CHAPITRE III
Des préparations relatives au développement des os.
Pour démontrer la manière dont les os se développent et se nourrissent, faire connaître les différences qu’ils présentent dans leur forme, leur volume, leur organisation , le nombre des pièces qui les composent, etc., aux diverses époques de la vie, l’anatomiste doit exécuter une longue série de pièces préparées sur des os d’embryons, de fœtus, d’enfants, d’adultes, et de vieillards ; ces préparations sont destinées à présenter , les unes, l’ensemble des os avec leurs connexions, les autres, chacune des pièces du système osseux en particulier. Je ne parlerai ici que de ces dernières j je renvoie pour les autres à l’article consacré à la préparation des squelètes.
1° Embryons et foetus. Pour connaître précisément l’époque à laquelle se fait le développement des os, l’anatomiste doit avoir des embryons et des fœtus dont l’âge ait été bien déterminé,- il les fait macérer, sans les décharner, pendant un temps qui varie suivant l’âge du fœtus et la préparation qu’il veut exécuter, dans ces vases de porcelaine qui servent à préparer les injections par corrosion , En été, deux ou
(a) On peut voir dans le tome xill, pag. 267, des Annales du Muséum d’histoire naturelle, comment Fourcroy et M. Vauquelin procèdent à la séparation de la magnésie , de la silice, de l’alumine, de l’oxyde de fer et de l’oxyde de manganèse, contenus dans les os.
trois jours suffisent paur faire macérer les très-jeunes embryons; on augmente ce temps de plus en plus à mesure que les fœtus appartiennent à une époque plus avancée de la grossesse ; il laut un mois ou six semaines ordinairement pour un fœtus à terme. On retire avec précaution les os des parties naolles, dont ils se séparent facilement, on les nettoie, en les lavant plusieurs fois dans de l’eau tiède. On les étend soigneusement sur du papier gris pour les faire sécher. Il ne s’agit plus que de les disposer par ordre sur des tablettes noires , et de manière à faire voir toutes les pièces qui les composent. Pour cela , on place sur une même ligne les os impairs ou situés sur la ligne naédiane du corps , et de chaque côté , ceux qui sont pairs : ces derniers doivent être disposés de telle sorte, que ceux d'un côté soient vus par une de leurs faces, et les autres par leur face opposée. C’est ainsi qu’on doit arranger successivement les divers points d’ossification appartenant aux os de la tête , de la colonne vertébrale , de la poitrine, du bassin , des membres supérieurs et inférieurs (i). Il faut faire plusieurs séries semblables sur des fœtus prisa toutes les périodes de la gestation. Chez les uns on ne conserve que les points osseux, sur d’autres on garde en même temps le moule cartilagineux qui doit être envahi par l’ossilicalion; dans ce dernier cas, on doit ne laisser macérer les os que très- peu de jours, lespréparer, en ayant soin de ne pas détacher leurs éplphyses, faire dessus toutes les coupes dont j’ai parlé, les fixer en ordre sur des plaques de cire noire, et les enfermer dans des bocaux remplis d’espritde-vin à 14 ou i5 degrés. — 11 faut, sur des têtes de fœtus, pratiquer des coupes spéciales, destinées à faire voir le mode de développement des dents; i°pour la mâchoire supérieure j il faut enlever l’os maxillaire tnférieur, scier horizontalement la mâchoire supérieure au> niveau du diamètre transverse desorbites; détacher avec soin le périoste qui couvre les os , en conservant le tissu des gencives; emporter la voûte du palais, puis ouvrir avec un fort scalpel l’arcade alvéolaire par sa face antérieure et par sa face postérieure, en gardant en bas une simple bande
(1) Voyez le Mémoire de M. le professeur Béclard sur l’ostéose , Nouveau Journal de médecine , tome iv, pag. 5'] , et les nombreuses préparations relatives au développement des os , qu’il a faites et déposées dans le Muséum de la Faculté.
de la membrane gencivale. Ces coupes donnent la facilité de mettre a nu les germes de la première dentition , et même ceux beaucoup plus petits qui appartiennent à la secoudej le cordon blanchâtre qui se porte du sommet de chaque follicule à la gencive, etc. Une préparation à-peuprès semblable doit être exécutée pour l’os maxillaire inférieur; elle pourra servir en même temps pour démontrer la disposition trèscurieuse du canal et des vaisseaux dentaires , à cette époque de la vie. Ces diverses préparations doivent être faites aussi sur des foetus parfaitement injectés , afin de faire voir la disposition des vaisseaux qui vont se rendre aux follicules des dents, ainsi qu’à leurs enveloppes membraneuses. On les conservera dans l’alcohol.
Mais il faut aussi, sur des embryons, retirer avec soin les premiers points d’ossification des dents, les disposer convenablement, et les coller sur des tablettes, de manière à montrer les quatre ou cinq points osseux qui appartiennent aux dents multicuspidées , dont ils doivent former les tubercules ; les deux points des dents bicuspldées , et le germe unique des dents conoïdes et cunéiformes, puis, sur d’autres fœtus, faire voir la réunion de plusieurs de ces points osseux, etc.
2“ Enfaxts. Il faut pour suivre les progrès de l’ossification , faire une série de préparations qui montrent les changements qu’éprouvent les os depuis la naissance jusqu’à l’accroissement complet du corps. Pour cela , on préparera les os sur des sujets dont l’àge sera déterminé ; on exécutera les coupes que j’ai indiquées ; elles serviront à faire voir la disposition des éplphyses, la formation des deux tables et du dlploé des os du crâne, celle du canal médullaire , etc. Il faudra aussi disposer les os sur des planches avec les épiphyses alternativement réunies et séparées. Les coupes à faire sur les mâchoires, pour faire voir la disposition des dents de la première et de la seconde dentition, ou les changements qu’éprouve, dans sa forme, - sa direction , sa position , le canal dentaire inférieur, etc., sont, à peu de chose près, les mêmes que celles indiquées précédemment.
Dans les jeunes sujets, avant la formation complète des sutures, les os du crâne se séparent facilement; mais bientôt leur union devenant de plus en plus intime, il faut pour les désarticuler avoir recours à des procédés particuliers. C’est ordinairement pour étudier séparé-
ment les os de la tête que les anatomistes font cette préparation. Voici comment on doit y procéder : On choisit de préférence une tête appartenant à un individu de i5 à i8 ans j après l’avoirfaitmacérer et nettoyer, on remplit la cavité du crâne avec des semences légumineuses sèches (des pois, des haricots ) j on introduit ensuite dans le grand trou occipital un morceau de linge, par-dessus lequel on place deux petits morceaux de bois en croix ; ces dernières parties sont destinées à prévenir l’issue des graines ; on plonge alors la tête dans de l’eau froide -, les semences ne tardent pas à se gonfler , à opérer la disjonction des os du crâne et d’une partie de ceux de la face , qu’il devient facile d’isoler (2). Lorsqu’on fait cette préparation, si le corps du sphénoïde est complètement soudé à l’apophyse basilaire de l’occipital, il faut avoir soin de séparer préalablement ces parties par une coupe transversale ^ que l’on fait au moyen d’un ciseau fort étroit. Sans cette précaution, on risquerait de produire une fracture irrégulière, qui peut séparer en deux pièces l’os sphénoïde.
3° Adultes et vieillards. 11 faudra continuer de faire sur des os d’adultes et de vieillards la plupart des préparations que j’ai précédemment indiquées j elles seront propres à faire voir les progrès de l’ossification.
Il serait d’une bien grande utilité pour l’étude del’ostéologie , de disposer des tablettes pour chaque os en particulier, de ranger, par exemple, à la suite les uns des autres, des os maxillaires inférieurs, depuis le trentième jour de la conception, époque à laquelle cornmenceleur ossification , jusqu’à la dernière vieillesse. On pourrait ainsi embrasser d’un seul coup d’œil et suivre rapidement la marche de l’ossification.
(1) Il faut recueillir les graines qui ont servi à désarticuler une tête. On les étend pour les faire sécher; elles peuvent ainsi servir quatre ou cinq fois.
(2) Pour isoler, sans les fracturer, certains os du crâne et de la face, comme le sphénoïde , l’ethmoïde ,l’os palatin , il faut faire attention à la disposition de leurs articulations, et bien connaître leur mode d’enclavement, afin de les ébranler, de les tirer plutôt dans tel sens que dans tel autre. Cette opération exige paifois beaucoup de patience et d’adresse.
saisir de nouveaux rapports, apercevoir de nouvelles différences , augmenter le nombre des faits déjà connus (i).
L’anatomiste doit aussi disposer sur une tablette et mettre en regard les mêmes os appartenant à des sexeS différents , et pris aux diverses périodes de l’existence. Cette préparation lui donnera le moyen de reconnaître les époques précises auxquelles commencent à se distinguer les uns des autres, les os de la femme et ceux de l’homme, et mille nuances délicates qu’il m’est impossible de détailler ici.
C’est encore parmi les pièces relatives au développement des os qu’il faut placer diverses coupes faites sur des os d’animaux qui ont été nourris avec de la garance j des coupes variées destinées à faire voir le mode d’ossification des cartilages de prolongemélit des côtes , de ceux du larynx , etc. , plusieurs pièces d’anatomie pathologique, etc.