‹ De la spécificité de la Botryomycose: Étude bactériologique et anatomo-pathologiqueChapitre 19 sur 24 · ED EX · texte numérisé non relu

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maire. Il suffit de considérer ce secteur du canalicule pour comprendre combien celui-ci est considérablement agrandi. Son épithelium proliféré, fermenté, déchiqueté est à peine reconnaissable, il s'est étendu en surface, mais non en épaisseur.

Le tissu fibreux que nous avons déjà trouvé dans la coupe précédente s’est considérablement hypertrophié et son épaisseur est devenue telle qu’elle occupe presque en totalité le champ de la coupe. On reconnaît pourtant encore très nettement l'orientation parallèle des fibres et la striation du tissu néoformé, radiée par rapport à la lumière du canalicule.

À partir de ce moment la néoplasie fibreuse continue à auomenter considérablement de volume, elle prolifère si bien qu'à un moment donné la tumeur a complètement l’aspect d’un fibrome ordinaire. Le même développement se produit par rapport aux divers canalicules épididymaires, le tissu cellulaire interstitiel est à peine visible entre les masses fibreuses formées aux dépens de chaque canalicule, et à un moment donné, si on ignore que le développement s'est fait aux dépens des parois épididymaires, on pourra ne trouver à la coupe que du fibrome pur, et il faudra s'appliquer pour retrouver la lumière centrale de la néoformation en un point donné.

Ce développement montre bien pourquoi l'examen d'une tumeur adulte fait penser à du fibrome ordinaire.

On peut donc suivre sur les planches ajoutées à ce

travail, les phénomènes que M. Dor a si bien mis en lumière.

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Ainsi donc, le champignon de castration a une origine nettement épididymaire. C’est à la fois le procédé opératoire et l'infection par le botryocoque qui déterminent l'apparition de la neoplasie inflammatoire.

Depuis longtemps déjà, Rey, professeur de la clinique vétérinaire de Lyon, enseignait, que pour éviter la formation du champignon de castraction, il fallait appliquer le casseau bien au-dessus de l'épididyme. Cette prescription était pour lui rigoureuse dans le procédé de castration à testicules découverts car alors l'épididyme tend à rester au fond dela plaie. On na rien à craindre de semblable, disait-il, par le procédé à testicules couverts, car icile testicule et l'épididyme ne se séparent pas, le casseau se trouve forcément au-dessus de l’un et de l’autre organes.

Cette observation, déjà ancienne, de Rey, vient donc confirmer pleinement l'opinion de M. Dor, sur l'origine épididymaire du champignon de castration.

D'ailleurs, chez l'homme, le développement du botryomycome est absolument identique : les tumeurs botryomicosiques des doigts et de la main sont des productions inflammatoires, édifiées aux dépens des glandes sudoripares (Dor. Congrès de chirurgie, 19 octobre 1898).

Nous avons déjà dit, que dans les vieux champignons de castration, et seulement à leur périphérie, on trouvait des amas de cellules rondes, ayant Î'aspect d’un foyer caséeux. Au centre de ces foyers on voit un grain jaune, formé d'amas müriformes qu'on a appelé botryomyces. Nous donnons (planche IV)

une photographie, représentant un botryomices situé dans la partie épithéliale d'une tumeur botryomycosique.

Quelle est donc la nature de ce botryomyces ?

Est-ce une transformation du botryocoque luimême,ou bien est-ce une néoformation produite au sein des tissus et aux dépens de ceux-ci ?

Il n’est pas douteux une minute que le botryomyces ne soit la preuve de la présence du botryocoque dans la néoformation inflammatoire. Cela a été suffisamment démontré dans les chapitres précédents.

Or, nous savons que l’actinomyces se transforme en massues dans les points même où il est en contact avec les tissus. En prenant cette forme, il grossit dans les proportions de 1 à 50. Et comme la form: en massue ne se voit qu à la partie périphérique du grain actinomycosique, il est possible que ce soit une façon de réagir du parasite vis à vis des tissus.

D'ailleurs c'est un fait bien connu en bactériologie que certains microbes, dans des conditions données, peuvent subir un accroissement considérable.

Il n’est pas iliogique de croire que le botryocoque, dans les tissus glandulaires, puisse prendre un développement anormal et présenter l'aspect müriforme si caractéristique. En faveur de la nature parasitaire du botryomyces, on peut rappeler ce fait que les grains jaunes se colorent par le Gram et par les différents colorants des microbes.

Mais, d'autre part,on peut admettre qu'à la faveur

paie du processus pathologique causé parle botryocoque, ilse forme des boulescolloïdes et hyalines aux dépens soit des cellules épithéliales glandulaires, soit des cellules endothéliales des vaisseaux. Ces boules hyalines en s’agglutinant peuvent donner l'aspect du botryomyces.

En faveur de cette opinion on peut dire que le botryomyces se colore par la safranine et le liquide de van Gieson qui la colorent comme une substance hyaline. En outre on sait qu'on peut rencontrerdes boules hyalines analogues au botryomyces dans les tissus néoformés par la syphilis tertiaire, et dans certaines lésions chroniques. On a même rencontré des formations analogues dans la nécrose cadavérique. On peut donc avoir affaire ici à une véritable nécrose de coagulation, mais produisant non une matière albunoide trouble mais une matière colloïde et hyaline.

On voit donc qu’on n’a pas d’arguments bien décisifs en faveur de l’une ou de l’autre hypothèse et pour le moment on ne peut se prononcer. Des études ultérieures pourront peut-être trouver des arguments décisifs et permettre de conclure.

Ce qu'il faut retenir de tout ceci, c’est que le botryocoque manifestesa présence dans les tissus par des néoformations mûriformes appelées botryomyces, qu'on peut rencontrer des néoformations analogues dans d’autres états pathologiques, mais que leur nombre considérable et leur constance dans les lésions produites par le botryocoque autorise bien à don-

SA ner à ces lésions le nom de formations botryomycosiques. | Ainsi donc contrairement à l'opinion de MM. Sabrazès et Laubie, contrairement aux idées de M.Jaboulay, le botryomycome n’est pas un papiliome inflammatoire, ce n’est pas un simple bourgeon charnu. Ce qu'ils ont pris pour des vaisseaux dans Îes coupes de tumeurs botryomycosiques, ne sont que des canalicules glandulaireset M. Dor l’a suffisament démontré. C’est une lésion qui, au point de vue histologique est une néoplasie inflammatoire édifiée aux

dépens des canalicules d’une glande, que ce soit la

e] glande sudoripare ou l’épididyme.

Dirons-nous qu'il s’agit d’un adéno-fibrome ? Certainement, il y a beaucoup de fibro-adénomes du sein qui sont à la glande mammaire ce que la botryomycose est à l’'épididyme ou à Ja glande sudoripare ; mais cette raison est-elle suffisante? Je crois qu'il faut réserver le terme d’adénome aux tumeurs vraies et qu'un adénome doit rappeler une glande normale ; or, la botryomycose rappelle si peu une glande normale que M. Dor a mis un temps assez long pour comprendre que la lésion était d'origine glandulaire. D'ailleurs, l’adénome des glandes sudoripares a été décrit, ettout le monde connaîtle travail de MM. Jacquet et Darier sur l'hydradénome éruptif. Ce travail est accompagné d'une planche où les caractères adénomateux de la néoplasie sautent aux yeux, et, aussi bien par sa nature histologique que par ses caractères cliniques, la botryomycose diffère essentiellement d2 l'hydradénome.

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Il y a pourtant production, d'un tissu nouveau aux dépens d'une glande. Ce n’est pas une hypertrophie glandulaire pour la bonne raison que Île tissu néoformé n’a pas les caractères d’une glande ; ce n'est pas une maladie kystique puisqu'il n'y a nulle part de dilatation kystique.

On est donc obligé de se rabattre sur le terme de fibro-adénome. Pourtant, cette appellation ne traduit pas exactement la pensée que l’on se fait de la lésion. Aussi, M. Dor pour rappeler l'origine glandulaire et la nature non néoplasique du tissu de nouvelle formation propose de créer un néologisme. Pour lui, le meilleur terme serait celui d’adénose et il voudrait dire dans le cas qui nous occupe : f#bro-adénose où adéno-fibrose. Mais, peu importe le terme que l’on emploie, il faut retenir quelebotryomycose n'est pas une tumeur au sens propre du mot, mais une édification de tissu nouveau, spécial, et pathognomonique.

L’appellation de botryomycosepeutêtre conservée provisoirement pour désigner aussi bien les champignons de castration que les tumeurs sudoripares de l'homme. Pour bien montrer l'origine botryomycosique deces néoplasies, nous croyons qu'il serait bon de les appeler fibro-adénoses sudoripares ou épididymaires en ajoutant le qualificatif bofryomycosiques.

On voit donc que le botryocoque inoculé dans une glande produit des lésions de forme tout à fait spéciale, des néoplasies qui n'ont rien de commun avec les productions inflammatoires vulgaires du staphylocoque. On a donc affaire à un fibrome d'origine glandulaire. à développement typique et caractérisé

A par la présence d'un nombre assez grand de grains jaunes symptomatiques de l’action da botryocoque.

Pour toutes ces raisons, ajoutées à tant d'autres, qui ont été énumérées au cours de ce travail, nous sommes conduits à conclure à la non identification du staphylocoque pyogène banal et du botryocoque. Bien plus, le développement anatomo-pathologique des néoplasies botryomycosiques a une allure tellement spéciale que nous sommes forcés de conclure à la spécificité du botryocoque. |

Il y a donc une botryomycose équine et la botryomycose humaine, décrite par M. le Professeur Poncet, reste une entité morbide. |

Fic. I. — Début de la prolifération épididymaire. (Grossissement : 45 diamètres)

F1G. II.— Un canalicule épididymaire très hypertrophié,avec coagulation intra canaliculaire et formation fibreuse péri-canaliculaire (G.: 45 d.)

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