‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 93 sur 265 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

Conception théorique de l’auteur sur l’interprétation des phénomènes de suggestion. — De l’automatisme dans la vie habituelle, actes réflexes; actes automatiques instinctifs. — Automatisme chez le nouveau-né et chez l'adulte. — Influence modératrice de l’organe psychiqne. — Des illusions sensorielles ' rectifiées par l’organe psychique. — Expériences d’A. Maury. — Des hallucinations hypnagogiques. — De la crédivité. — Des suggestions sensorielles par imitation. De l’obéissance automatique. — Influence de l’idée sur l’acte. — De la doctrine de Despine : abolition de l’état de conscience. — L’état de conscience persiste. — Exaltation de l’excitabilité réflexe idéo-motrice, idéo-sensitive, idéo-sensorielle. — Des suggestions négatives. — Inhibition. — Du sommeil par suggestion, par fatigue des paupières, par occlusion des yeux, par impression monotone faible, continue. — De la suggestion sans sommeil. — Classification de Chambard des diverses périodes du sommeil hypnotique. — Objections. — Essai d’interprétation des souvenirs latents et des suggestions à longue échéance.

Nous avons établi que les phénomènes déterminés dans l’état hypnotique et dans l’état de veille ne sont pas dus à un fluide magnétique, à une émanation quelconque allant d’un organisme à un autre, mais que tout est dans la suggestion, c'est-à-dire dans l’influence pro- * voquée par une idée suggérée et acceptée par le cerveau.

Ce qui frappe le plus chez le dormeur, c’est son automatisme ; sa catalepsie est suggestive; l'altitude qu’on lui donne, il la conserve; les mouvements qu'on lui imprime, il les continue ; les sensations inculquées à son cerveau, il les perçoit; les images qu’on y dépose sont réalisées et extériorées par lui.

Il semble qu’il y ait là, à première vue, un état complètement différent de l’état normal, un état contre na- ' ture, antiphysiologique. L'homme, à l’état de veille, ne

UK L’AUTOMATISME

voit que ce qu’il voit, ne fait que ce qu’il veut, n’obéit qu’à ses suggestions spontanées et personnelles! Voilà l’impression première. Et cependant, si l’on réfléchit un peu, on ne tarde pas à se convaincre que la contradiction n’est pas absolue; la nature ne déroge pas à ses lois; celles qui régissent l’organisme normal régissent aussi l’organisme modifié expérimentalement et pathologiquement.

Beaucoup d'actes se font automatiquement, sans notre volonté ou sans notre conscience, dans noire vie habituelle. Les fonctions propres de la moelle épinière s’exercent à notre insu ; les phénomènes complexes de la vie végétative, la circulation, la respiration, la nutrition, la sécrétion, les excrétions, les mouvements du tube digestif, la chimie vivante de l’organisme, s’opèrent silencieusement par un mécanisme dont nous n’avons pas conscience. On sait que l’impression transmise par un nert sensitil peut se réfléchir à travers les cornes grises de la moelle, sans passer par le cerveau ; le mouvement suit l’impression non perdue, ou la sensation, sans être voulu : c’est l’acte réflexe spinal ; c’est l’automatisme spinal qui commande ce mouvement. Le chatouillement de la plante du pied détermine des mouvements réflexes, alors que la moelle épinière lésée ne permet plus la transmission des incitations jusqu’au cerveau; une grenouille décapitée continue à exécuter avec ses quatre membres et son tronc des mouvements adaptés, appropriés, défensifs; on place une goutte d’acide acétique sur le haut de la cuisse, le membre postérieur se fléchit de façon que le pied vienne frotter le point irrité; on presse entre les mors d’une pince la région des flancs, la grenouille porte l’extrémité de son membre postérieur correspondant en avant de la pince, V appuie les doigts de cette extrémité et cherche, parfois à plusieurs reprises, à la repousser avec force (Vulpian). Ici, le cerveau n’intervient pas ; la mécanique animale, inconsciente d’elle-même, suffit à réaliser les actes complexes destinés à protéger l’organisme contre les attaques du dehors. N’en est-il pas de même de

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