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Explication de l'amnésie. — Des souvenirs latents

Comment expliquer l'amnésie après le sommeil spontané, après le sommeil provoqué, et même, après certaines suggestions faites à l'état de veille ? Voici l'explication de Liébeault. Pendant le sommeil, j'ajoute pendant la concentration psychique de l'état de suggestion, toute l'activité cérébrale est concentrée vers les centres d'imagination ou ceux que j'appelle idéo-dynamiques. Le cerveau ne reçoit plus d'impressions du monde extérieur ; les sens inertes n'envoient plus rien au sensorium ; toute l'action nerveuse, toute la lumière nerveuse, si je puis employer cette expression figurée, est accumulée au centre, et projetée par lui, sans être distraite à la périphérie, sur les images et impressions suggérées à l'imagination ou évoquées par elle. Ces images ainsi faites et éclairées par une lumière plus intense sont nettes et éclatantes. Quand le sujet se réveille, ou revient à son état normal, toute cette activité nerveuse concentrée au centre se diffuse de nouveau à la périphérie, la lumière nerveuse accumulée s'irradie dans tout l'organisme, les organes sensoriels, les facultés de contrôle l'appelleni à eux pour contrôler les impressions du monde extérieur et de l'organisme luimême. Dès lors les images de l'état de sommeil ne

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sont plus assez cclairccs pour cire conscientes ; elles sont latentes et ne redeviennent visibles à la con^ science, que si le môme état Je concentration psychique se reproduit.

Avec quelle facilité, chez certains sujets, les souvenirs apparaissent et disparaissent, suivant la modification de l'état de conscience, c'est-à-dire suivant Téclairâge psychique, Texpérimentation le démontre. L'occlusion des yeux quelquefois suffit. Voici un enfant. Je lui ferme les yeux ei je lui parle : « Comment t'appelles-tu ?» — « Emile Durand.» — « Es-tu saf^e ?» — « Oui. » — « l\i csun voleur, un fainéant. Tu as volé ton camarade, etc. » J'ouvre ses yeux : « Qu'estce que je t'ai dit ?» — « Vous ne m'avez rien dit. » Je ferme ses yeux et je répète la question : ^ Qu'est-ce que je t'ai dit ? » 11 se rappelle tout : « Vous m'avez demandé mon nom. Vousm'avezditque j'ai volé, etc.» Je rouvre ses yeux. Tout est évaporé.

Une jeune femme de mon service avait aussitôt qu'elle s'endormait des peurs et des cauchemars produits par le souvenir des brutalités de son mari divorcé. Je lui dis de fermer ses yeux comme si elle dormait. Aussitôt sa figure exprime la terreur, elle dit : « Va-t'en ! Va-t'en. Je ne veux pas te voir. » Je lui dis de se réveiller. Elle ouvre les yeux et ne se souvient de rien. Je lui dis de les fermer. Elle les ferme et la scène se reconstitue.

Au lieu de procéder par occlusion des yeux, il suffit que je modifie l'intonation de ma voix pour reconstituer la vision mentale. Je dis en riant : « Vous ne

voyez rien. » Elle dit non. Je dis alors d'un ton plus dramatique : « Vous ne voyez rien maintenant. » Immédiatement la concentration d'esprit, produite par l'intonation suggestive de ma voix, crée Timage terrifiante que je puis d'ailleurs effacer complètement par suggestion.

Par tous ces faits j'établis que les phénomènes du sommeil naturel et artificiel, et ceux de l'état de suggestion ne sont pas des phénomènes automatiques, mais des phénomènes de conscience dont le souvenir peut être latent, mais n'est pas éteint.

Cette conception des souvenirs latents explique certains faits qui montrent aussi que le sommeil n'est pas un état automatique, mais un état conscient pendant lequel le cerveau peut penser et travailler.

Quelqu'un s'endort avec la pensée d'un problème à résoudre dont il n'a pas trouvé la solution dans la journée. A son réveil il le trouve résolu dans sa tète. Ce n'est pas la cérébration inconsciejite ni l'automatisme cérébral qui a travaillé à son insu : c'est luimême qui, pendant le sommeil, consciemment, a médité son problème et sans doute à la faveur de la concentration psychique, non distrait par d'autres impressions, Ta résolu. Mais au réveil le souvenir du travail nocturne est latent; il ne se rappelle pas que son esprit a travaillé. Tel Paganini qui trouve à son réveil sur son bureau la sonate du diable qu'il attribue au diable, ne se rappelant pas que lui-même l'avait composée et écrite la nuit dans un état de conscience somnambulique.

HÉVKIL SPONTANÉ OFS SOUVKNIpi LATKNTS 91

Flappclons encore ce fait. Quand on s'cndorl avec ridée fixe de se réveiller a une heure déterminée, qu'arrive-t-il? Certains ont pendant la nuitia notion du temps qui s'écoule, ou entendent sonner l'heure et se réveillent au moment voulu. D'autres n'ont pas cette notion ou n'entendent pas sonner : ils se réveillent à chaque instant, font de la lumière, regardent l'heure, et se rendorment jusqu'à ce que l'heure désignée approche. Pourquoi se rcveillent-ils si souvent? Parce qu'ils sont inquiets pendant leur sommeil, ils ont peur de manquer l'heure et se réveillent souventpour ne pas la manquer. Seulement de cette a^^itation nocturne, de cette obsession consciente de Theure pendant le sommeil, ils n'ont plus le souvenir présent au réveil ; ce souvenir est latent.

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