INTRODUCTION
Les rapports entre le moral et le physique ont été souvent décrits ; on sait quelle action puissante peut exercer une émotion vive ou une imagination ardente sur certains phénomènes physiologiques ; cette action est complètement indépendante de la volonté. C’est pour ainsi dire un phénomène reflexe. Tous nos organes, toutes nos fonctions sont en effet en rapport anatomique et physiologique avec le centre nerveux cérébre-spinal ; chaque point du corps a son aboutissant dans une cellule nerveuse. Que par un mécanisme quelconque le courant nerveux produit par une sensation extérieure et partant de la périphérie ne soit pas happé à son passage par le moi, par le champ des perceptions conscientes, ce courant agit sur une ou plusieurs cellules nerveuses et va ensuite porter immédiate-
ment l'excitation aux muscles de la défense. Supprimons
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la sensation extérieure : remplaçons-la par une idée: la cellule cérébrale actiounée par cette idée tend à la réaliser en mettant en activité les fibres nerveuses correspondant à sa réalisation à moins que le moi, la perception consciente, ne modifie l’idée ou n'empêche l’acte. IL faut donc écarter ce moi gênant, diminuer son action, si l’on veut que l’idée que l’on a fait pénétrer dans le cerveau réalise immédiatement l’acte correspondant. Cette action se nomme développer la suggestibilité ou l’aptitude à transformer l’idée en acte. Comment la produire et l’exagérer ? « La suggestion, dit Janet, est une opération par laquelle dans le cas d’hypnotisme, et dans certains états de veille, on peut à l’aide de certaines sensations, surtout de la parole, provoquer dans un sujet bien disposé une série de phénomèenes plus ou moins automatiques, le faire parler, agir, sentir comme on le veut, en un mot le transformer en machine. » Or il est remarquable, que dans cet état particulier où l'individu est suggestible, on peut produire sur lui par la parole ou des pratiques matérielles diverses appropriées à chaque individualité, la disparition de certains troubles psychiques, le retour de la sensibilité et de la motilité, exercer en un mot une action thérapeutique considérable.
Nous ne voulons pas dans cette courte étude passer en revue les différentes applications thérapeutiques de la suggestion ; M. le professeur Bernheim dans des observations qu’il a publiées trouve son emploi dans une multitude de
RIRE cas variés parcourant ainsi presque tout le domaine de la pathologie. D’autres au contraire réservent son action à la pathologie nerveuse. Dans tous les cas, ce n’est pas le sommeil qui est l’agent curateur, mais la suggestion qui à pénétré dans le cerveau à la faveur de cet état. Or, d’après M. Pitres, certains sujets hypnotisables ne sont point suggestibles pendant leur sommeil provoqué. Il ne faudrait donc pas supposer d’après lui que l’hypnose développe toujours et fatalement la suggestibilité comme Fontan et Segard le prétendent! En tous cas, nous voudrions démontrer qu’il n’est pas seul susceptible d'augmenter l’automa--tisme cérébral ; que par la suggestion à l’état de veille on peut obtenir des effets tout aussi puissants, du moins chez des névropathes: mais alors en plaçant le malade dans une série de conditions qui développeraient et porteraient à un haut degré sa crédivité, sa foi en la science. Cette foi agissant sur l’inconscient du malade produirait des effets analogues à ceux que produit la foi religieuse. Il existe en effet une grande analogie entre les phénomènes qui accompagnent constamment les guérisons miraculeuses et ceux observés dans la thérapeutique suggestive. Et s’il est indigne pour un homme de science de prendre les allures d’un thaumaturge ou d’un magicien, il ne lui est pas interdit cependant de profiter des données de l’expérience et
de réaliser les conditions voulues pour allier un traitement
1 Fontan et Segard, Eléments de médecine suggestive, 1887.