‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 133 sur 280 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Applications générales de la doctrine de la suggestion. — Point de vue moral Pt psychologique. — De l’éducation. — Point de vue juridique. — Suggestions criminelles. — Observation. — Des hallucinations rétroactives. — Affaires du Ti.sza-Eslar. — Imbécillité instinctive. — Réponse à M. Paul Janet.

A tous les points de vue, la doctrine de la suggestion, telle que nous l'avons établie sur les faits d’observation, soulève les questions les plus palpitantes, lût psychologie, c’est une révolution ! Que de problèmes cette étude, encore dans l’enfance, n'est-elle pas appelée à résoudre! Jusqu’à quel point la suggestion a-t-elle prise sur les cerveaux les plus divers choisis dans les classes intelligentes raffinées par l’éducation comme dans les classes modestes offrant moins de résistance cérébrale? Jusqu'à quel point les passions, les instincts, les goûts, les facultés psychiques peuvent-elles être modifiées par une suggestion prolongée et habilement conduite, soit à 1 état de veille, soit a I état hypnotique? L'éducation de 1 enfant, les notions et les principes inculqués à son cerveau par la parole et par I exemple, les doctrines philosophiques et religieuses dans lesquelles il e>t bercé dés son plus jeune âge, n’est-ce pas déjà une véritable suggestion a 1 état île veille qui, si elle est méthodiquement pratiquée, dirigée dans un sens uniforme, si elle n’est pas contrecarrée par des idées ou des exemples contradictoires, s'impose souvent avec une force irrésistible ?

23i SUGGESTION PAH L’ÉDUCATION

Les hommes mûrs, dont l’expérience personnelle a plus tard a (Franchi le cerveau, conservent souvent, en dépit de toute leur indépendance d'esprit, de toute leur libre raison, un vieux fonds d’idées dont ils ne peuvent plus se départir, parce qu’elles se sont incarnées dans leur cerveau à la faveur d’une longue suggestion antérieure, bien que ces idées semblent jurer avec les allures nouvelles de leur état psychique. * Sans que l’on s’en rende compte, dit M. Liébeault, on acquiert des notions morales et politiques, des préjugés de famille, de race, etc.; on s’imprègne des idées qui font atmosphère autour de soi. 11 est des principes sociaux et religieux qui ne devraient pas résister devant le sens commun, pour ne pas dire devant la raison, auxquels on croit de bonne foi et que l’on défend commeson propre bien. Ces principes étaient ceux des ancêtres; ils sont mêmes nationaux ; ils se sont incarnés des pères aux (ils ; les détruire parle raisonnement est impossible et, par la force, c’est dangereux; on a beau en démontrer la fausseté; il y a dans les hommes des pensées par imitation qui, tout absurdes qu elles sont, font corps avec eux-mêmes, et finissent par se transmettre de génération en génération, à la façon des instincts. »

Ce qu’une suggestion à l’état de veille peut réaliser sur certains cerveaux jeunes et vierges, la suggestion hypnotique qui supprime le contrôle, l’efleclue de force pour ainsi dire, et comme par effraction, les maîtres du logis étant absents, avec une efficacité bien autrement puissante. Est-il vrai de dire, avec Durand, que le braidisme nous fournit la base d’une orthopédie intellectuelle et morale qui, certainement, sera inaugurée un jour dans les maisons d’éducation et dans les établissements pénitentiaires?

APPLICATIONS .lüRIDIOUES

Au point de vue juridique et médico-légal, que d applications! Quand on voit un sujet tombé spontanément nu mis artificiellement en vie somnambulique, instrument docile et sans volonté aux mains d'un autre, subir toutes les influences, accomplir tous les actes, on ne peut se défendre d une vive émotion ! Et quand un le voit, réveillé île son sommeil hypnotique, exécuter un ordre commandé, croyant le faire de sa propre initiative. on ne peut s’empêcher de répéter avec M. Hibot 1 la phrase de Spinoza : « Notre illusion du libre arbitre n est que l’ignorance des motifs qui nous tout agir. »

Il appartient aux moralistes, aux psychologues, aux médecins légistes de scruter avec courage les grandes questions de cet ordre qui s’imposont à la conscience humaine.

Je veux montrer seulement par un exemple combien les phénomènes de suggestion psychique, tels que 1 expérimentation les a réalisés sur nos sujets, peuvent être exploités dans un intérêt coupable, l/observation Suivante, que je rapporte d’après IV. llespine, est extraite du compte rendu des audiences du fit! et du fil juillet lStifi. des assises de Draguignan :

« Le 31 mars 186fi. un mendiant arriva au hameau de (îuiols(Var . Il avait vingt-cinq ans environ ; il était estropié des deux jambes. Il demanda l'hospitalité au nommé II..., qui habitait ce hameau avec sa fille. Celleci était âgée de vingt-six ans. et sa moralité était parfaite. Le mendiant, nommé Caslellan, simulant la surdimutité, lit comprendre par des signes qu'il avait faim ; on l’invita à souper. Pendant le repas, il se livra à des actes étranges qui frappèrent l’attention de ses hôtes :

Hibot. Les Maladies de la volonté. Paris. 1 883.

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