‹ De La Suture Des Os Dans Les Fractures Et Les PseudarthrosesChapitre 14 sur 31 · RE EE · texte numérisé non relu

RE EE

des internes pratique la suture des fragments, sans anesthésie. Section totale, au niveau de la plaie contuse, de la lèvre inférieure et de la peau da menton; la dissection des lambeaux est poussée assez loin pour opérer librement. Au moment du forage, deux accidents consécutifs se produisent : deux forêts s'enclaveni, après avoir perforé l'os, et il est impossible de les extraire.

L'opérateur prend le parti de les laisser en place et de s’en servir comme de chevilles et de les relier d’une part dans la bouche au moyen d’un fil de soie recouvert d’une petite plaque de gutta-percha et d'autre part sur la joue au moyen d’un fil d’argent passé en huit de chiffre. Les parties saillantes des forêts sont coupées avec de fortes pinces. La fracture antérieure est attaquée à son tour, non plus avec un forêt cylindrique comme précédemment, mais avec un forêt lancéolé : chaque fragment est perforé à un centimètre environ du trait de fracture et « obliquement » de telle sorte que le fil de suture ne pénètre pas dans la bouche. Un fil de fer recuit a été passé difficilement par les trous et fixé par torsion de ses extrémités sur la face externe de la mâchoire. La coaptation obtenue est satisfaisante et les lambeaux réappliqués sont réunis par une suture entortillée.

Suite de l'opération. — La température a monté une seule fois à 38°, 2. — Une salivation abondante a longtemps incommodé le malade: gargarismes au chroral ou au permanganate de potasse. Alimentation liquide ou semi-liquide avec des purées de légumes, des rachis de viande, etc.

Le 29 juillet, le Dr Fauvel extrait les fils de fer de la fracture antérieure qui est consolidée. Les forêts ne purent être extraits à ce moment et le furent seulement le 11 août, avec un petit séquestre de la grosseur d'un haricot. Le malade sort guéri le 28

août.

Il est facile de voir en lisant la première observation,

combien la suture, ligature du maxillaire supérieur fut aisée, tandis que celle du maxillaire inférieur fut très pénible. Une première cause d’embarras dans celle-ci a été l'enclavement des deux forêts qui a donné lieu à une véritable suture enchevillée. Pour éviter pareil accident le forêt cylindrique doit être parfaitement calibré et le plat de laine de la pointe doit avoir au moins le diamètre du forêt. C’est pourquoi les forêts lancéolaires sont préférables, bien qu'on ne puisse pas y adapter un curseur destiné à limiter la course du forêt. Mais même, avec la forêt lancéolaire, il est difficile de perforer les tables de tissu compact de cet os. Une autre difficulté de cette suture est celle que l’on éprouve à passer le fil de fer dans les trous : s'agit-il de passer le fil d’avant en arrière ? rien de plus aisé en général. Mais, quand il faut passer le fil dans le second trou d’arrière en avant, la difficulté est grande, en raison surtout de l’obliquité du trajet. |

Quoi qu’il en soit, nous nous demandons quel autre mode de trailement plus avantageux est applicable à une fracture semblable : le déplacement est toujours très marqué, surtout quand le périoste a été déchiré, et dans ce cas la fracture est une véritable fracture compliquée, exposée à la suppuration de son foyer, en raison du voisinage de la bouche qui est infestée de micro-organismes. Appliquer une fraude dans ce cas ne sert à rien, même en maintenant les dents et le rebord alvéolaire dans une gouttière de gutta-percha, comme on l’a proposé, ou encore en fixant entre elles les dents contiguës à la fracture. Aussi dirons-nous avec M. Tillaux (Chir. cliniq. tome I, page 379) que « lorsque les

« moyens ordinaires de contention ne paraissent pas suffi-

« sants il ne faut pas hésiter à pratiquer la suture à l’aide « d’un solide fil d'argent. »

OBSERVATION Il

Fracture non consolidée de l’humérus droit. Suture osseuse. Guérison (D' Fauvel).

Le nommé G... Pierre-Marie, âgé de 59 ans, est entré à l’hôpital le 7 février 1888 pour ‘une pseudarthrose de l’humérus droit. br

Antécédents. — Chancre mou à 19 ans, fièvre jaune en 1859.

Matelot à bord du transatlantique « La France », ïl eut, dans un coup de mer, plusieurs côtes et le bras droit cassé il y a cinq ans. Soigné dans un hôpital à New-York, il y resta 40 jours et en sortit sans que sa fracture fût consolidée. De retour au Havre, il entra à l’hôpital dans le service du D’ Chauvel où il resta cinq mois pour en sorlir sans que sa fracture ne fût consolidée. Lassé de son état, il entre de nouveau à l'hôpital quatre ans plus tard en demandant qu’on fasse n'importe quoi à son bras.

Etat de son bras à ce moment :

A l’union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de l’humérus, on constate tous les signes d’une pseudarthrose : mobilité anormale à ce niveau, impotence relative de son bras, extrémités osseuses faisant une saillie apparente à l'œil. Cette saillie est dûe à un déplacement des deux fragments osseux, formant un angle de 135° ouvert en dedans et en arrière.

Les mouvements anormaux ont lieu à peu près exclusivement dans la direction de porter la main à la bouche et dans le sens opposé, c'est-à-dire en arrière et en dehors. Le gros est sensiblement atrophié. La santé est bonne.

Opération. — Le 12 février, suture osseuse, après anesthésie

Gazelles 5

ad

chloroformique. Incision longitudinale de 12 centimètres sur le bord externe du biceps et mise à nu dé la pseudarthrose ; section des brides fibreuses qui forment en quelque sorte un manchon autour de la néo-articulation condyloïdienne, dont le fragment supérieur de l'humérus forme une cavité glénoïde ovale et dont le fragment inférieur représente le condyle. Après avoir immobilisé les fragments à l’aide d’un fort davier, M. le D' Fauvel procède à l’avivement des surfaces osseuses ; pour cela, il sectionne perpendiculairement à#l’axe de l’humérus une rondelle d’os à chaque extrémité des fragments ; chaque fragment est ensuite perforé d'avant en arrière dans toute son épaisseur et un fil de fer recuit est passé par les trous : les extrémités de ce fil sont solidement fixés l’un à l’autre par torsion, puis coupés à 3 centimètres de l'os pour être laissés saillants dans la plaie. Trois points de suture aux deux extrémités de la plaie, drainage au haut et au bas de la plaie: pansement de Lister, puis application d’une large et longue attelle plâtrée qui embrasse parfaitement le moignon de l'épaule et une partie de l’avant, une imitation en un mot de l’appareil d'Hennequin. Pas ‘de fièvre : le troisième jour seulement 37°,8 : suppuration légère.

Ablation du fil de ferle 12 mai: la plaie molle a dû être ouverte au niveau de sa cicatrice. Bien que le col paraisse bien solide, des précautions sont prises, en raison de l’âge du malade (60 ans), pour en éviter la rupture pendant l’ablation délicate et souvent difficile du fil de fer. Le fil retiré, il est facile de constater que le col est très solide. Le malade est soumis à des massages répétés, il prend des bains sulfureux, il est électrisé, si bien que le 1° juillet il est absolument bien portant. Son bras avait repris assez de force pour permettre à notre opéré de faire le tra vail pénible de journalier dans un port de mer. Cette observation constitue certainement un des plus beaux exemples de suture d’un gros os de l’économie.

Ru

Page 1