ÉTATS DE CONSCIENCE VA DIABLES
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abstraites. L’état de conscience s'est modifié! N'est-ce pas là, spontanément et à notre insu, réalisé chez nous un état comparable à l'état hypnotique provoqué ; même exaltation des facultés imaginatives, ou même absorption de l’esprit par une idée, souvent même insensibilité, souvent même amnésie au retour. Le soldat qui, dans la chaleur du combat, ne sent passa blessure, Archimède tué, pendant qu’il méditait, étranger à tout, des problèmes abstraits, ne sont-ce pas là des exemples de concentration nerveuse par une idée, par une émotion, semblables à celle que l’hypnotisme provoque : et ne sommes-nous fias tous, à notre insu et souvent, dans un état analogue?
Peut-être qu’en réalité il n’y a ni un état ni deux états de conscience, mais des étals infiniment variables. Entre l'état de veille parfaite et l'état de concentration parfaite qui constitue le somnambulisme, toutes les variantes existent. Notre cerveau est peuplé de souvenirs qui y sont entassés depuis l’enfance: tous ces souvenirs sont latents, car s’il-; étaient tous éveillés, ce serait un vrai chaos dans notre entendement; mais chacun de ces souvenirs peut renaitre alors que le même état de conscience qui la produit se reproduit.
Ces données de l’observation étant bien sai-ies, il sera tacile de concevoir les idées que je vais présenter sur l'interprétation des suggestions à longue échéance. Certains somnambules ont la faculté de réaliser une suggestion faite en état somnambulique, au jour et à 1 heure indiqués, plusieurs semaines ou même plusieurs mois après la suggestion. Le souvenir de l'ordre donné, latent en apparence pendant ce long intervalle, renaît avec une précision mathématique au moment fixé, elle
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sujet exécute l’acte ou réalise l'hallucination commandée, sans en connaître l’origine.
On n’a essayé, que je sache, aucune explication de ce phénomène singulier, d’une réalité incontestable; les uns, ne pouvant l’expliquer, l’ont nié, refusant obstinément de s’incliner devant l’évidence des faits; d’autres, comme cet abbé qui a écrit dans Y Univers sur les phénomènes hypnotiques, ne trouvant aucune explication plausible, l’ont considéré comme surnaturel; un esprit malin surgirait de l’enfer pour venir en aide à l'opérateur. Les uns manquent, en cette circonstance, d’esprit scientifique; les autres pèchent par absence de modestie et d’humilité. Nier ce qu’on ne peut comprendre, invoquer Dieu ou le Diable pour expliquer ce que le pauvre cerveau humain ne peut concevoir, témoigne d’une certaine suffisance d’esprit qui n’est pas d’un esprit fort. La transmission de la voix humaine articulée avec son timbre et ses inflexions par un fil et une plaque vibrante est un phénomène merveilleux que nous constatons encore mieux que nous ne l’expliquons. Les problèmes de l’infini, de l’éternel sans commencement, de l’espace sans limites, apparaissent à notre entendement humain comme des énigmes dont il ne peut concevoir aucune solution, et cependant cette solution existe. Tous les phénomènes de l’ordre psychique sont des mystères dont le mécanisme nous échappe, et qui ne se réalisent pas moins. Restons humbles avec le sentiment de notre insuffisance, et résignons-nous modestement à ne pas franchir les bornes de notre intelligence.
Si j’ose formuler ici un essai d’interprétation, ou du moins quelques idées pouvant servira la conception du phénomène que je signale, ce n’est pas que j’aie la prétention de résoudre la question ; ma conception n’est
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peut-être pas la vérité. Du moins aurais-je montré qu'une certaine conception du phénomène est possible, ri dégagé ainsi la question de cette apparence mystérieuse et surnaturelle qui répugne à lout esprit scientifique.
Peut-on expliquer les suggestions à longue échéance par une modification organique imprimée à la substance nerveuse qui est le substratum des phénomènes psychiques? Dira-t-on que, dans l’état hypnotique, le cerveau a la propriété de recevoir 1 empreinte de 1 idée suggérée et de subir une modification analogue a celle d'un mécanisme à ressort monte ou tendu de façon à produire un échappement a un moment donné comme un réveil-matin réglé pour sonner a une heure déterminée? D'est une conception qui ne repose, il me semble, sur aucune donnée anatomique ou physiologique connue.
Comme argument à celte comparaison de l’appareil psychique qui préside à la mémoire avec un reveillemalin, on pour ait arguer du fait que beaucoup de personnes ont le pouvoir de se réveiller a l'heure qu'elle» sc sont désignée avant de s’endormir. Ce cerveau aurait donc la propriété de régler d'avance son sommeil pour un nombre d'heures variable et déterminé par lui.
b 'explication me parait autre. L'homme qui s’endort avec l'idée de se réveiller à heure lixe continue pendant son sommeil à avoir celle idée; car le sommeil naturel, pas plusque le sommeil provoqué, n’enlruine l’abolition de la pensée ni celle de la conscience ; nous avons conscience de nous-même pendant le sommeil : nous pensons, nous rêvons, nous travaillons. Beaucoup de sujets parlent en donnant, ils répondent aux questions qui leur sont laites. Il m'est arrivé souvent, trouvant un