‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 173 sur 265 · INSUCCÈS DUS AU SUJET · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DUS AU SUJET

acte d’inhibition ou de dynamogénie. Le stimulus qui excite incessamment les cellules motrices ou ae-thésodiques, renouvelle sans relâche la contracture ou la douleur; le cerveau cherche en vain à neutraliser le trouble fonctionnel existant ; la cause organique, plus forte que la suggestion, en annihile les effets dynamiques.

D’autres fois, c’est le sujet qui résiste. Même dan? le sommeil hypnotique nous avons vu que sa volonté n est pas toujours abolie; il se refuse à accepter la suggestion , ou s’il l’accepte momentanément, il n'en conserve pas l’influence. Les mélancoliques, les hypochondriaques, certains névropathes sont souvent rebelles au sommeil hypnotique ; ils ne se laissent pas influencer. Ce qu’on leur dit ne fait aucune impression sur eux; ou si chez quelques-uns la suggestion hypnotique réussit, la suggestion thérapeutique peut rester inefficace. Récemment, j’avais à traiter une jeune femme hypochondriaque, accusant entre autres une violente douleur épigastrique qu’elle croyait liée à un cancer utérin, bien qu’on lui eût dit et répété qu'il n’y avait aucune lésion. J arrivais assez souvent àla mettre en sommeil, quelquefois même en sommeil profond. Pendant une dizaine de jours, je l’endormais; je calmais bien par une suggestion énergique sa douleur. Au réveil, elle était bien obligée d’avouer qu'elle n’avait plus ou presque plus mal. Mais elle se hâtait d’ajouter que le mal reviendrait; et en effet, la douleur revenait, inconsciemment évoquée par son imagination malade.

Récemment j’ai vu à l'hôpital Laennee, au service de M. le Dr Legroux, un homme atteint d’une sorte de tic douloureux des membres inférieurs depuis plusieurs années. Il suffisait de toucher ces membres et surtout la plante du pied pour déterminer des grands mouvements convulsifs, de flexion et d'extension, fréquents et prolongés pendant un certain temps, accompagnés île douleurs intenses faisant pousser des cris au malade. M. Legroux arrivait par simple suggestion à l’état de veille à neutraliser cette douleur, lin a ffi rmanl au malade que les douleurs avaient cessé, il

DES AUTO-SUGGESTIONNISTES

pouvait toucher et frictionner la plante du pied indéfiniment sans la moindre douleur. Mais aussitôt que le pauvre homme était abandonné à lui-même, à ses propres suggestions, douleurs et convulsions reparaissaient. Par une suggestion hypnotique vigoureuse, je pus faire marcher cet homme qui n’avait pas marché depuis très longtemps. Je l’obligeai, malgré la résistance qu’il opposait, à se lever, à marcher. En vain il se disait fatigué, s’exécutant de mauvaise grâce : je l’obligeai à trotter pendant plusieurs minutes dans la salle, lise recoucha, disant que le mal reviendrait, que son affection était incurable, qu’il sentait bien qu’il paierait cher l’effort qu’il venait de faire. Nul doute que le tic douloureux ne se soit reproduit. Arriverait-on à le guérir par une suggestion opiniâtre prolongée à l’état de veille et de sommeil, par un entraînement de tous les instant? Je le crois, sans l’affirmer. Chez cette variété de malades, l’auto-suggestion est plus forte que les suggestions d’autrui. Ils écoutent leurs sensations intérieures, ils les évoquent, ils ne sont en rapport qu’avec eux-mêmes, ils sont auto-suggestionnïstes.

J ai actuellement dans mon service un cas remarquable d’insuccès de ce genre; je le raconte brièvement : c’est un bel exemple d’hystérie locale. Une jeune fille, âgée de vingt-six ans, entre il y a vingt mois à la Clinique chirurgicale pour une entorse tibio-tarsienne. Mon collègue, M. Weiss, lui appliqua un appareil inamovible. Au bout de quelques semaines, ayant enlevé l'appareil, il constata que le pied était désenflé, mais tout le membre était rigide et douloureux. Il me pria de la voir; il y avait contracture et hyperesthésie excessive au moindre toucher. Nous diagnostiquâmes : contracture hystérique provoquée par le traumatisme. Elle ne présentait d’ailleurs et n’avail jamais présenté aucune autre manifestation hv-térique.

J’essayai de l'hypnotiser; elle s’y prêta de mauvaise grâce, disant que cela ne servirait à rien ; j’arrivai cependant à l’endormir deux ou trois fois en sommeil assez profond. Mais la contracture douloureuse persis-

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