‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 183 sur 280 · INSUCCÈS DUS A LA NATURE DU MAL · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DUS A LA NATURE DU MAL

L'entrainement suggestif actif réussit là où la simple suggestion passive a échoué.

La thérapeutique suggestive, féconde en résultats heureux dans un très grand nombre de cas, n’est pas infaillible. Même alors qu'elle est maniée avec intelligence et opiniâtreté, elle peut échouer ; la cause de l’échec est inhérente soit à la maladie , soit au sujet.

Je ne parle pas «les maladies incurables dont certaines manifestations peuvent cependant être favorablement amendées par la suggestion. Même dans des affections peu graves, paraissant simplement fonctionnelles, la psycho-thérapeutique hypnotique échoue parfois, bien «pie le sujet soit parfaitement suggestible. Je me rappelle un maçon italien qui. à la suite d’une contusion, avait une douleur lombaire violente depuis plusieurs semaines. Aucune contusion visible, aucune lésion constatable; la douleur seule persistait, réfractaire aux frictions, aux vésicatoires, à l’électrisation. La suggestion, continuée avec opiniâtreté pendant longtemps n‘y lit pas davantage, bien que cet homme tombât facilement en sommeil profond et parût très suggestible.

La lésion, quoique non perceptible, peut exister, et l’action perturbatrice de cette lésion peut être telle «pie le cerveau, même lorsqu'il est mis dans les conditions psychiques les plus favorables, est impuissant à faire acte d’inhibition ou de dynamogénie. Le stimulus qui excite incessamment les cellules motrices ou aesthésodiques, renouvelle sans relâche la cont racture ou la douleur; le cerveau cherche en vain à neutraliser le trouble fonctionnel existant; la cause organique, plus forte que la suggestion , en annihile les effets dynamiques.

D’autres fois, c'est le sujet «pii résiste. Même dans le

DES AUTO-SUGGESTIONNISTES

sommeil hypnotique, nous avons vu que sa volonté n'est pas toujours abolie; il se refuse à accepter la suggestion, ou s'il l'accepte momentanément, il n’en conserve pas l’intluence. Les mélancoliques, les hypocondriaques, certains névropathes sont souvent rebelles au sommeil hypnotique; ils ne se laissent pas influencer. Ce qu’on leur dit ne fait aucune impression sur eux; ou, si chez quelques-uns la suggestion hypnotique réussit, la suggestion thérapeutique peut rester inefficace. Récemment, j’avais à traiter une jeune femme hypochondriaque, accusant entre autres une violente douleur épigastrique qu’elle croyait liée à un cancer utérin, bien qu’on lui eût dit et répété qu'il n’y avait aucune lésion. J’arrivais assez souvent à la mettre en sommeil, quelquefois même en sommeil profond. Pendant une dizaine de jours, je 1 endormais ; je calmais bien par une suggestion énergique sa douleur. Au réveil, elle était bien obligée d’avouer qu’elle n'avait plus ou presque plus mal. Mais elle se hâtait d’ajouter que le mal reviendrait; et, en effet, la douleur revenait, inconsciemment évoquée par son imagination malade.

Récemment j'ai vu à l’hôpital Laennec, au service de M. le I)r Legroux, un homme atteint d'une sorte de lie douloureux des membres inférieurs depuis plusieurs années. Il su ftisait de toucher ces membres et surtout la plante du pied pour déterminer de grands mouvement.' convulsifs de flexion et d’extension fréquents et prolongés pendant un certain temps, accompagnés de douleurs intenses faisant pousser des cris au malade. M. Legroux arrivait par simple suggestion à l’état de veille a neutraliser cette douleur. En affirmant au malade que les douleurs avaient cessé, il pouvait toucher et frictionner la plante du pied indéfiniment sans la

AUTO-SUf.UESTION INCONSCIENTE

moindre douleur. Mais aussitôt que le pauvre homme était abandonné à lui-même, à ses propres suggestions, douleurs et convulsions reparaissaient. Par une suggestion hypnotique vigoureuse, je pus faire marcher cet homme qui n’avait pas marché depuis très longtemps. Je l’obligeai, malgré la résistance qu’il opposait, à se lever, à marcher. En vain il se disait fatigue, s’exécutant île mauvaise grâce : je l’obligeai à trotter pendant plusieurs minutes dans la salle. 11 se recoucha, disant que le mal reviendrait, que son affection était incurable, qu'il sentait bien qu’il paierait cher l’effort qu’il venait de faire. Nul doute que le tic douloureux ne se soit reproduit. Arriverait-on à le guérir par une suggestion opiniâtre prolongée à l’état de veille cl de sommeil, par un entrainement de tous les instants? Je le crois, sans l’affirmer. Chez cette variété de malades, l'autosuggestion est plus forte que les suggestions d'autrui. Ils écoutent leurs sensations intérieures, ils les évoquent, ils ne sont en rapport qu’avec eux-mêmes, ils sont autosuggestionnistes.

J’ai actuellement dans mon service un cas remarquable d’insuccès de ce genre; je le raconte brièvement : c’est un bel exemple d’hystérie locale. Une jeune fille, âgée de vingt-six ans, entre il y a un mois à la clinique chirurgicale pour une entorse tibio-larsienne. Mon collègue, M. Weiss, lui appliqua un appareil inamovible. Au bout de quelques semaines, ayant enlevé l’appareil, il constata que le pied était désenllé, mais tout le membre était rigide et douloureux. Il inc pria de la voir; il y avait contracture et hyperesthésie excessive au moindre toucher. Nous diagnostiquâmes : contracture hystérique provoquée par le traumatisme. Elle ne présentait d’ail-

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