DÉNATURATION DE MES IDÉES
J'ai hésité à l'écrire, car ces idées, je les ai développées presque toutes dans mes publications antérieures. Si je me suis décidé à me répéter, c'est que j'ai pu me convaincre que certaines suggestions ont besoin d'être répétées souvent pour être comprises et assimilées. Combien mes idées sont mal connues et déformées par certains auteurs, je viens encore de le constater dans un grand article sur l'hystérie que MM. A. Binet et Th. Simon ont publié dans l Année psychologique de 1910, et où tout ce qui me concerne est absolument fantaisiste et erroné, et où on cherche à attribuer à d'autres ce qui m'appartient I Qu'on en juge par les passages suivants :
Il obtient le sommeil, disent-ils, par un ordre de dormir donné brutalement à haute voix. — Ce procédé n'a jamais été mien. — « Il admet que la suggestion est capabledeprovoquer tous les troubles vasomoteurs et trophiques. Il ne cesse pas d'insister sur la puissance indéfinie de cet agent. Il compte des interventions utiles de cet agent dans la neurasthénie et même
DKNATIÎKATION I)i: MKS IDÉKS tMl
dans les paralysies saUii nincs. » J'ai dit le contraire.
« Il n'a pas imat^inc une ihcoriedc la suggestion. Ce qu'il s'est surtout complu à montrer, c'est la toutepuissance de cet a.^cnt ». — « Il a un esprit qui s'inquiète peu des nuances. » Appréciation que je laisse à ses auteurs î
Plus tard, il est vrai, disent-ils, il est revenu sur les idées qu'il a émises « et il ne croit plus à la toutepuissance de la suggestion ; il pense que les phénomènes vasomoteurs, trophiques et autres, qu'on a décrits dans l'hystérie, ne sont pas du tout des phénomènes hystériques, c'est-a-dire suggérés. C'est l'idée de Babinski qu'il semble avoir adoptée sans en indiquer la provenance ».
Je ne sais vraiment pas où les auteurs ont puisé cette assertion étrange et fausse. Babinski, après m'avoir vivement combattu comme champion de la Salpetrière, a fait graduellement une évolution vers mes idées.
v< Je serais revenu sur la définition de l'hystérie et j'admettrais qu'elle constitue une entité morbide ou du moins un état nerveux qui ne se résout pas en suggestibilité. » — « Je confondrais hystérie avec émotivité;je netiendraispas compte des deux facteurs, influence extérieure et constitution mentale. » — Les lecteurs comprendront, s'ils peuvent, et jugeront la valeur de ces assertions erronées.
MM. A. Binet et Th. Simon semblent attribuer à Babinski Iç mérite d'avoir établi que les stigmates sont souvent créés par l'exploration médicale, notamment Thémianesthésie et le rétrécissement du champ visuel.
— Babinski lui-mdme n'a jamais revendiqué cette priorité et reconnaît qu'elle m'appartient ; elle est d'ailleurs indiscutable.
Je dois admettre que MM. A. Binet et Th. Simon, s'étant fait à priori une certaine conception sur ma doctrine de la suggestion et de Thystéric, n'ont pas lu ou ont très légèrement lu mes publications afférentes à ces questions.
Je ne puis que les prier de lire avec soin ma « Conception de l'hystérie ( i) », ma « Définition et traitement curatif de Thystérie (2) », la thèse de mon élève le docteur AmscUe (3), mon article sur Tanesthésie hystérique (4) ; qu'ils se contentent même de lire ma troisième édition de: Hypnotisme, Suggestion, Hystérie, Neurasthénie, Psychonévrose, Psychothérapie, parue en février 1910, et qu'ils la comparent aux éditions précédentes ou à mon premier livre important paru en 1 886, De la Suggestion et de ses Applications à la thérapeutique, première édition, pour s'assurer que mes idées ont mûri, mais ne se sont pas modifiées, que je suis resté moi-même I Et alors, mieux documentés, ils pourront faire l'analyse critique de mon œuvre en connaissance de cause, et l'apprécier avec moins de désinvolture et plus de vérité scientifique !
(i) Conception du mot hystérie. Critique des doctrines actuelles. Paris, F. Doin, 1904.
(2) Définition et traitement curatif de l'hystérie. Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1907.
(3) Amselle, Conception de rhystérie. Thèse de Nancy, 1907.
(4) De l'anesthésie hystérique et son mécanisme psychique. Repue de médecine, 1901.