promise ; le trône de David est relevé ; la nation sainte est reconstituée : l'Eglise de Jésus-Christ est établie royaume indépendant et pourra travailler en toute liberté à l’accomplissement de sa grande mission d’évangéliser les peuples et de faire régner Jésus-Christ dans tous les cœurs par la foi, l'espérance et la charité chrétiennes. La ville de Rome est désormais la propriété des Papes, la propriété sacrée de l’Église, la ville sainte dans laquelle aucun roi terrestre ne peut prétendre s’insurger en pouvoir sans se poser par ce fait en sacrilége aux yeux de Dieu et de l'Eglise.
Les adversaires du pouvoir temporel comprenant la valeur d’un document tel que celui que nous venons de lire, ont eu recours à un moyen radical qui n’a eu pour résultat que de montrer la profondeur de leur mauvaise foi : ils ont tout simplement nié l'authenticité de lacte de donation de Constantin. Nous attachons d'autant plus d'importance à cette négation, que plusieurs écrivains catholiques, en France, poussés par une vaine gloriole nationale, n’ont pas craint de l’e” Josser, afin de pouvoir attribuer à la France la gloire d’avoir créé le principat civil et temporel du Saint-Siége par les prétendues donations de Pepin et de Charlemagne, tandis que, dans la réalité historique, ces deux grands monarques n’ont fait que faire restituer. à l'Eglise, par ses envahisseurs, les territoires qui lui appartenaient déjà depuis plus de quatre siècles. Et c’est là, certes, pour la France, un. titre de gloire assez grand pour qu’elle s’en contente. - Nous nous bornerons à mentionner les principaux monuments sur lesquels est appuyée lauthenticité de l’acte de donation de Constantin.
Cet acte se trouve à la suite des actes du Concile de Néocésaré, tenu en 314 sous le pape Saint Sylvestre luimême. ;
I] se lit aussi dans les actes de St. Sylvestre. Et vers la fin du cinquième siècle, le pape Gélase, dans un Concile de Rome auquel étaient présents soixante-et.dix évêques, déclare authentiques les actes de St. Sylvestre. Le martyrologe romain déclare également certains les actes du même pape. A l’époque de la correction romaine du décret de Gratien, ces actes existaient encore à la bibliothèque du Vatican, sur de très anciens manuscritts.
L'acte de donation se trouve dans la collection des actes du pape Deusdedit qui gouverna l'Eglise au commencement du septième siècle.
Au neuvième siècle Hinmar de Reims en fait mention. :
Au onzième siècle St. Pierre Damien le cite textuellement dans sa discussion synodale entre l'avocat et le dé-
fenseur de l'Eglise romaine. Anselme, évêque de Lucques, le rapporte tout au long au 4eme volume de ses œuvres. Ives de Chartres le cite également.
Le Grec schismatique Balsamon, qui est loin d’être favorable à l'Eglise de Rome, transcrit aussi l’acte de donation de Constantin.
On le trouve au Chapitre XIV de la distinction XCVI du decret de Gratien.
Cet acte se trouve cité dans la constitution Fundamenta militantis ecclesiæ de Nicolas III: ‘* Afin que l’Eglisemère elle-même, dans la charge de réunir et de faire pattre Les fidèles, ne‘ manquât pas des secours temporels, et ‘ que plutôt aidée par eux elle avançât toujours dans les “ accroissements spirituels: il est évident qu’il ne s’est “ point fait sans miracle que l’infirmité du monarque “ Constantin, prévue de Dieu comme l’occasion, mais “ guérie par les Onctions baptismales, ajouterait comme ‘ un affermissement à l'Eglise elle-même ; et que cet em- “ pereur, lequatrième jour de son baptême, déclarât avec ‘“ tous ses satrapes, tout le sénat, les grands et tout le “ peuple, qu’en la personne du bienheureux Sylvestre, il “ lui concédait et lui abandonnaiït la ville de Rome, par sa “ constitution pragmatique, pour être à sa disposition et « celle de ses successeurs, décernant aux Pontifes Romains & la monarchie de l’une et de l’autre puissance sur la ville ‘t ellemême ; ne jugeant pas juste que là où l’empereur “ céleste a institué le principat du sacerdoce et la tête de & la religion chrétienne, l’empereur terrestre y ait aucun ‘6 pouvoir, mais bien plutôt que le siége même de Pierre, “ déjà placé sur le trône romain, comme lui appartenant ‘“ en propre, jouit en tout de la pleine liberté de ses ac- “ tes, et qu’il ne fût soumis à aucun homme, lui que l’on “ sait avoir été, par la bouche divine, élevé au-dessus de “tous.” (1).
Le Pape Léon IX en 1513 rapporte l’acte de donation
(l) Sexte des Decretales, liv. I. titre VI, chap. 17. (Traduction de: Maupied.)
de Constantin presque tout au long dans sa première lettre contre les prétentions de Michel de Constantinople.
Or, pour pouvoir donner le démenti à tant d’autorités, nous avons droit d'exiger d’autres arguments que ceux que les adversaires ont fait contre l’authenticité de l’acte dont nous venons de parler ; et jusqu’à nouvelles informations de leur part, il nous est permis de rejeter leur jugement préconçu, pour la plupart, sur la haine qu'ils ont vouée à l'Eglise romaine.
C'en est donc fait. L'Eglise est maîtresse de Rome ainsi que des provinces qui l’entourent, et d’une manière manifestement providentielle.
De fait, les Papes agiront toujours dans la suite en souverains de Rome. Ce sont eux qui se chargeront de pourvoir à sa défense contre les attaques des barbares. Lorsque leurs armées succomberont sous les hordes des Lombards, ils appelleront à leurs secours les rois de France, Pepin et Charlemagne, qui forceront ceux ci à restituer à l'Eglise les territoires qu'ils lui ont enlevés.
Au commencement de notre siècle, un conquérant enorgueilli par les succès de ses armes, ira porter un pied sacrilége sur le territoire de l'Eglise : Mais il sera frappé par Dieu lui-même, et ira mourir sans armes sur le rocher de Ste. Hélène.
De nos jours un roi lâche se faisant l'instrument d’une armée composée de révolutionnaires, a osé aller s’asseoir sur le trône de Pierre : mais Dieu veille toujours. sur son Eglise. Il a su démolir le puissant empire Romain pour faire de Rome la Capitale du royaume de Jésus-Christ ; il saura, quand l'heure sera venue, disperser les phalanges garibaldiennes,'et rétablir son Eglise dans cette liberté temporelle dans laquelle il la toujours conservée miraculeusement depuis le commencement du monde. Il a déjà frappé l’usurpateur-en-chef. C’est un signe des temps : l’heure de la délivrance est. proche. Rome sera toujours la ville des Papes. Le chrétien qui réfléchit sur l’état présent des choses en regar.. dant le passé, envisage l’avenir sans crainte, avec con:
fiance, avec assurance même : les projets des méchants passent, mais les desseins de Dieu sont éternels. * Nous ne pouvons mieux terminer ce petit travail qu’en invitant nos lecteurs à écouter un instant avec nous Celui qui a si dignement défendu les droits du trône de David qu’il vient de laisser au regret de tout le monde catholique. Pie IX, de sainte mémoire, disait dans sa Bulle du 26 mars 1860 : ‘ Comme l'Eglise Catholique, ‘ fondée et instituée par Jésus-Christ pour procurer lie ‘ salut éternel des hommes, a reçu en vertu de son ins- ‘“titution divine la forme de société parfaite, elle doit ‘ jouir d’une liberté telle que, dans l’accomplissement ‘ de son ministère sacré, elle ne soit soumise à aucun ‘ pouvoir civil. Et parce que, pour agir librement, “ comme il était juste, elle avait besoin de ces secours ‘“ assurés qui conviendraient à la condition et à la né- ‘* cessité des temps, c’est certainement par un conseil par- “ ticulier de la Providence qu'il est arrivé que, lorsque ‘ l'empire romain s’écroula et fut divisé en plusieurs ‘ royaumes, le pontife romain, que Jésus-Christ a cons- ‘ titué la tête et le centre de toute son Eglise, acquit le ‘“ principat civil. Ce qui, sans aucun doute, a été très- “ sagement résolu par Dieu lui même, afin que, dans ‘* une si grande multitude et variété de princes tempo- ‘ rels, le Souverain Pontife jouit de cette liberté politi- “ que qui est si absolument nécessaire à l'exercice, sans .* aucun empêchement, de son pouvoir spirituel, de son 4 autorité et de sa juridiction dans tout l'univers. Et il “ convenait pleinement qu’il en fût ainsi afin que dans “ l'univers catholique il ne s’élevât aucune occasion de ‘“ douter que ce siége, auquel, à cause de sa principauté “ suprême, il est nécessaire que toute Eglise arrive, “ pourrait quelque fois être conduit dans l'exercice de “ sa charge universelle peut-être par l'impulsion des “ pouvoirs civils, ou par l’ardeur des partis. Mais on “ comprend facilement comment ce principat de l'Eglise “ romaine, bien que de sa nature il sente la chose tem- + porelle, revêt cependant le caractère spirituel en vertu
“ de la destination sacrée qu’il a, et de ce lien le’plus “ étroit qui l’unit aux fondements les plus essentiels de “ la chose chrétienne.”
Les évêques du monde catholique partagent absolument les idées de Pie IX, comme on le voit par leur célèbre adresse du 9 juin 1862, dans laquelle ils disent : ‘“ En effet, nous reconnaissons que la souveraineté tem- “ porelle du Saint-Siége est une nécessité et qu’elle a été ‘établie par un dessein manifeste de la Providence di- “vine. Nous n’hésitons pas à déclarer que, dans l’état ‘“ présent des choses, cette souveraineté temporelle est “ absolument requise pour le bien de l'Eglise et pour le “ gouvernement des âmes. Il fallait assurément que le “ pontife romain, chef de toute l'Eglise, ne fût ni le “ sujet, ni même l'hôte d'aucun prince; mais qu'assis ‘“ sur son trône, et maître dans son domaine et son pro- ‘“ pre royaume, il ne reconnût de droit que le sien et “ pût, dans une noble, paisible et douce liberté, protéger ‘ Ja foi catholique, défendre, régir et gouverner toute la ‘ république chrétienne... neterr ent parte noce sé0 nas raséneose
‘ Quoi de plus? vous avez condamné par un juste ju- “ gement ces hommes coupables qui ont envahi les biens “ ecclésiastiques, et vous avez proclamé nul et de nul tt effet tout ce qu’ils ont accompli; vous avez décrèté “ que tous les actes tentés par eux étaient illégitimes et « sacriléges; vous avez déclaré, avec raison et à bon “ droit, que les auteurs de ces forfaits étaient passibles « des peines et des censures ecclésiastiques. Ces graves “ paroles de votre bouche, ces actes admirables, nous “ devons les accueillir avec respect et y renouveler notre “ plein assentiment.”
Voilà ce que tout catholique doit faire.