‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 70 sur 265 · ILLUSIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

ILLUSIONS EXPÉRIMENTALES

au dehors par l’action de compter à haute voix. L'aimant a opéré le transfert de cette excitation dans la partie symétrique du cerveau droit; la circonvolution correspondante de ce côté n’est pas affectée à la parole; la malade s’est tue. » (Revue philosophique, janvier 1883.)

Je défie qui que ce soit de reproduire ces phénomènes, dans des conditions telles que la suggestion ne puisse pas intervenir. Et c’est sur des expériences de ce genre que M. Binet édifie des théories de psychologie dite expérimentale.

Est-il utile de dire que, chez aucun de mes hypnotisés, je n'ai vu le transfert s’accompagner spontanément d'une douleur de tête localisée? Mais, chaque fois que j’annonçais qu’une douleur se produirait à tel ou tel point du cuir chevelu, le sujet la ressentait. Un second sujet hypnotisé la manifestait quelquefois spontanément quand il l’avait vue exprimée par le premier. Je n’ai pu davantage, en dehors de la suggestion, déterminer aucun phénomène par pression exercée sur certains points du crâne. Voici, par exemple, une de mes somnambules endormie. Je presse le crâne successivement en divers points ; rien. Je dis : « Maintenant, je vais loucher la région du crâne qui correspond aux mouvements du bras gauche, et ce bras va entrer en convulsion ». Cela dit, je touche un point arbitraire du cuir chevelu; aussitôt le bras gauche est agité de secousses.

Je dis : « Je presse plus fort et l’excitation fera place à la paralysie », le bras tombe inerte. Je provoque de même des convulsions localisées dans un côté de la face.

J’annonce que je vais produire de 1 aphasie en touchant la région qui correspond à la parole ; je touche une région quelconque du crâne et le sujet ne répond plus à nos questions; il répond aussitôt quej éloigne la main du crâne. Ceci fait, j’annonce que je vais toucher d'une autre façon de manière à exciter au lieu de paralyser; la parole sera plus facile et la personne alors de répondre à mes questions de la façon suivante : « Comment vousappelez-vous? » — «■ Marie, Marie, Marie, Ma-

IMAGE RÉELLE ET IMAGE SUGGÉRÉE loi

rie ». — Comment allez-vous? » — « Bien, bien, bien bien, bien ». — Vous n’avez pas mal ?» — « Du tout, du tout, du tout, du tout. »

11 est bon d'ajouter que beaucoup de somnambules ont une finesse de perception très grande ; le moindre indice les guide; sachant qu’ils doivent réaliser la pensée de l'hypnotiseur, ils s’ingénient à la deviner. Si on a répété plusieurs fois sur le même sujet des expériences de transfert, il devine aisément qu’il doit transférer tel ou tel phénomène; et, sans qu'on dise rien devant lui, il peut saisir dans l’attitude expectante de l’opérateur ou dans un autre indice quelconque, si le transfert doit être opéré.

Si j'insiste un peu sur ces faits, si j’accentue mes observations critiques, c’est qu’elles visent dans son fondement même la doctrine des phénomènes hypnotiques.

Aussi veux-je encore relater ici quelques expériences que nous avons faites avec mon collègue Charpentier, sur l’image hallucinatoire; rien ne démontre mieux que ces expériences, combien la suggestion est facile, et l’observation trompeuse.

On peut suggérer à beaucoup de somnambules pendant leur sommeil, qu’ils verront à leur réveil telle ou telle chose, et l’hallucination peut se réaliser avec une netteté telle que le sujet la confond avec la réalité. Or, MM. Féré, Binet et Parinaud ont conclu de leurs expériences que cette image se comporte comme une image réelle, obéissant aux lois de l’optique; un prisme par exemple la dédouble. Autre exemple : Si on colore par suggestion des cartons en vert et en rouge, et si on superpose par un des procédés connus, ces deux teintes, le sujet voit la teinte grise résultante, qui est produite par le mélange de ces deux couleurs complémentaires.

Ces résultats sont-ils exacts? L’image suggérée se comporte t elle ainsi qu’on l’a prétendu, comme le ferait une image réelle, objective, traversant l’appareil visuel périphérique, la rétine et le nerf optique jusqu’au centre sensoriel de l’écorce cérébrale? Ou bien

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