‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 228 sur 280 · SECOUSSES CHORÉIQUES GUÉRIES PAR SUGGESTION · texte numérisé non relu

SECOUSSES CHORÉIQUES GUÉRIES PAR SUGGESTION

Au bout de six semaines, elle reprit son travail. Il y a quinze jours, elle fut reprise plus légèrement, et, depuis ce moment, elle a des secousses brusques localisées dans les bras et les épaules, continues.

Le 17 juillet, elle vint avec Marie NV... Les secousses convulsives sont semblables à celles de sa camarade; elles se répètent toutes les deux secondes. De plus, insomnie. — Le 17, suggestion hypnotique; sommeil profond sans résultat immédiat.

Le 10, deuxième séance : les secousses continuent d'aboi d pendant le sommeil; puis, au bout de six à dix minutes, elles deviennent de plus eu plus rares et disparaissent. Elles ne reparaissent plus au réveil. Dans la journée, elle a encore quelques secousses, mais bien moindres comme intensité et comme fréquence. A bien dormi ces deux nuils. Nous recommandons, en outre, de séparer les deux jeunes lilles, alin d’éviter l’influence réciproque suggestive par imitation.

Le 21, nouvelle suggestion. Depuis, elle n’a eu aucune secousse.

Le 23, i l m. Elle reste complètement guérie.

Observation XLVIII. — Secousses choréiques datant >le onze

jours, (luérison par suggestion en tr is séances. Rechute au

bout de si.c semaines. Guérison en quelques séances.

M11*-' J..., institutrice, âgée de trente-deux ans, vient me voir le 17 février 1887 pour des secousses choréiques dans la jambe et le bras droit. Le 4 février, elle fut assez grossièrement, parait-il, admonestée par l'inspecteur d’Académie, venu dans sa classe. Vivement impressionnée, elle ressentit, dans la journée et le lendemain, des maux de cœur, avec envies de vomir ; elle ne put presque rien manger ; en même temps, picotements d’aiguilles dans les deux bras pendant toute la journée Dans la nuit du 5 au 0, elle fut comme perdue pendant une heure, ne sachant pas où elle était. Le ü février, elle fut prise de secouses choréiques dans le bras et la jambe droits, secousses qui augmentèrent les jours suivants, le 7, le 8 et surtout le U, continues : la malade ne dort presque pas; ces secousses ont continué jusqu'à ce jour. I.es maux de cœur ont diminué depuis le 13 ; elle y est d’ail-

OUSKIl VATIO.N

leurs sujelte depuis des années. Mais Mlle J..., quoique très impressionnable, n’a jamais eu antérieurement ni chorée, ni autre affection nerveuse.

Actuellement, t7 février, elle présente des secousses incessantes dans la jambe, soit mouvements de latéralité, soit llexion du pied; mêmes secousses dans la main droite se propageant à tout le membre; elle a une ou deux secousses par seconde ; elle écrit difficilement et son écriture est irrégulière. En même temps, sensation de picotements douloureux dans le même bras du côté droit. Je l’endors séance tenante ; elle entre facilement en somnumbu Usine, Après trois ou quatre minutes, par suggestion , les secousses ont cessé. Au réveil, elles reparaissent, mais en petit nombre, une par minute environ. Une seconde séance les arrête complètement. Elle écrit très facilement et son écriture est bonne, très régulière.

Le 19, elle dit avoir été bien à son aise hier; les picotements dans les jambes ont cessé. Les secousses ont cessé jusqu’à ce matin à 9 heures; depuis, nouvelles secousses, environ onze par minutes. La malade reste calme quelquefois pendant un quart d’heure ou une demi-heure, puis recommence. — Nouvelle suggestion hypnotique pendant laquelle les secousses s’arrêtent ; plus rien au réveil.

21. — Avant-hier a eu quelques aiguillettes, dit-elle, dans le cou-de-pied, pendant une heure, sans secousses. Hier, 22, a eu trois secousses dans toute la journée. Ce matin, une seule; n’éprouve pas de douleur, la jambe est seulement un peu lourde.

2a. — Va bien, plus de secousses. Se dit guérie.

Mlle J... revient me voir le 8 avril. Il y a une dizaine de jours, à la suite d’émotions vives, elle a eu de nouveau, à 6 heures du soir, les secousses du bras et de la jambe pendant une demi-heure à une heure. Depuis trois jours, elle a une dizaine de secousses dans la journée. Depuis huit jours, des élancements douloureux dans l’épaule droite jusqu’aux doigts durant un quart d'heure à une heure, se répétant cinq ou six fois par jour. Cependant, elle dort fort bien la nuit, a été agitée pendant une nuit la semaine dernière. — Suggestion.

21 avril. — Après la dernière séance, elle n'a plus rien ressenti jusqu’au 13. La douleur de l'épaule a complètement

SECOUSSES CHORÉIQUES

disparu. Mais, ce jour-là, elle a été reprise de son tremblement nerveux qui, depuis, revient tous les soirs, une seule fois par jour, durant de cinq minutes à une demi-heure. Ce matin, épouvantée par une personne qui entra brusquement dans la salle sans qu’elle s’y attendit, elle fut prise de tremblement qui est constant depuis.

Pur suggestion, ce tremblement disparaît.

Dans la suite, MUe J... revient encore cinq ou six fois, tous les cinq ou six jours, me voir ; elle a encore, de temps en temps, des secousses qui ne l’empêchent pas de faire sa classe. Elle en est chaque fois délivrée par la suggestion, et après trois ou quatre séances, elle en est totalement débarrassée. J'ai eu de ses nouvelles le 20 octobre ; elle n’a plus eu la moindre secousse.

Observation XI. IX. — Tremblement de la main gauche consécutif à une chorée, et impossibilité d'écrire de cette main.

Guérison en deux séances hypnotiques.

Claudine I)..., Agée de quinze ans, in’a été amenée, le 21 juillet 1884, par deux de ses amies, ouvrières du même atelier, et que je venais de debarrasser en quelques séances par suggestion hypnotique de secousses choréiques.

Habituellement bien portante, Claudine D..., qui ne parait pas nerveuse outre mesure, fut prise, en février 1884, de chorée par imitation, la quatrième de l’atelier. Cette chorée généralisée occupait la tête, le tronc et les membres ; la malade se mordait la langue. Au bout de six semaines, après avoir pris quinze bains sulfureux, elle fut complètement guérie.

Il y a quinze jours, elle lut reprise de chorée généralisée. Depuis huit jours, elle n'a plus qu'un tremblement incessant latéral rythmique, occupant lp main, le bras et l’épaule gauches Plus on veut arrêter ce tremblement, plus il s’exagère. Sauf cela, santé parfaite. Elle écrit très bien de la main droite :

OBSERVATION

De la main gauche, si elle veut écrire son nom. elle ne fait qu’un enchevêtrement de traits inextricable :

Le tracé d’une ligne fait de cette main enregistre son tremblement :

Je l’hypnotise, après avoir endormi ses deux amies devant elle ; elle n’arrive qu’au second degré du sommeil hypnotique (c’est-à-dire résolution, catalepsie suggestive incomplète, pas de mouvements automatiques ; souvenir parfait, au réveil). J’affirme que le tremblement va disparaître, que la main gauche fonctionne comme la droite ; je lais quelques frictions sur la main.

Le tremblement persiste d’abord, et je ne pense pas obtenir un résultat immédiat ; mais au bout de quelques minutes, le tremblement commence à diminuer ; il est remplacé successivement par des secousses de plus en plus éloignées, puis disparait. Je fais écrire à la malade son nom et je lui fais tracer une ligne pendant son sommeil, les yeux fermés et elle y réussit très bien.

Je la réveille au bout de douze minutes environ. Elle écjit

TREMBLEMENT CHORÉIQUE

très bien son nom de la main gauche et trace bien une ligne après son réveil.

Au bout de trois minutes, une nouvelle ligne tracée commence déjà un peu à trembler.

Aussitôt après le réveil, le tremblement avait disparu; mais, à peine dans la rue, nous dit-elle le lendemain, le tremblement a reparu comme avant.

Le 22, lendemain, Claudine revient. Le tremblement existait de nouveau aussi marqué qu’avant. Elle ne peut plus écrire de la main gauche. Voici le nom écrit de la main gauche et une ligne tracée avant la seconde séance :

Je 1 hypnotise de nouveau, en présence des élèves; je lu» suggère énergiquement que le tremblement va s arrêter et qu'elle va écrire très bien.

En quelques minutes, le tremblement disparaît de nouveau comme la veille; et je la lais écrire pendant son sommeil, les veux fermés. Voici l’écriture de la main gauche pendant le sommeil et une ligne tracée pendant le sommeil :

Ou voit sur ce tracé que le tremblement a totalement disparu ; je la laisse dormir un quart d’heure, lui affirmant que le tremblement ne reviendra pas, que sa main est sôre d’elle-même, etc.

A son réveil, pas le moindre tremblement : écriture et ligne tracées nettement. Voici l’écriture de la main gauche et une ligne tracée après le réveil :

La guérison s est maintenue après cette seconde séance. Noici encore, le 23, le spécimen de son écriture de la main gauche :

Cette jeune fille est encore venue trois fois, sur notre demande, à l'hôpital, se faire hypnotiser; la guérison ne s’est pas démentie.

Observation L. — Troubles des mouvements de l’écriture consécutifs à une chorée. Guérison pur une seule séance de suggestion hypnotique.

Henri Crosse, âgé de seize ans, de llayange (Alsace-Lorraine), vient avec sa mère me voir le 5 juin 1884. Voici son histoire : à l'âge de dix ans, il eut une première atteinte de chorée qui le tint pendant quatre mois. A douze ans et demi, il en eut une seconde qui dura trois mois, généralisée, violente, agitant les membres, le tronc, la face, la langue, avec impossibilité de parler. Cette atteinte avait été précédée pendant un mois d’un rhumatisme articulaire aigu. A quatorze ans, nouveau rhumatisme poly-arliculaire fébrile occupant toutes les jointures pendant six mois, y comprises celles du cou, qui

TKOUBLES GRAPHIQUES CHORÉIQUES GUÉRIS

est resté un peu raide depuis lors; il eut en même temps de l’oppression avec battements de cœur.

En février dernier, il lut repris de chorée; pendant un mois, agitation désordonnée très grande, limitée aux membres supérieurs. Depuis le mois de mars, ces mouvements diminuèrent graduellement d’intensité et disparurent depuis; mais il ne peut plus écrire, il a été obligé d'interrompre ses études, et c’est pour cela qu'il vient me consulter. 11 a subi divers traitements; pendant le mois de février, il prit du bromure pendant trois semaines, puis du sirop de chloral qui a calmé l'agitation. Durant le mois de mars, il prit du tartre slibié, puis de l’arsenic pendant trois semaines. Pendant les mois d'avril et de mai, des pulvérisations d’éther furent faites consciencieusement sur le rachis deux fois par jour. I.’agitation choréique avait cessé, mais les mains restèrent maladroites pour les choses un peu délicates; il ne peut ni écrire ni arranger son nœud de cravate.

Actuellement, 5 juin, c’est un garçon lymphatique, assez grand, timide, parlant peu; l’intelligence est cependant nette, il mange bien et dort bien; on ne surprend aucun mouvement choréique, à peine de légers soubresauts dans la main. Les mouvements de rotation de la nuque sont un peu douloureux ; souille doux à la pointe du cœur qui fonctionne bien et n’est pas hypertrophié. Je le fais écrire au crayon, après l'avoir mis à sou aise. Voici le décalque de sou écriture (page 482).

Je propose à sa mère d’endormir son enfant; elle y consent. Le premier essai ne réussit pas : il fronce les sourcils, cligne des paupières, prétend qu’il ne peut dormir. Alors j endors sa mère qui s’y prête facilement devant lui. La voyant dormir d’un sommeil calme, il se laisse aller facilement, et en trois minutes est en résolution ; ses membres restent en résolution, si je les soulève. Je lui suggère alors verbalement qu il est guéri, que sa main ne tremble plus, qu il va très bien; je repète cette suggestion à plusieurs reprises. Au bout de dix minutes, je le réveille et le fais écrire.

Voici le résultat (page 483) ; il n’est pas encore brillant.

OBSERVATION

Je constatai que l'enfant avait été en sommeil profond ou somnambulisme, c’est-à-dire sans souvenir au réveil. Sachant que dans ce sommeil profond on obtient quelquefois des résultats immédiats, je lui propose de l’endormir une seconde fois et je le remets en moins d’une minute en somnambulisme. Alors je répète et j’accentue davantage l'affirmation qu’il va écrire très bien; et pour rendre cette suggestion plus efficace, je lui donne un crayon en main, je lui dis : * Voici un crayon; tu le tiens très bien, d’une main sûre et solide. » Je place un papier devant son crayon, et je le fais écrire son nom pendant le sommeil. 11 écrit d’abord son nom Grosse.

Je dis : « Tu écris mieux ton prénom »; il écrit Henri.

Je dis : « Encore mieux »; il écrit Hayange.

TROUBLES GRAPHIQUES GUÉRIS PAR SUGGESTION 485 Je dis : « Encore mieux, calligraphie »: il écrit Grosse.

Tout cela est écrit les yeux fermés. Je lui affirme qu à son réveil il écrira mieux; je lui fais dire à lui-même qu'il est et restera guéri : que sa main conduira la plume sans hésitation. Au bout de douze minutes environ, je le réveille; il ne se souvient de rien. Et voici ce qu'il a écrit à son reveil (page 486).

Le soir même, il écrit, d une main assurée, une longue lettre à son père. Je le revois le lendemain, G juin. La guérison s’est maintenue.

Voici son écriture avant toute nouvelle hypnotisation (page 487).

Je l’endors une dernière fois, la guérison ne s’est pas démentie. Le 9 juillet, je reçois une lettre de lui. où- il me remercie de sa plus belle écriture, digne d’un professeur de calligraphie.

Observation I I (recueillie et relatée par M. Beaunis, G'iz. médicale de Paris, 1884). — Mouvements choréiques des mains. — Troubles de l'écriture. — Guérison par suggestion hypnotique.

Victorine L..., âgée de douze ans et demi, d'un tempérament lymphatique, mais forte et bien constituée, est atteinte d'une hémichorée droite sur laquelle sa mère me donne les renseignements suivants :

Première atteinte. — A quatre ans et demi, à la suite d’une frayeur, elle fut prise d'une chorée généralisée très intense. L'enfant ne pouvait ni marcher, ni articuler les mots, ni presque manger. En outre, le mal s’aggravait à certains moments de la journée ; ces crises ou ces accès duraient dix à quinze minutes et se répétaient six à sept

OBSERVATION

fois par jour. La durée de celte première atteinte fut de trois mois. Les douches d’eau froide furent le seul traitement employé.

Entre six et sept ans, douleurs articulaires.

Deuxième atteinte, à sept ans et demi. — Elle fut aussi forte que la première et offrit les mêmes caractères; mais elle ne dura que six semaines. Même traitement.

Troisième atteinte, à neuf ans et demi. — Le côté droit seul fut pris; six à sept accès par jour; durée : six semaines. Pas de traitement.

Quatrième atteinte, à onze ans et demi. — Même forme hémi-choréique; même <1 urée ; toujours six à sept accès par jour, pas de traitement.

Cinquième atteinte, à douze ans et demi. — Le premier accès eut lieu le 2? mai et fut suivi dans la môme journée de six accès très violents. Le 28 et le 29, même nombre d’accès et aussi violents. Le 30, dans la matinée, elle a eu deux accès violents; sa mère l’amène ce jour-là chez M. le Dr Liébeault, qui l’endort pour la première fois. Elle a encore deux accès dans l'après-midi, mais moins forts.

Le 31, elle est soumise au sommeil provoqué; un seul accès léger qui fut le dernier.

Le 9 juin, à la suite d’une frayeur, les mouvements choréiques reparaissent, avec moins d’intensité cependant. Mais les mouvements sont très désordonnés, surtout dans la main et dans le bras. Sa mère la ramène pour la faire endormir.

Je me trouvais ce jour-là chez M. Liébeault. M. le professeur Bernheim m’avait précisément communiqué quelques jours auparavant un cas de chorée dans lequel l'hypnotisme avait réussi, en une séance, à faire cesser le désordre des mouvements de la main et à permettre l’écriture, impossible auparavant. J’en fis part à M. le Dr Liébeault et je le priai d’essayer la même épreuve sur la petite malade. 11 y consentit immédiatement.

Je dis à Victorine L... d’écrire son nom. Malgré toutes ses tentatives, l’enfant, très intelligente et très docile, du reste, n’arrive qu’a faire un gribouillage informe dans lequel on

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