TRISTESSE ET INSOMNIE GUÉRIES PAR SUGGESTION
Après deux opérations et un traitement local approprié elle me quitta complètement guérie de son affection de I oreille. Sous ] influence d une médication reconstituante de vin de quinquina et de pilules d'iodure de fer, les couleurs étaient revenues,
Cette jeune personne vint me retrouver au mois de novembre 1885, me priant de lui donner un médicament pour dormir. Pressée de questions sur la cause de cette insomnie, elle m’avoua que depuis trois semaines, elle mourait d’ennui et de tristesse; pleurant la nuit et le jour, elle avait perdu l’appétit et le sommeil: des idées de suicide la prenaient par moments. Elle ne savait trop à quoi attribuer cette profonde tristesse; pourtant elle avait eu quelque temps auparavant quelques chagrins et déceptions; elle me signala surtout la fréquentation d’une parente qui, pendant quelques mois de sa grossesse, était en visite chez elle et était atteinte d’idées noires, à laquelle j’avais aussi donné des soins. Il faut dire aussi que sans présenter ellemême de troubles hystériques, Müe W.., appartient à une lamille où il y a eu des affections nerveuses.
Je proposai à MHe W... le traitement par l’hypnotisme, qu elle accepta. Séance tenante, je tentai de l’endormir, Quoiqu’elle n’atteignit qu’un léger degré de sommeil, je lui suggérai par une affirmation énergique que j’allais la guérir. Je répétai huit jours de suite le même traitement. Le troisième jour elle tomba dans un sommeil plus profond, quoiqu'elle n entrât jamais en somnambulisme. L’état général s’améliora de plus en plus, le sommeil revient et avec lui 1 appétit et la gaîté. Sa jeune sœur, qui l’accompagnait, me remercia tous les jours des eflets heureux de la médication hypnotique.
Elle revint encore me voir à divers intervalles. Après avoir chassé successivement de son cerveau les idées de tristesse et de suicide et y avoir fait éclore des idées riantes et agréables, je parvins aussi à rétablir l’équilibre mental. Une dernière idée, la plus tenace me lut signalée par Mlle W ... : elle ne pouvait comprendre comment elle était ainsi exposée à des idées noires et se demandait si une influence héréditaire quelconque la menaçait du retour dé semblables accidents. Je parvins, au bout de,quelques séances et non sans peine, à faire cesser cette inquiétude. Je suggérai à Al115 W..., qui est d’ailleurs fort intelligente, d’oublier complètement cette maladie passagère et de se figurer qu elle n avait jamais été malade. En trois semaines
OBSERVATION
de traitement, M110 W... fut totalement guérie et la guérison s’est maintenue jusqu’à ce jour.
M. le Dr Lévy ajoute les réflexions suivantes :
L’état lypémaniaque qui s'était développé chez notre sujet et qui menaçait d’atteindre un haut degré de gravité aélé si rapidementet si heureusement dissipéque jen'hésite pas à affirmer qu’aucune médication n'eût pu arriver à un tel résultat. Cet heureux effet s’est produit dès le début et avant que la malade ne fût tombée dans un sommeil profond. Le Dr Liébeault nous a certifié que cet effet s’observe souvent chez des sujets à peine endormis.
J’attribue en partie l’autorité et l'influence que j'ai obtenue sur cette personne à l’affirmation énergique de la guérison à la première séance. En effet, je lui dis : « Je vais vous endormir et vous serez bientôt guérie complètement ». La malade me dit aussitôt avec un gros soupir : « Ah! mon Dieu! si c’était vrai! » Cette expression montre aussi l’influence émotive profonde que mon affirmation avait exercée sur la malade.
Observation XXV [II. — Insomnie par habitude contractée. — Effet favorable, sans succès complet, de la suggestion.
G..., âgé de cinquante-six ans, farinier, entre à l'hôpital le 26 octobre 1884, pour une bronchite chronique avec emphysème et pneumonie interstitielle chronique, due à la respiration de poussière de farine et de silice auxquelles il est exposé en taillant les meules. C'est un homme de constitution moyenne, lymphatique, nullement nerveux. Je n’insiste pas sur les détails de son altection thoracique qui ne nous intéresse pas. Il a cessé de travailler depuis un mois; comme meunier, il avait l’habitude de se lever à deux heures du matin, et depuis qu’il ne travaille plus, il continue à se réveiller à cette heure et ne peut se rendormir.
C'est pour corriger cette insomnie que j’essaie la suggestion hypnotique. Un premier essai le 28, ne produit que de l’engourdissement ; un second essai immédiatement après, le met en sommeil profond sans souvenir au réveil. Je lui suggère de ne pas se réveiller la nuit.