LA PROFONDE QUALITE DE L AMITIE FRANCO-AMÉRICAIÎŒ
Il me semble que, maintenant, je puis publier la lettre suivante, comme un signe de la magnanimité de nos Alliés. Quand M. Mark Baldwin me l'avait adressée, je n'avais pas cru devoir lui donner une suite, parce que nos jeunes gens mettaient leur honneur à se battre pour la Patrie ; mais elle m'avait profondément touché, et maintenant il faut qu'elle soit connue. On remarquera l'autorité qu'elle reçoit de celui qui l'a écrite :
Cher Monsieur,
Une idée, émise récemment à l'une des cérémonies du 4 juillet, en France, par un orateur américain, a été si cordialement accueillie par les Français et les Américains présents qu'il nous paraît opportun de la communiquer à un plus vaste public Nous espérons que vous voudrez bien l'approuver, et que vous pourrez faire quelque chose pour la porter à la connaissance de ceux de qui dépend sa réalisation.
Voici cette idée :
Que par suite d'une entente, les soldats américains qui arrivent maintenant en .France soient considérés, en aussi grand nombre qu'il sera nécessaire, comme les « remplaçants » des jeunes Français de la •« classe .1930 ft>, jeunes gens de 18 ans, qui devraient être prochainement appelés sous les drapeaux, si Le Gouvernement Français le juge utile.
Devant l'espérance qu'une armée de 2 millions d'Américains
et plus sera en France dans six mois et sera suivie de « tous les hommes dont il y aura besoin », suivant la promesse du président Wilson, l'exemption de ces jeunes Français serait vraiment justifiée, — beaucoup d'entre eux étant les derniers fils laissés à des familles qui ont eu déjà un, deux ou trois des leurs tué.s, mutilés ou disparus. L'Amérique reconnaîtrait ainsi d'une manière concrète le sacrifice héroïque et prolongé de son Alliée : il n'y aurait certes pas de réponse plus belle et plus émouvante à toutes les protestations d'amitié faites aux troupes américaines, au président Wilson et à tous les Américains en général, en ce jour du 4 juillet.
Et en même temps que l'expression d'un sentiment très vif, ce ne serait que pure justice. L'Amérique a de grandes réserves d'hommes que la France n'a pas. Le plus jeune âge atteint par la conscription en Amérique est 21 ans; en France, la limite est déjà 19 ans. Jusqu'ici, l'Amérique a fait peu de sacrifices ; la France est sur la brèche, jouant le jeu de tous les Alliés depuis quatre ans. C'est à peine si l'on s'apercevra, dans la vie civile du peuple américain, de l'absence de ceux qui tomberont inévitablement parmi les 300.000 hommes de la classe en question ; la vie de la France souffrirait douloureusement de ces disparitions s'ajoutant au million déjà perdu, pour réparer les forces physiques et morales de la nation.
Ces jeunes gens viennent de commencer leurs études supérieures et professionnelles : ils seront les futurs médecins, ingénieurs, savants et spécialistes de France. Ils seront aussi les pères de famille de l'avenir. S'ils sont pris, qui les remplacera?
Il ne faut pas que cet incroyable sacrifice de toute sa jeunesse soit exigé de l'une des nations alliées, quand les autres ont en réserve des hommes plus âgés, plus libres, et moins indispensables.
Ce serait bien que des détachements arrivant des Etats-Unis à certains mois, par exemple en janvier et février 1919, fussent désignés comme les « remplaçants » de la classe française 1920. Ils seraient fiers de penser que les mères et les sœurs de France