‹ De la suggestionChapitre 15 sur 48 · ANEsrii^:siES sensorielles et sensitives psychk^ues · texte numérisé non relu

ANEsrii^:siES sensorielles et sensitives psychk^ues

Les anesthésies sensitives ou sensorielles suggérées, la cécité et la surdité psychiques ne sont que des illusions négatives-, il est facile de le démontrer.

Voici, par exemple, un sujet auquel j'ai suggéré une cécité de l'œil gauche. L'autre œil fermé, il paraît aveugle. Or, cette cécité n'est qu'une illusion, une neutralisation parTimagination des objets perçus ; elle n'a pas de cause organique. Le sujet voit avec sa rétine; il voit avec les yeux du corps; il ne voit pas avec les yeux de l'esprit. Ainsi en est-il aussi de l'amaurose unilatérale spontanée, dite hystérique, ou nerveuses. Une simple expérience le démontre:

Voici un sujet rendu aveugle de l'œil gauche. Le droit fermé, il ne voit pas. Or on sait qu'un prisme placé devant un œil dévie l'image correspondante et produit ainsi de la diplopie. Si Tautre œil est fermé, ou ne voit pas, il n'y a pas de diplopie, car il n'y a qu'une seule image.

Le sujet atteint d'amaurose unilatérale psychique suggérée ou nerveuse spontanée ne devrait voir qu'une seule image à travers le prisme, si l'amaurose était réelle. Or il en voit deux, sans hésitation; et ces deux images, également distinctes, corres-

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pondent à la position qu'on donne au prisme. L'œil qui est censé ne pas voir, fournit donc une image, lorsque le sujet, désorienté par cette expérience, et ne connaissant pas la théorie du prisme, ne fait pas inhibition; son esprit trompé n'efface pas alors l'image perçue. L'appareil de Snellen est confirmatif. On place devant les yeux du sujet une paire de lunettes dont l'un des verres est rouge et l'autre vert; et on lui fait lire sur un cadre noir six lettres recouvertes de carrés de verre alternativement rouges et verts. En regardant, les deux yeux ouverts, on lit les six lettres. En regardant avec un seul œil, l'autre étant fermé, on n'en voit que trois, celles recouvertes par le verre à même couleur que celle du verre correspondant à l'œil qui regarde, les lettres rouges, si c'est l'œil à verre rouge qui regarde, les lettres vertes, si c'est Tœil à verre vert. Cela résulte de ce que le vert et le rouge mélangés font du noir; si avec un verre rouge on regarde du vert par transparence, on verra du noir. Cela posé, nos sujets atteints de cécité psychique unilatérale regardant à travers ces lunettes les six lettres, les lisent toutes, sans hésiter un instant; ils lisent celles qu'ils sont censés ne pas voir. Donc l'œil soi-disant aveugle voit. Si on leur ferme alors cet œil, les sujets ne voient plus que trois lettres. La surdité psychique est aussi une simple illusion. Je suggère au sujet de ne plus m'entendre. Je lui parle et crie dans les oreilles, il reste inerte et n'entend pas. Si alors je dis : « Vous m'entendrez de nouveau », il me répond. J'ai beau lui dire: « Vous

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m'avez bien entendu vous dire que vous alliez entendre de nouveau, donc vous n'étiez pas sourd. » Il est convaincu qu'il n'a rien entendu et ne sait comment l'ouïe est revenue. Je réputé l'expérience plusieurs fois sur lui avec le même résultat. Un simulateur vrai ne se laisserait pas dépister avec cette ingénuité. I.e sourd par suggestion entend, comme Taveugie par suggestion voit; mais il neutralise à chaque instant l'impression perçue et se tait accroire qu'il n'a pas entendu.

On peut par des expériences analogues démontrer que les anesthésies gustative et olfactive sont de même nature. Voici, par exemple, un sujet affecté d'anesihésie olfactivegauche.On introduit uneépingledans la fosse nasale de ce côté, ou du vinaigre; rien n'est senti, ni perçu. A droite la sensibilité existe. Si alors je pousse le pinceau trempé dans le vinaigre, en arrière jusqu'au pharynx, de façon à ce que les émanations arrivent dans la fosse nasale droite qui doit sentir, le sujet ne comprenant pas cette manœuvre, inhibe aussi la sensation à droite et ne sent pas le goût du vinaigre; c'est donc une inhibition psychique.

De même, si je mets du sel sur le côté gauche de la langue rendu anesthésique, il n'est pas perçu. Alors, sans que le sujet s'en doute, et ayant Tair de constater simplement l'insensibilité du côté gauche de la langue, j'étends le sel sur le côté droit, le sujet continue à ne rien percevoir : c'est donc encore l'imagination qui fait tout.

Il en est de même de l'anesthésie tactile. Un grand

nombre d'expériences le démontre. Voici par exemple un sujet qui a une anesthésie totale de la main, psychique, suggérée ou spontanée. Je marque avec un crayon coloré la ligne de démarcation précise au poignet entre Tanesthésie et la sensibilité normale. Audessous de cette ligne, la piqûre d'épingle n'est pas sentie, au-dessus elle Test, cela est bien précis. Or, si je ferme les yeux du sujet et si je répète l'expérience, sans qu'il voie la ligne colorée, je constate que la démarcation n'est plus précise ; à chaque exploration, elle se modifie. Si les yeux du sujet étant fermés, sans qu'il s'en doute, je recule la ligne de 2 centimètres sur Tavant-bras, et qu'alors, les yeux du sujet étant ouverts, j'explore de nouveau avec l'épingle, je constate que la nouvelle frontière entre les deux zones correspond à la nouvelle ligne; le sujet est tombé dans le piège.

La main gauche étant anesthésique, la main droite ayant conservé sa sensibilité normale, j'enchevêtre les doigts d'une main avec ceux de Tautre, et alors avec une épingle, je pique alternativement, sans régularité, les doigts de Tune ou de l'autre main, sensibles et non sensibles; si l'anesthésie est réelle, le sujet devrait dire exactement le nombre des sensations perçues. Or, comme dans cet enchevêtrement de doigts, il ne différencie pas nettement les piqùresfaites du côté gauche ou droit, il se trompe toujours et ne peut apprécier le nombre des coups d'épingles perçus.

Voici une autre expérience curieuse et démonstrative. L'anesthésique d'un membre, gauche, par

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exemple, peut avoir la perle de la notion de la position du membre. Je tiens ses yeux clos et mets son bras en l'air, il ne sait pas où est sa main gauche, si elle est couchée, ou si elle est en l'air. Invité à la chercher avec la main droite, il ne la trouve pas, ou la trouve dithcilcment en suivant la poitrine et la racine du membre jusqu'à la main. Si je mets, sur le chemin de la main qui cherche, ma propre main, il la prend, croyant que c'est la sienne. Souvent il y a plus. Non seulement la main sensible ne trouve pas la main insensible, mais elle évite de la trouver, elle la fuit, comme si actionnée parTidce qu'elle ne doit pas savoir où elle est. alors que cependant elle pourrait la sentir. Et ceci arrive dans l'anesthésie psychique nerveuse spontanée comme dans celle que nous provoquons. C'est d'une ingénuité naïve inconsciente.

Alors je dis que je magnétise la main gauche insensible, et je fais un simulacre d'aimantation ; j'ajoute : « Maintenant la main droite va être attirée par la main gauche qui ne sent pas, mais qui agit comme un aimant. » Le sujet manque rarement de tomber dans ce piège. Soit immédiatement s'il a bien compris, soit avec un peu d'insistance, s'il est d'abord hésitant, la main gauche finit par aller spontanément vers la main droite, montrant ainsi que le sujet la sent et la dirige, que la notion du sens musculaire, comme celle du sens tactile,est conservée, qu'elle était simplement neutralisée par une illusion négative.

Ainsi en est-il aussi de la grande hallucination négative totale, que j'ai faite, quand j'ai suggéré l'esca-

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motage psychique de ma personne. Le sujet qui ne m'a ni vu, ni entendu, qui se laissait enfoncer des épingles, soulever la jupe, injurier sans protester, était dominé par une pure illusion. La preuve, c'est que je puis réveiller tous les souvenirs, comme on le peut toujours, même quand le sujet ayant eu l'apparence d'un sommeil profond, semble avoir perdu tous les souvenirs des expériences faites ; nous reviendrons sur cette amnésie. Si je dis au sujet en appuyant ma main sur son front pour concentrer son esprit : ^ Vous allez vous rappeler tout ce que je vous ai dit, tout ce que je vous ai fait, pendant que je n'y étais pas », il commence par dire : « Mais je ne puis rien me rappeler, vous n'étiez pas là ». J'insiste en fixant son attention et lui fermant les yeux, affirmant « qu'il doit tout de même se souvenir de quelque chose >;. Après peu de temps, les souvenirs reviennent, à son grand étonnement comme ceux d'un rêve momenta nément effacé, non éteint : « Vous m'avez mis une épingle dans le nez; vous l'avez placée devant mon œil. » — « Et puis, qu'est-ce que je vous ai dit. » — « Vous m'avezdit que j'étais une mauvaise fille ?» — « Et puis qu'est-ce que je vous ai fait encore ?» — « Vous m'avez soulevé ma chemise. » Elle rougit et ajoute : « Je ne me serais pas laissé faire. »

Cette expérience saisissante répétée sur divers sujets montre bien qu'en réalité ils voient, sentent, entendent; mais l'esprit actionné par l'idée semble effacer par une amnésie superposée immédiate toutes les perceptions émanant de moi.

chapitrl: VI

Phénomènes de suf^frcstion.^ Hallucinations rctro-actives.

— Souvenirs fictifs par suf^f^estion. — Faux témoiij^na^es dans les affaires judiciaires, faits de bonne foi.

— Conclusio)is piatigues.

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