CHAPITRE PREMIER
§ I". Des préparations relatives à la conformation et à la
structure des os.
Ces préparations sont : V excarnation ; 2° la déalbation \ 3° les
coupes destinées à faire voir la disposition du tissu osseux j 4” la dissection des vaisseaux des os et de leur membrane médullaire j 5° celle de leurs nerfs; 6° celle de leur périoste; 7° la séparation de leur paren chyme gélatineux.
i» Ve V éxcarnation (i).
L’excarnalion a pour but de débarrasser les os des parties molles qui les entourent. Cette opération peut se faire, 1° avec les instruments de dissection ; 2° par l’action prolongée de l’eau froide ( macération ) ; 3“ par l’eau bouillante ( ébullition ). Je ne vais parler ici que des deux derniers moyens, en renvoyant, pour le premier, à l’article où je traite de la préparation des ligaments.
A. Macération. Lorsqu’on veut obtenir des os bien blancs, il faut choisir, autant que possible, un cadavre maigre ou infiltré, provenant d’un individu de trente à quarante-cinq ans , ou environ, mort d’une maladie chronique qui n’a point altéré la structure des os. Les cadavres des phthisiques sont les plus propres à ce genre de préparation (2). Le sujet étant choisi, on le décharné grossièrement en
(1) Excarnatiis ^ décharné.
(2) En faisant une incision à la peau qui recouvre la face interne du tibia, et en ruginant cet ps dans une petite étendue , on peut espérer d’avoir une belle préparation si le pério.ste se détache facilement, si le tissu de l’os est très-lisse, et présente une teinte blanche légèrement bleuâtre. Ce n’est que l’habitude qui peut faire reconnaître cette couleur; il ne faut pas la confondre avec la teinte violacée qu’offrent les os sur certains cadavres de scorbutiques : ces derniers doivent être rejetés.
prenant garde d’enlever le périoste ,* ou détache le sternum en coupant les cartilages de prolongement des côtes , précisément à l’endroit où ils s’insèrent à ces os (i); on sépare les membres du tronc, afin que ces diverses parties puissent être placées plus commodément dans un grand baquet (2) qu’on remplit d’eau de fontaine, et qu’on dispose dans un lieu où les émanations putrides qui doivent s’échapper, ne puissent avoir aucun inconvénient j il faut avoir soin de tenir les os constamment immergés j changer l’eau tous les quatre ou cinq jours dans le commencement (3), et à des intervalles plus éloignés vers la fin de la macération (4).
Il est assez difficile d’assigner le temps pendant lequel des os doivent rester à macérer, parce qu’il doit varier suivant la saison , suivant que les os proviennent d’un enfant, d’un adulte ou d’un vieillard, de tel
(1) On ne doit pas faire macérer le sternum, parce que les cartilages des côtes qui doivent servir parla suite à son articulation, se trouveraient détruits. On nettoie ces parties avec soin; on les laisse pendant quinze jours seulement dans de l’eau qu'on change toutes les vingt-quatre heures, afin qu'elles se dégorgent du sang qu'elles renferment; après quoi on les dessèche après les avoir essuyées : mais comme les cartilages se racornissent , et perdent leur courbure et leur direction naturelles , pour éviter cet inconvénient , il faut fixer très-solidement ces parties avant de les soumettre à l'action de l’air. Pour cela , on prend une planche sur laquelle on met un coussin de linge rempli d’étoupes ; ce coussin , plus épais vers sa partie moyenne qu’à ses bords, doit s’adapter parfaitement à la courbure de la face médiastine du sternum et des cartilages costaux qu’on place dessus. On enfonce des clous tout autour de la pièce à dessécher; ils servent à attacher des ficelles que l’on croise dans une foule de directions au - devant du sternum et de ses cartilages qu’elles assujettissent sur le coussin.
(2) Il vaudrait mieux se servir , pour faire macérer les os , d’un grand vase de grès ou de faïence , ou bien d’une auge en pierre.
(3) Pour vider commodément l’eau des macérations, les baquets doivent être munis , vers leur partie Inférieure , d’une ouverture qu’on ferme ou qu’on ouvre à volonté au moyen d’un bondon. L’eau doit s’écouler promptement dans un égoût ou sur la terre qui l’absorbe; si on craignait les émanations putrides, il faudrait vider l’eau sur un lit de cbaux vive. Il faut que les baquets soient exactement couverts , et qu’ils ne soient point exposés aux rayons du soleil.
(4) Si on néglige de changer l’eau de macération , on s’expose à voir les tissus mous se transformer en une sorte de savon ammoniacal ( gras de cadavre ) qui retarde leur décomposition et altère les os; ou bien ceux-ci se couvrent d’une croûte noire qu’on ne peut faire disparaître que fort difficilement.
ou tel individu , etc. En été , quatre à cinq mois suffisent ordinairement pour les os d’un adulte ; il en faut sept on huit pendant la saison froide de l’année ; pour des os d’enfant, ce temps doit être plus court, et plus lon^ pour ceux d’un vieillard (i). L’anatomiste doit surveiller ses macérations -, et ce n’est qu’à l’époque où toutes les parties fibreuses se séparent facilement des os , où les fibro-cartilages inter-vertébraux , les ligaments jaunes , s’isolent aisément des vertèbres , qu’il doit retirer le squelète du baquet elle nettoyer. Pour cela, il rassemble avec soin toutes les pièces et les met dans de l’eau propre (2) ; il les nettoie en enlevant avec un fort scalpel les parties fibreuses qui peuvent encore y adhérer , et en les frottant sous l’eau avec une brosse très-rude j il les place sur une grosse toile pour les faire sécher.
B. Ebullition. Assez souvent l’on fait usage de l’eau bouillante pour préparer les os du squelète. Après les avoir grossièrement séparés des parties molles, on les place dans une chaudière remplie d’eau, et on les soumet à l’ébullition pendant six ou dix heures, suivant les sujets (3). On active l’action de l’eau et on dépouille plus exactement les os de leurs parties fibreuses , et de leur graisse, en mettant dans la chaudière , une heure avant la fin de l’opération , de la potasse ou de la soude du commerce (sous-carbonate de potasse et de soude ); une
(1) J’ai employé plusieurs fois un procédé qui est beaucoup plus expéditif : il consiste à mettre les os, encore en grande partie recouverts de parties molles, dans un baquet vide, dont on lute avec soin le couvercle, et dans lequel on ne met que deux ou trois litres d’eau. La dissolution putride des parties molles se fait dans l’air humide qui les entoure, en six semaines ou deux mois. On ouvre le baquet, on le remplit d’eau, et au bout de huit ou dix jours, les os sont suffisamment wiacérés , et deviennent roenac plu» blancs que par les procédés ordinaires de la macération.
(2) 11 (aut vider les baquets de macération avec soin, et faire attention à ne pas jeter avec les débris des parties molles, les petits os, tels que les dents, les phalangettes, les pièces du coc cyx , les os sésamoïdes , etc.
(3) Si l’on veut mettre à-la-fois les os de deux sujets dans la même chaudière, il faut , pour les reconnaître après l’opération, attacher à chaque os volumineux de l’un d’eux, une anse de fil de laiton, et placer le coccyx, les rotules, les pieds et les mains dans un sac de toile. On emploie les mêmes moyens quand on fait macérer plusieurs cadavres dans une seule cuve ; seulement , au Heu de sac, on se sert , pour les petits «s , d’un vase qu’on met au fond.
livre pour quatre-vingts à cent pintes de liquide (i). Après avoir enlevé avec soin la graisse qui nage à la surface de l’eau, on retire les os, on les plonge dans une nouvelle lessive alcaline, tiède et très-légère j on les nettoie avec soin , comme dans le cas précédent j on sépare exactement des surfaces articulaires les cartilages gonflés et ramollis qui leur restent assez adhérents : les os étant propres, on les laye à plusieurs eaux avant de les faire sécher. i
En employant l’ébullition, on a l’avantfige de préparer pins promptement les PS , et d’une manière moins insalubre que par la macération, Cependant ce mode de préparation a des inconvénients : i° les os qui ont bouilli deviennent en général moins hh'^ocs que ceux qui ont macéré J le sang coagulé dans leurs pores leur laisse une teinte brune qu’il est souvent impossible de faire disparaître^ 2° ils retiennent ordinairement une plus grande quantité de suc médullaire, qui ne tarde pas à leuf donner, en rancissan|t, une couleur jaune et une odeur fort désagréable; 3^ l’ébullition n’est point applicable aux os des jeunes sujets , dont les éplphyses ne sont point encore soudées ; elle agit sur leur tissu gélatineux, et dépouille en partie les os courts et les extrémités des os longs de la lame compacte qui les enveloppe. Ce dernier Inconvénient se manifeste même sur les os des adultes.
a° De la déalbation (2) , ou blanchiment des os.
Pour obtenir parfaitement blancs des os qu’on a fait maçérer, on peut employer plusieurs procédés : 1° le meilleur consiste à les soumettre sur un pré à l’açtion réunie de l’air , du soleil et de la rosée , comme cela se pratique poi^ fa déalbatipri de Ja toile , de la cire , etc. ; on a soin de les retourner tous les quinze jours, afin qu’ils blanchissent d’une manière égale (3) ; deux ou irojs mois , d’une semblable exposi-
(1) 11 ne fa*it point se servir de chaux , çomrne le a^atpnjistes , pour
préparer les os ; cet alcali a rLpcoinvéûi,çn.t d’altérer leurs dssps , de Içs rendre très-fragiles , de remplir leurs pores , de leur rester très-adhérent ; ce qui leur donne un aspect ^çr^^.piyc désagréable.
^2) Dealbqre , hWnehif.
(3) On pepl (éten dre Içs os smt Iç ga?(W i il va,ut çpiep^c , pour ^vilçr ^u’ijs p,e verdissent, et sur-tojpt iqu’ils ne se per,deut , les pb,çcr sur une grosse toile dont pn fixe solidément les .coins , ou bien les j^anger sur yae de ces gra^t<lc« marnes d’osier tissu serré , et dont on se sert pour dessécher les fruits confits. On a l’avantage, en employait ce
lion suffisent , sur-tout au printemps , pour leur donner une blancheur éclatante (i). On expose les os à l’action du chlore, soit liquide, soit gazeux. Dans le premier cas, on les plonge deux ou trois fois par jour dans une lessive qui tient du chlore en dissolution , et on répète ces manoeuvres pendant dix ou douze jours ^ dans le second, il faut les tremper dans l’eau, les placer sur une claie, et les couvrir avec une toile serrée ou du taffetas gommé; on les expose alors audessus d’une terrine dans laquelle on a mis, en proportions convenables, du muriaie de soude, de l’oxyde de manganèse, et de l’acide sulfurique; on chauffe légèrement ce mélange de temps à autre. 3° Au lieu du chlore gazeux , on peut employer avec avantage l’acide sulfureux en vapeur, comme on le fait dans les arts pour le blanchiment de la laine de la soie, etc. ; on fait brûler lentement du soufre au-dessous de la claie , sur laquelle on a placé les os humectés. 4° Des lessives alcalines peuvent encore être mises en usage pour la déalbation des os ; cependant elles ne m’ont pas paru aussi avantageuses que les moyens précédents.
3° Coupes deslinées a Juire voir la disposition du tissu osseux.
Pour rendre évidente la disposition de la fibre osseuse dans les diverses espèces d’os , il est nécessaire de les couper dans plusieurs directions que je vais indiquer succinctement.
1°. Os LONGS, A. Coupe longitudinale. Elle sert à faire voir i® comment le tissu compacte ,lTQS-épdL\s vers la partie moyenne du corps de l’os , s’amincit à mesure qu’il s’étend vers les extrémités ; 2,° le tissu celluleux formée vers ces mêmes extrémités, de lamelles courtes, serrées, qui deviennent de plus en plus ténues à mesure qu’on s’approche du canal médullaire , dans lequel il se change en un tissu
dernier moyen, de pouvoir tendre au-dessus de sa préparation un réseau de fil d’archal que l’on attache au bord du panier , afin de garantir les os de plusieurs animaux carnassiers.
(i) Les os qui ont été préparés par la macération sont ceux qui deviennent les plus blancs; fréquemment ceux qui, en sortant des baquets, étalent les plus noirs, acquièrent le plus d’éclat en séchant. Quand les os ne sont point restés constamment plongés sous l’eau en macérant , il se forme presque toujours à leur surfiice un enduit putride , tenace , d’un rouge brun , qui les salit et ne peut être enlevé que très-difficilement par les divers moyens de déalbation.
réticulaire ‘j 3® la forme et les dimensions du canal médullaire, etc. Pour faire cette coupe , on trace d’abord légèrement, avec un crayon de plombagine (i), une ligne qui , de chaque côté , divise l’os par sa partie moyenne -, elle est destinée à guider le trait de la scie (2). On assujettit l’os dans un étau , et on conduit exactement la lame de l’instrument dans la direction des deux lignes.
B. Coupe transversale. Il suffit de l’indiquer 3 elle doit être faite à différentes hauteurs pour faire voir la disposition des tissus compactes et celluleux , la forme et la dimension du canal médullaire dans les diverses régions de l’os.
On peut découvrir le tissu spongieux qui constitue spécialement les extrémités des os longs, en enlevant avec la râpe la couche mince de tissu compacte qui le revêt à l’extérieur.
2" Os LARGES. Les os larges , tels que ceux de la voûte du crâne, l’os iliaque , le scapulum , doivent être sciés dans diverses directions ^ pour faire connaître l’épaisseur , le rapprochement et l’écarlement de leurs lames compactes , la disposition de leur tissu spongieux , etc.... En râpant leur enveloppe extérieure, on découvre également ce dernier tissu : c’est un bon moyen à employer pour mettre à nu les sinus veineux qui rampent dans leur intérieur.
3° Os COURTS. Les préparations dont je viens de parler sont applicables aux os courts....
On devra aussi exécuter différentes coupes longitudinales et transversales, pour étudier la disposition de la fibre osseuse, 1° dans les apophyses, telles que la tête du fémur, celle de l’humérus, les
(1) Il est nécessaire , dans beaucoup de cas, de déterminer d’avance et d’une manière très-précise, le trajet que doit parcourjr la lame de la scie. On doit, autant que possible , tracer la ligne à la main , ce qui est facile pour les personnes auxquelles l’art du dessin est familier; cependant on peut aussi se servir d’un procédé employé dans plusietirs arts mécaniques. Il consiste à teindre im fil de chanvre avec du noir de fumée , à le saisir par chaque extrémité, à le tendre, à l’appliquer sur l’os dans la direction convenable; on fait alors presser dessus avec l’ongle, et on obtient une ligne parfaitement droite.
(a) Une scie à main dont la lame est plus épaisse vers les dentelures que du côté du dos, est l’instrument qui convient le mieux dans ce cas. On peut également se servir d’une scie à arbre dont la lame est mobile , et peut à volonté être fixée dans une direction parallèle ou perpendiculaire à celle de l’arbre.
trochanters, les apophyses styloïdes, maslôïdes ; dans les cavités glénoïdes, cotyloides , les sinus, les.canaux dé transmission et de nutrition , etc. (i).
Il faut scier les dents de différentes manières , pour montrer la disposition de leur émail (2), de leur tissu OsâeuX j la forme, la dimension de leur cavité centrale , et les parties qu’elle Contient. On assujettit ces os solidemetit dans un étau (3), et, avec une scie dont la lame est très-fine (4) , on les fend suivant leur longueur et transversalement à diverses hauteurs. Ces coupes doivent être faites successivement sur les dents cunéiformes (incisives), conoldes (canines),
(1) On peut articuler par charnière les diverses pièces osseuses qui résultent des coupes indiquées ci-dessus , et les séparer ou les réunir à volonté , au moyen de petits crochets de laiton. La plupart de ces préparations existént dans lès Cabinets de la Faculté dé médecine de Paris.
(2) On rèhd très-apparente la disposition des fibres ou filaments de Témail, en exposant utee portion de la couronne d’une dent à la flamme d’une bougie. L’émail reste blanc, mais il se fendille , s’éclate, sè sépare en partie de la portion osseuse qui est au-dessous , et devient noir en se charbonnant. On voit alors les fibres, comme soyeuses, de l’enveloppe extérieure de la dent. Implantées sur le tissu osseux prOprèment dit. On peut aussi enlever l’émail des dents par l’acide hydro-chloriqUé. Les dents traitées par cet acide m’ont offert les particularités suivantes : 1° l’émail ayant disparu, leur couronne devient plus aiguë pour les incisives et les canines ; lès tubercules des molaires se changent en pointés fort acérées ; 2“ le tissu de l’os devient transparent, et permet de distinguer, d’étudier parfaitement la forme, les dimensions, les divisions de la cavité centrale.
La partie de l’art qui traite de la manière de scier, de limer, de polir , de blanchir , de conserver les dents, de les monter à pivot, de les ajuster, de construire les râteliers , de fabriquer les dents artificielles en ivoire , en porcelaine, regarde spécialement les chirurgiens dentistes , bien que ces matières ne doivent point êtrè étrangères aux anatomistes.
(3) Souvent en serrant des os dans un étau, il arrive qu’ils se brisent. Afin d’évitèr cet inconvénient pour les dents, il faut préalablement les envelopper dans une lame de plomb; pour les autres os , il suffit de garnir les mors de l’instrument aveb deux planchcttës d'un bols tendre, ou bien de plusieurs doubles de linge, ou de les placer entre déux morceaux de liège.
(4) On se sert, pour faire la préparation , des scies dont les reperceuses et les évantaillistesfont usage, pour diviser l’écaflîe, l’ivoire , les métaux. Les lames sont laites avec de? ressorts de pendules de diverses dimensions et à très-bon marché.
bicuspîdées (petites molaires), multicuspidées (grosses molaires), appartenant à des individus d’âges différents j on fixe ces coupes par séries sur des plaques de cire noire qui font ressortir leur blancheur (i).
4” Préparation des vaisseaux des os.
Les préparations dont je vais parler n’ont rapport qu’aux vaisseaux sanguins qui appartiennent aux os , car on n’a pas encore suivi de vaisseaux lymphatiques dans ces organes.
1° Artères. Il faut, pour injecter avec succès les artères des os, choisir un jeune sujet maigre et infiltré ; pousser, en prenant les précautions convenables, la matière de l’injection jusque dans les dernières ramifications du système capillaire (a). On procède ensuite à la dissection des artères j on isole d’abord , pour les conserver , les artères d’où proviennent les branches qui s’introduisent dans l’os directement par le conduit nourricier principal , ou rampent dans le périoste en formant un lacis très-compliqué j on fait tremper la pièce dans l’eau pendant deux ou trois jours, afin de la faire dégorger et d’obtenir des os plus blancs ; après quoi on découvre les vaisseaux intérieurs.
A. Pour les os longs , on choisit sur-tout le tibia, à raison du volume considérable de son artère nourricière ; on le scie suivant sa longueur de manière à obtenir deux moitiés égales , dont la postérieure contient le tronc artériel principal ; on lave ces pièces à grande
(1) Voyez les nombreuses et belles préparations sur la structure et les maladies des dents-, que M. le docteur Duval a déposées dans la collection anatomique du muséum de la Faculté de Médecine de Paris.
(2) Les matières qui m’ont le mieux réussi pour injecter les artères des os , sont : 1° le vernis à l’alcohol coloré avec du vermillon ; 2° une injection faite avec une livre de suif , trois onces de cire , trois onces de térébenthine liquide , quatre onces d’essence de térébenthine , et que l’on colore avec quatre onces de vermillon ; 3“ l’ichtyocolle colorée. Cette dernière injection pénètre parfaitement dans tout le tissu de l’os , mais en se desséchant, elle se retire tellement sur elle-même que les vaisseaux n’ont plus que la moitié ou le tiers du volume qu’ils avaient auparavant.
eau, on en retire la moelle avec une de ces brosses douces qui servent pour peindre à l’huile , et que l’on trempe dans une eau légèrement alcaline ou savonneuse; ce procédé permet de conserver appliquée sur les parois du canal osseux, la rnembi aue fine et essentiellement vasculaire qui entoure la moelle (i). Pour retirer le suc médullaire et le sang qui remplissent les cellides du tissu spongieux des extrémités de l’os , et pour rendre apparents les vaisseaux capillaires qui s’y distribuent , on se sert d’eau de savon qu’on injecte avec force dessus , au moyen d’une petite seringue en plomb. Cette préparation permet de voir les blanches ascendantes et descendantes de l’artère nourricière * du tibia, celles qui se plongent dans l’intérieur même de la moelle (2), les anastomoses nombreuses de ces branches, avec celles qui pénètrent par les extrémités de 1 os , etc.
La pièce ainsi préparée doit être desséchée promptement à un courant d’air sec , et recouverte ensuite d’une couche de vernis à l’alcohol.
B. Os larges. On prépare leurs artères extérieures comme dans le cas précédent ; celles qui pénètrent leur substance doivent être découvertes avec le ciseau et le maillet , la scie , la gouge, ou la râpe, suivant l’os et la région du même os.
C. Pour les os courts , on isole d’abord les vaisseaux extérieurs 3 on les coupe ensuite dans plusieurs directions.
2° Veinp:s. Pour préparer les veines des os , il faut faire choix d’un cadavre appartenant à un individu très-âgé, maigre, sec, ou infiltré. La matière de l’Injection doit être à-peu-près la même que dans le cas précédent ; il faut la colorer eu bleu ou en noir , et mieux
(1) La membrane très -mince qui entoure la moelle est essentiellement vasculaire ; elle est ordinairement rouge, et ne forme pas une membrane continue, mais plutôt ud lacis de vaisseaux; sorte de trame menibraniforme , aréolaire, qui donne des ramifications fort ténues, d’une part à la moelle , et de l’antre aux parois du canal médullaire,
(2) Pour déterminer la place qu’occupent dans l’intérieur de la moelle ces artères volumineuses , on peut faire à l’os plusieurs coupes horizontales à dilféreutes hauteurs*
encore en rouge (i) , à moins qu’on n’injecte à-la-fois les veines et les artères j on pousse l’injection par les troncs principaux , et on dissèque ces vaisseaux comme je viens de l’indiquer pour les artères.
Parmi les veines des os , il en est de très-volumineuses, et dont la disposition a été étudiée sur-tout dans ces derniers temps. Je veux parler des sinus veineux qui rampent dans l’épaisseur des os du crâne , et de ceux qui appartiennent au rachis. Afin de rendre évidents ces vaisseaux, il faut, pour ceux du diploé, détacher le cuir chevelu sur une tête de vieillard , dans les veines jugulaires duquel on a poussé une injection très-pénétrante j isoler les veines qui se distribuent au péricrâne , et conserver les principales branches qui passent par les trous pariétaux , mastoïdiens, condyllens postérieurs , et qu’on appelle, vulgairement les émissaires de Santorinl ; enlever avec la râpe, le ciseau et le marteau, toute la table externe des os ; on découvre ainsi les veines qui serpentent au milieu du tissu celluleux , et on conserve leurs communications avec celles de l’extérieur du crâne et celles de la méninge. Les veines des os de la base du crâne sont plus difficiles à préparer que celles de la voûte. On peut les découvrir à l’extérieur, ou bien par l’intérieur de cette cavité , dont on a détaché la méningé. Il est possible de faire cette préparation , lorsqu’on ne veut pas la conserver, sur une tête dont les veines sont gorgées de sang , et que l’on met macérer pendant vingt-quatre heures dans un mélange d’eau et d’acide muriatique (2) ; on aperçoit également bien la disposition des cavités qui logent ces
(1) Les veines des os, injectées en bleu, et sur-tout en noir, ne peuvent être suivies que dilFicilement par les instruments dans la substance de ces organes 5 et lorsqu’elles sont préparées , il faut les regarder avec beaucoup d’attention et de très-près pour apercevoir leur distribution. Ces inconvénients ressortent sur- tout quand ces pièces sont destinées à des démonstrations publiques : il est impossible aux élèves placés à une certaine distance , de suivre sur elles la description qu’en fait le professeur. Ces raisons m’ont engagé à colorer en rouge éclatant l’injection des sinus veineux du rachis sur deux des pièces que j’ai présentées au concours.
(2) L’acide muriatique a pour avantage ici de coaguler le sang qui remplit les vaisseaux , et de ramollir la substance des os , ce qui eu rend la dissection plus aisée.
veines , en enlevant avec la râpe , sur une tête sèche , la table externe des os du crâne.
Quant aux veines qui sortent des vertèbres pour constituer les sinus vertébraux , il est plusieurs moyens de les rendre apparentes. On doit d’abord les remplir exactement avec une injection pénétrante, qui ait de la ténacité et soit colorée en bleu , et mieux en rouge , pour les raisons que j’ai indiquées. Parmi les diverses coupes qu’on pratique pour les mettre à découvert , celle qui se fait sur la ligne médiane , et qui divise les vertèbres par le milieu de leur apophyse épineuse et de leur corps , me semble la plus avantageuse ; elle permet de voir les veines que les sinus envoient dans l’intérieur des vertèbres , la communication de ces veines avec celles qui pénètrent par la face antérieure de ces os , les anastomoses des sinus avec les veines de l’enveloppe méningienne de la moelle, avec les veines extérieures, etc. , etc. La dissection des sinus de la méninge et de ceux du rachis appartient aux préparations d’angiologie. Je ne pourrais en parler plus longuement sans m’écarter de mon sujet.
Il est un autre moyen bien plus avantageux que les précédents pour préparer les vaisseaux des os , et sur-tout ceux des os plats j il faut les injecter avec une matière qui résiste à l’action prolongée de l’eau (i) , les soumettre à une longue macération , et les blanchir ensuite parfaitement sur le pré j les traiter par l’acide muriatique très-affaibli , qui enlève le phosphate de chaux , et les dessécher après les avoir suffisamment lavés. Par la dessiccation , le parenchyme gélatineux des os devient fort transparent , sur-tout lorsqu’on l’a verni , et permet de voir à travers, l’injection qui, remplit ses vaisseaux, dont on suit parfaitement la disposition. On peut faire usage du même procédé pour disséquer plus facilement les vaisseaux dans la substance des os qui se coupent alors avec un simple bistouri.
( I ) L’injection qui convient le mieux est faite avec le vernis à l’alcohol , la térébenthine liquide et le noir de fumée.
5® Préparation des nerfs des os.
On n^est encore parvenu à suivre , dans les os, que les ramifications très-déliées que le irisplanchnique envoie sur l’artère nourricière principale de plusieurs os longs. J’ai disséqué ees nerfs, dans l’intérieur de rhumérus, sur l’artère nourricière qui le pénètre. Pour faire cette préparation, on remplit les artères d’une injection grasse trèsfine j on isole les os des parties molles, dont on né garde que les vaisseaux sur lesquels on a suivi les ramifications nerveuses; on les laisse pendant deux ou trois jours dans de l’alcohol à quinze ou dix-huit degrés; on les plonge ensuite dans de l’eau acidulée avec l’acide muriatique; et lorsqu’au bout de plusieurs jours ils sont 'entièremént tamdllis, on procède à la dissection, après '"les à Voir fèhiis pehdâhl vïn^t-* quatre heures dans l’alcohol.
Parmi les préparations que l’on peut exécuter pour faire connaître la membrane fibreuse qui entoure les os, je crois devoir indiquer celle-ci : on choisit un jeune sujet , on pousse par l’aorte , jusque dans les dernières ramifications du système capillaire , une injection au vernis alcoholique coloré avec du -vermillon. ' ;
1® Périoste des os longs. On sépare des parties environnantes, le fémur ou tout autre os long, en conservant avec le^plus grand soin dans son intégrité, le périoste dont les vaisseaux sont injectés^ on pratique sur la face antérieure de l’os , une incision longitudinale qui divise cette membrane et s’étend d’uhe extrémité à l’aütre. Avec le manche d’un scalpel on détache le périoste de chaque, côté ,i en écartant les lambeaux de l’incision; puis peu-à-pew^ au moyen de tenaillés incisives, on sépare l’os en deux vers sa partie moyenne; on fait sdrt'ir les deux bouts par l’incision du périoste que l’oU làole avec facilité jusqu’auprès des extrémités de l’os ; on coupe' cellès-ci lé plus près possible de leur surface articulaire^. 0,n obtint, par ce procédé, ,1e périoste sous l’appaEence d’un long canal fibreux dont les extrémités sont insérées sur les- portions de l’os -que l’dn aseonserVéés-J on lave cette pièce, on la fait dessécher, en tirant fortement éh iséns' ccfhttairé
les deux extrémités de l’os, afin de tendre la membrane fibreuse qui les réunit, de rapprocher les lèvres de son incision, et de lui donner la forme cylindrique qu’elle doit conserver (i). Si on veut que le périoste desséché ait, sans rien perdre de sa transparence, une solidité qui lui permette de soutenir les deux extrémités de l’os qui lui restent adhérentes, il faut, pendant qu’il est encore étendu, appliquer dessus plusieurs couches d’icthyocolle : en se desséchant, cette substance lui donne plus d’épaisseur, d’éclat, et sur-tout de solidité.
2° Périoste des os du crâne. Enlevez le cuir chevelu et les muscles temporaux 5 laisse? appliqué sur les os, le périoste qui a été injecté; faites au, jCrâne: une coupe horizontale très-rapprochée de sa base; détachez avec, le manche d’un scalpel, le périoste qui recouvre les os de la voûte; frottez légèrement ceux-ci avec du suif, et réappliquez dessus la membrane fibreuse. Quand celle-ci est sèche, on l’enlève avec facilité et on l’obtient séparée de la voûte du crâne dont elle a parfaitement conservé la forme. On la vernit et on la conserve sur les os qiii lui servent de moule.
■’^b Prepahàtîon du p'avenchyme pelatinéiix dës os.
tJ tii' ■ :< . 'i. .
C’est en suivant les procédés de M. D’Arcet (2) qu’il faut préparer le parenchyme gélatineux des os. On enlève au moyen de l’acide muriatique étendu, le phosphate de chaux, et 011 obtient la partie ani-
(î) *Cetfé préparation est d’autant plus facile à faire que les individus sont plus jeunes : il ne faut que quelques irislauls pour l’exécuter sur les os d’un foetus.
(2) M. D’Arcet, qui s’occupe avéc tant de succès *des applications de la chimie aux arts et à l’économie domestique^ a fait de la gélatine des os une nouvelle branche de commerce très-étendue. Cettp substance, extraite des os des animaux de boucherie, a déjà servi à améliorer la nourriture des convalescents , des soldats , des indigents. Comme elle renferme, sous un très-petit volume , une grande quantité de matière nourricière, on l’embarque pour faire'la soupe^aux matelots dans les voyages de long cours; on s’en sert dans là’ fabrication du papier, de la colle forte’, le' collage des vins, été. En tannant la gélatine dès os, on obtient; d’après de nouveaux procédés de M. D’Arcet , une substance qui présente la.plus grande analogie avec Vécaille , et qu’on peut employer pour fabriquer des peignes, dçs tabatières y etc. ' j -
male à l’état solide et conservant encore la forme de l’os (i).Pour enlever à cette snbstctnce les petites portions d’acide qu’elle retient, on la met dans des paniers, et on la plonge ainsi pendant quelques instants dans de l’eau tiède; on l’essuie avec des linges; on la lave à grande eau, ou, mieux encore, on l’expose à un courant d’eau froide et vive, qui, en la nettoyant parfaitement, lui donne une demi-trans- .parence et de la blancheur.
Les os réduits à leur seul parenchyme gélatineux , sont ensuite desséchés au moyen d’un courant d’àir sec. On doit veiller à ce qu’ils ne se contournent pas dans des directions vicieuses pendant la dessiccation. C’est de cette manière que j’ai préparé tous les os séparés et le squelète (2) en gélatine qui sont déposés dans le muséum de la Faculté. On peut , à raison de leur diaphanéiié , étudier au travers la direction de leurs fibres, la disposition du tissu celluleux , des canaux qui les parcourent, etc.