ROUGEUR ET VÉSICATOIRE PAR SUGGESTION
commençait à apparaître au point indiqué, puisaugmentait peu à peu et après avoir persisté pendant dix minutes ou un quart d'heure, disparaissait graduellement. On peut du reste par suggestion la faire persister longtemps.
Chez certains sujets, on peut faire plus; on peut faire une vésication par suggestion hypnotique. M. Focachon, pharmacien à Charmes, nous a montré le phénomène chez une somnambule qu’il amena à Nancy pour que nous pussions contrôler l'expérience. Pendant son sommeil, on lui applique à 1 1 heures du matin, sur l'épaule gauche, huit timbres-poste, en lui suggérant qu’on lui applique un vésicatoire. Le sujet est laissé endormi toute la journée ; on ne le réveille qu’à l’heure des repas ; elle n’est pas perdue de vue. Elle est endormie pour la nuit en lui suggérant qu'elle nese réveillera que le matin à sept heures. Ce jour à huit heures et quart, le pansement est enlevé ; les timbres-postes n’ont pas été dérangés ; dans l'étendue de A sur o centimètres, on voit l'épiderme épaissi et modifié, blanc jaunâtre; seulement l’épiderme n'est pas soulevé et ne forme pas de cloche; il est épaissi, un peu plissé et présente en un mot l’aspect de la période qui précède immédiatement la vésication proprement dite. Cette région de la peau est entourée d'une zone de rougeur intense avec gonflement. La personne retourne à Charmes, avec M. Focachon; à quatre heures du soir, quatre ou cinq phlyctènes étaient développées; quinze jours après, le vésicatoire était encore en pleine suppuration.
M. Focachon a réussi chez une autre personne la même expérience : la vésication s’est produite en quarante-huit heures.
M. D umontpallier, ayant essayé de reproduire cephénomène a observé plusieurs fois non pas de la vésication, mais une élévation notable de température.
Enfin, chez certains sujets, on peut provoquer par suggestion des hémorrhagies et des stigmates sanguinolents.
MM. Bourru et Burot, de Rochefort, ont expérimenté
HÉMORRHAGIES PAR SUGGESTION
à ce point de vue sur un jeune soldat de marine hystéroépileptique. L’ayant mis en somnambulisme, M. Bourru lui fit la suggestion suivante : « Ce soir, à quatre heures, après être endormi, tu te rendras dans mon cabinet, tu t’assoieras dans le fauteuil, tu te croiseras les bras sur la poitrine et lu saigneras du nez. » A l’heure dite, il fit la chose ; de la narine gauche on vit suinter quelques gouttes de sang.
Un autre jour, le même expérimentateur traça le nom du sujet sur les deux avant-bras, avec l’extrémité mousse d’un stylet de trousse ; puis il lui dit, une fois plongé en somnambulisme : « A quatre heures, ce soir, tu t’endormiras et tu saigneras au bras sur les lignes que je viens de tracer, et ton nom sera écrit sur tes bras en lettres de sang ». A quatre heures, on l’observe, on le voit s’hypnotiser; au bras gauche, les caractères se dessinent en relief et en rouge vif, et quelques gouttelettes de sang perlent en plusieurs endroits. Trois mois après, les caractères étaient encore visibles, bien qu’ils eussent pâli peu à peu.
Le Dr Mabille, un de nos anciens et excellents élèves, directeur de l’asile des aliénés de Lafond près La Rochelle, répéta sur ce malade recueilli à l'asile, les expériences de Rochefort, et renouvela celui des stigmates. Il obtint chez lui une hémorrhagie instantanée sur une région déterminée du corps. 11 constata aussi chez ce sujet un accès de somnambulisme spontané où le malade, dédoublant pour ainsi dire sa personnalité, se suggéra à lui-même des stigmates hémorrhagiques au bras, répétant ainsi le phénomène merveilleux de la fameuse anto-suggestioniste stigmatisée Louise Lateau.
Il semble donc démontré par ces quelques faits que la suggestion peut agir sur la fonction cardiaque et sur l’innervation vaso-motrice. Toutefois, les phénomènes de cetordre se réalisent plus rarement ; ils sont exceptionnels et s'obtiennent chez certains sujets seulement. J’ai essayé inutilement chez beaucoup de les reproduire. Cesfaitssuffisent cependant à établir que le cerveau alors qu'il est dans un état de concentration psychique spéciale, peut influen-