OBSERVATION XIX
(Une observation de syphilis de la conjonctive,. par MM. les Dr Adenot et Meurer, Province médicale, 1892.)
Mlle T... vingtet un ans, bonne santé apparente, entre chez Mme M..., comme nourrice en décembre 1891.Cette dernière a un abcès du sein et ne peut plus allaiter son enfant, âgé de deux mois environ. Mme M... est mariée avec un homme d’apparence bien portant. Ils nient tous deux toute espèce de maladies syphilitiques ou autres. Il y a eu de ce mariage trois enfants tous vivants. Le premier, âgé de cinq ans, jouit d’une bonne santé. Le second, âgé de trois ans et demi, eut ces derniers temps, un abcès froid dans le dos.
Le troisième enfant, un garçon aussi, est chétif, malingre, maigre et cachectique.
La nourrice appelée est d'apparence robuste ; elle a perdu son
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enfant âgé de trois mois, de la coqueluche, dit-elle, Elle a même huit frères ou sœurs, ils sont encore sept bien portants.
Quelques jours après son entrée, la nourrice présente un petit abcès, il guérit rapidement après incision.
De son côté, l'enfant s’affaiblit encore, prend un aspect vieillot, il a un coryza chronique, avec quelques croûtes qui obstruent constamment les narines et accompagnées d’un suintement d’aspect douteux.
Le 17 mars, le nourrisson souffre d’un premier abcès sousmaxillaire, avec volumineux ganglions de la nuque. Deux mois après, nouvel abcès cervical. Ils guérissent tous deux après ouvérture.
À la fin du mois d’avril ou du courant de mai, la nourrice présenta quelques phénomènes conjonctivaux très légers et un peu de larmoiement. À ce moment pas de boursouflement.
Trois semaines après les accidents conjonctivaux, éruption généralisée sur le tronc et les membres. La paume et le dos des mains, les doigts offraient un grand nombre de syphilides papuleuses.
Impossible de trouver trace d’un chancre, et la malade nie tout coït depuis ses fonctions de nourrice.
A la face, accidents intenses. Figure boursouflée, paraissant comme envahie par un érysipèle Lèvres, ailes du nez épaissies, comme œdémateuses. Les pommettes épaissies élargissaient la face, et, avec des ganglions sous-maxillaires engorgés, rendaient cette fille méconnaissable, Les paupières difficilement entr’ouverteset tuméfiées étaient doublées de volume. En plus, ecchymose noirâtre, lie de vin, occupant la partie basse des deux paupières inférieures, Chémosis énorme des deux côtés. La conjonctive oculaire infiltrée laissait, entre les rebords du bourrelet, comme un godet évasé dont le fond, en partie masqué, était constitué par la cornée. Du côté de l’angle palpébral externe, l'injection de la conjonctive oculaire était beaucoup plus marquée; du côté de l’œil gauche, cependant, il existait près de la caroncule une tache rouge de l'étendue d’une lentille et qui était manifestement une plaque muqueuse,
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En retournant les paupières supérieures, ce qui était difficile en raison du boursouflement des tissus, on constatait deux plaques muqueuses de la largeur d'une pièce de 20 centimes. Ces quatre plaques, situées à peu pr's en des points symétriques des deux conjonctives supérieures, affleuraient par leur bord inférieur la racine des cils ; cependant la paupière ne paraissait pas dans le point correspondant plus tuméfiée qu'ailleurs, aussi la lésion n’étaitelle pas visible avant la manœuvre. Ces plaques muqueuses, au jour frisant, apparaissaient légèrement saillantes,comme gaufrées, et leur teinte légèrement jaunâtre et fauve, tranchait nettement sur le fond rouge injecté du reste de la muqueuse palpébrale,
Pas de lésions analogues sur les muqueuses palpébrales inférieures, au niveau desquelles on ne constatait que de l'œdème et une injection violente. -
Is yeux, à demi clos, gonflés, comme noyés dans une sécrétion mu v-purulente, plutôt muqueuse et aqueuse abondante, donnaient à la malade un aspect bien particulier. En même temps, la muqueuse du nez était le siège de sécrétion également abondante.
Pas de souffrance, la malade était seulement inquiète. La vision devenait difficile à cause du bourrelet chémotique. L'iris, absolument intact, répondait complètement à la lumière et à l’accommodation,
Jamais de douleurs périorbitaires.
Un traitement énergique, général et local, fut institué, Déjà le lendemain Je chémosis entrait en voie de régression. Douze jours après, le gonflemont du visage avait disparu, les ecchymoses palpébrales et bulbaires s'étaient effacées. 11 ne restait plus qu’un point ecchymotique de la grosseur d’un grain de millet sur les muqueuses palpébrales au niveau du siège des plaques muqueuses.
Quant aux autres symptômes de l’éruption générale, ils avaient subi une amélioration semblable.
Actuellement la guérison de ces symplômes s’est maintenue.