‹ De la température du corps humainChapitre 119 sur 150 · GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE

Ces différents tableaux prouvent une seule chose, c'est que la répartilion de la chaleur à la peau présente de grandes différencessuivant les régions et le moment de l'exploration; qu'en somme la température que l'on y perçoit est infidèle, car on ne peut, pour chaque notation, faire l'analyse des erreurs qui ont pu l'influencer. On ne saurait même dire, non pas seulement de quelle quantité, mais dans quel sens ces influences ont pu prédominer.

CImx du heu où l'on explore la température. — Il est nécessaire de rechercher la température en différents points du corps. La plupart des expérimentateurs ont exploré l'aisselle seule. Aujourd'hui, par une sorte de convention, on s'est accordé à

REPARTITION DE LA CHALEUR

recueillir la température dans cette unique région : à peine la iionime-t-oii , tant il est usuel de ne faire les observations tliernioniétriques qu'en un seul point. En sorte que les médecins qui écrivent «la température était de 89 degrés,» par exemple, sous-entendent qu'il s'agit de l'aisselle. Il fallait, en effet, choisir une région et s'y tenir, pour que les observations fussent uniformes, dès l'instant qu'on cherchait non pas les variations de la température aux différentes parties du corps, ni sa répartition, ni les compensations, mais, pour ainsi dire, la chaleur du corps localisée en un point. Cette erreur grave eidève à la plupart des travaux contemporains une partie de leur valeur. Tel observateur, qui a fait école par la persistance de ses recherches thermoinétriques poursuivies pendant dix ans sur toutes les maladies prises au hasard, se |)révaudra de ses cent mille observations. Mais il ne nous a donné que la température de l'aisselle, rarement il a exploré la bouche ou la main; jamais il n'a comparé la chaleur aux (lill'érents points du corps. Or cette répartition de la chaleur, ces variations, cet antagonisme, ce rôle de régulateur joué par certaines parties de l'organisme, lui ont échappé. 11 fallait voir l'ensemble de cette fonction de chaleur et ses rapports avec les autres foutions du corps, aux différentes périodes et pendant tout le cours d'une maladie. C'est là, croyons-nous, la seule méthode féconde.

L'aisselle. — Dans ses recherches sur la température du corpshumain dans les fièvres intermittentes ', M. (javarret dit: «Pour ma part, c'est toujours à l'aisselle que j'ai eu recours ([uand j'ai voulu constater la température générale d'un malade; c'est l'aisselle qui m'a toujours présenté la réalisation la j)lus complète de toutes les conditions exigibles d'exactitude dans les résultats et de facilité dans l'observation.»

■ Gavarret, L'expé-ience , i83y.

i30 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

L'aisselle est un lieu bien choisi pour l'exploration , en ce sens (jue la boule du tliennomèlre y est cachée, entourée, pressée légèrement et partout au contact des tissus. On n'obtient pas, en ce point, la température centrale, comme l'ont dit à tort quelques expérimentateurs; en effet, la température y est toujours inférieure à celles du rectum et du vagin; mais on y a une température qui suit à peu près les variations de la température rectale et qui n'est point sujette à de grandes et subites oscillations. Cette température se tient toujours à un niveau élevé, et, si l'on n'y a pas les minima, on est bien près d'y observer les maxiina de la chaleur du corps ; voilà en quoi l'aisselle est un lieu bien choisi pour les observations thermométriques.

Les difficultés pratiques ici sont cependant nombreuses. Il faut avoir soin de laisser le thermomètre en place pendant un temps suffisant. Quelques observateurs ont prétendu que la durée de l'observation devait être d'environ un quart d'heure, de vingt minutes même, et ont cru ainsi, à tort, se mettre à l'abri de l'erreur. D'autres ont donné le chiffre de sept minutes. Ce sont là des limites arbitraires, qui n'ont rien de scientifique, et qui n'ont pas de raison d'être. Le modus J'aciendi est tout. On ne doit jamais laisser l'instrument en place, ni se fier à la patience du sujet en expérience. Il faut se mettre dans les conditions suivantes :

A. Appliquer l'instrument au fond de l'aisselle essuyée préalablement, et faire attention que les linges ne viennent pas au contact de la boule du thermomètre;

B. Appliquer le bras du sujet sur la poitrine en le portant en avant;

C. Tenir l'instrument sur la partie supérieure et l'appuyer assez pour que la boule soit bien au contact des tissus;

D. Certaines dispositions des organes rendent cette exploration difficile; il peut se faire que la maigreur du sujet soit

KÉPARTITION DE LA CHALEUR

telle, que son aisselle, creuse, ne penuette pas le contact complet de 1 instrument; ,

E. Il faut que l'observateur regarde attentivement l'opération, et sache saisir sur place les indications; il faut qu'il note la posture qui donne les résultats les plus sûrs, qu'il sache si la colonne mercurielle monte ou descend, suivant telle ou telle disposition donnée à l'intrument, etc.

Il est quelquefois nécessaire d'opérer rapidement, lorsqu'on est en présence d'un sujet atteint d'une maladie grave, convulsive, avec délire, soubresauts. Les malades qui s'agitent, les cholériques par exemple, ceux qui vomissent, qui changent de posture, qui ont des douleurs vives, supportent impatiemment de semblables observations.

Bouche. — La bouche donne des indications utiles, niais surtout au point de vue des grandes oscillations compensatrices. Nos tracés montrent à quel point peut parvenir ce phénomène. L'exploration de cette région ne pourrait donc convenir à ceux qui recherchent seulement l'élévation de la température et son chiflVe moyen.

Il est utile que le thermomètre soit placé sous la langue et coiffé par celle-ci, ([ue la bouche soit close, et que le malade n'inspire et n'expire que par le nez. Telles sont les conditions idéales prescrites par les auteurs les plus autorisés. En temps ordinaire, c'est-à-dire pour l'expérimentation physiologique, ces conditions peuvent être atteintes assez facilement; elles sont possibles aussi (juandil s'agit d'une maladie qui n'est pas convulsive, qui ne donne pas de délire, qui n'altère pas les conditions normales de la langue. Mais en présence de quelles dilficultés ne se trouve pas le médecin qui observeun choléri([ue, un éclanqjti(|ue, un tétanique, un malade atteint de fièvre typhoïde ataxique avec sécheresse de la langue ; même difficulté chez les malades atteints de pneumonie grave, et dont la langue est parcheminée et ne peut se mouvoir.

Donc il existe là des difficultés d'exécution dont il faut tenir compte. Une extrême patience, un tour de main heureux, que donne seule l'expérience clinique, en viennent quelquefois à bout. En tout cas, les physiciens et les physiologistes purs doivent être pleins d'indulgence pour le médecin qui s'est trouvé aux prises avec de pareilles difficultés pratiques et qui n'est arrivé qu'à des résultats a[)proximatifs.

Quelquefois j'ai observé que l'impossibilité où était le malade de clore la bouche, de respirer par le nez, de mouvoir la langue, était un obstacle insurmontable. En pareil cas, j'ai eu recours à un autre procédé, qui consiste à enfoncer le thermomètre entre la joue et l'arcade dentaire, profondément. La température recueillie en ce point ne diffère pas considérablement de celle que fournit le plancher de la bouche.

Main. — La main présente des oscillations de température excessives. En quelques minutes la température y peut varier de plusieurs degrés centigrades. Il n'en est pas ainsi dans toutes les maladies. Dans les pyrexies etphlegmasies , onpeut se servir delà main pour déterminer la température moyenne; mais c'est une région trompeuse dans la plupart des cas. L'amplitude extraordinaire des oscillations de la température de la main peut être utilisée pour des recherches spéciales, ainsi que j'espère le démontrer.

Les difficultés de l'opération sont très-grandes, souvent insurmontables, quand on veut appliquer exactement le thermomètre dans le creux de la main. Chez les femmes, chez les vieilles femmes oisives surtout, cette application peut se faire sans trop de difficulté, mais il faut y renoncer chez les terrassiers et autres ouvriers aux mains calleuses et incapables de se lermer. Il y a donc des cas très-nombreux où il est impossible d'explorer la main d'un malade avec le thermomètre.

Rectum et vagin. — L'exploration de l'aisselle , de la bouche,

RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 433

de la main ou du jarret, ne donne qu'une idée imparfaite de la chaleur humaine. 11 faut ex[)lorer le rectum ou le vagin: là seulement on obtient une température qui représente à peu près exactement celle des parties profondes. Toujours et sans exception, le thermomètre marque, dans ces organes, une élévation notable par rapport aux autres régions. En outre, la température y est à peu près constante, et n'y est point sujette à de grands et rapides écarts. Quelquefois la température varie partout, tandis qu'elle est constante, à un dixième de degré près, pendant plusieurs jours, dans le rectum. Cette tendance de la température centrale à (Hre constante est précisément expliquée par la variation des autres parties, qui jouent par rapport à elle le rôle de régulateur. C'est là un fait important, dont j'ai poursuivi l'étude dans un certain nombre d'étals morbides. Il y a des cas où la température, dans le rectum, monte alors que partout ailleurs elle baisse, et à cause de cela même. Les raisons de convenance, ou de facilité plus ou moins grande d'exploration, ne doivent pas être prises en considération quand il s'agit d'études aussi utiles et aussi instructives. Nul doute que l'exploration du rectum ne devienne usuelle, au moins dans certaines conditions, s'il est évident, comme je le pense, que les températures comparées donnent des résultats importants. Quant à la difliculté provenant des scrupules des malades, c'est un fait niable. Ayant répété ces expériences plusieurs centaines de fois sur les cholériques pendant la période la plus répugnante de leur maladie, je me permets de dire que la seule difficulté est dans l'observateur et non dans le malade; or il est des réj)ugnances qu'un homme de science doit surmonter dans l'intérêt du but louable qu'il poursuit.

Mon collègue, M. Charcot \ apprécie de même l'importance des explorations thermométriques rectales. Dans ses recher-

' Charcot, Mnladim des vieillards, 9' édition, 1876, p. 253.

à3ft CHAPITlUi II. — LA CHALliUll El LA FIÈVRE.

ches failes à la Salpc'trière, il a souvent eu l'occasion de constater que la température de l'aisselle et celle du rectum étaient en discordance, et il pense que c'est la comparaison de ces deux indications qui |)eul seide perinettie de donner aux phénomènes de collapsus, à l'aljjidité périphéri(jue ou centrale, leur véritable signification pronostique.

De nos nondjreuses observations nous concluons que la température rectale, chez l'adulte sain, est de 37°,5 C; que la température de l'aisselle est, en général, de quelques dixièmes (G à 8) inférieure à celle du rectum; que, dans le cours de la journée, la température s'abaisse le malin et s'élève le soir de 3 à /i dixièmes au-dessous ou au-dessus de ce chiffre moyen.

CALOUIMÉTRIE.

Une mensuration exacte de la (juantilé de chaleur produite et dépensée par un homme sain, en un temps donné, serait pour nous d'une inqjortance capitale. Avant de déterminer les conditions de la fièvre et les moyens d'en modérer les effets, on conçoit facilement que nous recherchions non plus quels sont les actes (pii produisent ou qui consomment de la chaleur, mais quelle est la quantité de calorique produite ou consommée.

De nombreuses tentatives ont été faites pour déterminer la quantité de chaleur produite. D'un côté on a mesuré la quantité de chaleur perdue par un animal en un temps donné; d'un autre côté, on a apprécié la chaleur produite en déduisant, de la quantité d'oxygène absorbé et de l'analyse des gaz expirés, la proportion de carbone et d'hydrogène transformés en acide carbonique et en eau, puis en multipliant le poids de chacun de ces deux corps brûlés par sa chaleur de combustion. Cette méthode nous a valu les belles expériences de Lavoisier, de Du-

C ALOlll MKTUIE. /i35

lon{}\ de Despretz-, de RfgiKudt et Reiset ^; M. Gavarret la désigne sous le noru de méthode directe.

Suivant une seconde méthode, indirecte, employée par MIM. Boussingault '', Liebig et Barrai ^, on tient compte de tout ce que l'animal introduit sous forme solide et licpiide dans le tube digestif, de tout ce qu'il expulse au dehors en excréments solides et li(piides, on retranche la seconde <juantité de la |)remière, et le reste, la différence, représente nécessairement en nature et en poids ce que l'animal a perdu par les organes respiratoires et par l'exhalation cutanée''.

Nous ne nous occu[)(M()ns [)as de discuter la valeur relative de ces deux méthodes, (pii expérimentalement sont vérificatrices l'une de l'autre. Wous dirons seulement que la seconde est inapplicable à l'homme malade, (juehjues auteurs ont voulu se servir de la première pour l'homme saiti et malade. Ils ont voulu déterminer la quantité de chaleur produite et perdue en un ten)ps donné dans ces deux conditions différentes.

Mais, avant de présenter l'analyse de ces divers travaux , dont quelques-uns ont été faits avec un soin et une précision indiscutables, nous dirons d'une façon générale que ra[)[)lication , sur la surface cutanée, d'un li{|uide à une température (pielconque, a une influence sur les (juantités de chaleur produite et perdue, que l'application du froid sous une forme quelconque a une influence plus ou moins analogue. Il y a donc une réunion de facteurs agissant en des sens parfois différents, et dont il nous est impossible de préciser l'importance : nous

' Diiloiig, Aitii. iti> cliiiiiie et de Jili/Jxù/iie, 'S' série, t. I, p. i'io, ib43.

- Desprelz , Ami. de chimie cl dp physique, -j" série, t. XXVI, p. .337, i8a'i.

Regnaiilt et Reisel . Ann. de chimie et de physique, 3' série, t. XXVI, p.

' Boussiugiiull , Ann. de chiiiiic cl de

jihiixique, a'série, t. LXXI, p. i/i3, et 3° série, I. XI , p. i33.

* Barrai, Ann. de chimie el de physi(jue , 3° série, l. XXV, p. iag;elStaliqnc chimique des animaux, Paris, i85o.

Vojez (javurrel, Clialeur animale , p. a/i8 el suiv.

resterons donc dans un doute légitime en disant que les expériences que nous allons résumer valent pour les conditions où elles ont été faites, mais que nous ne voudrions en conclure aucune loi, sûrs que nous ne généraliserions que des données dont les différents éléments ne sont pas actuellement analysables.

Le problème est en effet double : il faudrait pouvoir déterminer en même temps la quantité de chaleur produite et ses variations sous l'influence des actions extérieures, et, d'un autre côté, la façon dont l'économie résiste à ces applications, et le résultat des actes qu'elle accomplit pour régler sa production de chaleur.

Bien que nous ne tenions pas ces problèmes si complexes pour résolus, nous devons exposer les travaux qui ont été faits dans le but de préciser la question et d'en résoudre quelques fragments.

Les premières recherches sur la production quantitative de la chaleur et sa régulation chez l'homme sont dues à Liebermeister'. Dans son premier article, Liebermeister établit : 1° que l'action de l'eau froide sur la peau d'un homme sain pendant un temps peu prolongé ne donne lieu à aucun abaissement de la température axillaire ^, et 2° que le contact direct de la surface du corps nu avec l'air à la température de 1 2°,5 à 3 2° G. amène une élévation de la température dans l'aisselle ^.

Le second mémoire montre que ces faits s'expliquent par une élévation de la production de chaleur proportionnelle à la perte de chaleur, et que la diminution de la perte de cha-

' Liebermeister, Die Begulirimg der etc.. von Reichert und Dubois- Rey-

Wàrmebildung bei den Thieren von cons- mond, i" art., p. 620, 1860 ; 2° art.,

tanter Temperatur [Bmtsche Klinik, p. 689, 1861; 3° art., p. 28, 1862;

1859, n° 60). Zi' art., p. 661).

Physiolojrische lintersuchungen ûber ^ Liebermeister, Deutsche Klinik,

die quantitativen Verànderungen der 1869, p. 53!.

Wàrmeproduction {Arch. f. An. Phys., ^ L\eherme\sler,ineodemloco,'p.53li.

CALORIMKTRIE. Zi37

leur sous l'influence du froid à la peau, invoquée par Bergmann, ne suffit pas pour l'explication de cet ordre de faits'.

H. Nasse, dans le Dictionnaire de physiologie de R. Wagner [Chaleur animale) fait mention d'un écrit de Donders^, dans lequel l'état de la peau, sous l'impression du froid et de la chaleur, est considéré comme influant sur la régulation de la chaleur du corps. L'e.\[)lication de Liebermeister repose sur la mesure faite, dans un bain où est plongé un homme, à une température de 20° C. à 3o°, de la quantité de chaleur émise, en même temps que l'on observe la température de l'aisselle. Or, en ce qui concerne l'augmentation de la production de chaleur dans le bain froid, les expériences montrent que, dans un bain de 20 à 2 3°C., la production de la chaleur est triplée ou quadruplée, dans un bain à 3o°C. doublée, par rapport à la production moyenne de l'état habituel.

Dans le troisième article, Liebermeister se demande quel est l'état de la production de la chaleur lorsque diminue ou s'élève considérablement la perte de chaleur. La méthode qu'il met en œuvre pour atteindre le résultat cherché est tout autre que celle des bains froids, et consiste en ce que, d'après l'élévation de température que le corps humain acquiert dans un bain dont la température est maintenue pendant ce temps égale à celle de la température (ascendante) de l'aisselle, on calcule la quantité de chaleur produite pendant la durée de ce bain. Ses recherches ont montré également que, dans un bain à 87°,^ jusqu'à 38°,8, la production de chaleur dépasse un peu celle qui a lieu en temps ordinaire et dans les conditions de vie habituelles ^.

Après les expériences sur les bains froids, ce résultat a quelque peu droit de surprendre; cependant Liebermeister

' Bergmann, Ntchlchemlscher Bei- source de la chaleur propre des plantes

traff zur Krilih der Lehre von Calor ani- et des animaux ( 1 8^1 7 ).

malis. (Miiller's Arcliio, i8i5, p. 3oo.) ^ Liebermeister, Arch. f. An. Pliyx.,

^ Sur tes échanges de matière comme etr., 3'' arl. p. 3 9, 186a.

/i38 CHAPITRE 11. -

montre, d'une façon saisissante, que, puisque la production de chaleur en temps ordinaire varie suivant les moments de la journée, ce résultat ne montre nullement (jue la production de chaleur dans le bain chaud ail (Ué plus jurande qu'elle ne l'aurait été dans l'état habituel au même moment du jour et dans un état d'occupation à peu ])rès identi([ue de l'esprit et du corps. Plus tard il ne repoussa pas, en ce qui concerne l'élévation notable de la température du corps et le trouble de l'état général qui se produisait dans ses bains chauds, la supposition qu' ^ une gène modérée de la perte de chaleur incapable de produire une notable élévation de la chaleur du corps, pouvait entraîner une diminution dans la production de la chaleur, n et il devint probable que cette question pouvait être résolue par une méthode semjjlable à celle qu'il avait employée dans ses expériences sur les bains froids.

Un élève de Liebermeister, Kernig, a repris toutes ces expériences, et, dans sa tlièse inaugurale, a donné le résumé complet de l'état de la science sur cette question en 186A Ses expériences sont fondées sur la [)Ossibilité de connaître l'état de la production de la chaleur chez l'homme en augmentant ou diminuant la perte. L'expérience montra en effet qu'on pouvait, avec la plus grande vraisemblance, attribuer la diminution de la production de chaleur ^\ l'empêchement de la dépense ou perte de chaleur.

L'auteur s'est pris lui-même pour sujet d'expériences, et il lui a été ainsi plus facile de trancher cette question : La production de chaleur, dans certains bains, est-elle inférieure ou supérieure à celle de l'état normal dans les conditions ordinaires de la vie? Pour cela l'auteur s'est astreint à suivre un régime uniforme et à vivre dans une chambre d'une température moyenne de 1 5 à 20" C. Pour les éléments dont se compose la production

' Kermir, E.rpeivmentpUeBeitrnfrezvr Menschen. Tlièse inaugurale. Dorpat, Kenntmss <lrr \\ arineregtdirung hcim 18G6.

CALOlUMI'.TniK. 'i39

(If la chnleiir de riioniiiie. Kernig, conime (jiebermeister, !s'en réfère à un Iravail de Heiiidiollz". Ilelinholtz, aidé des recherches de Scharling et de Valentin, et tenant compte des rhiiïres de I^avoisier pour la chaleur de coudiustion du oarl)one e( de rhydro<;ène (y aî^G pour le premier, <i3 ^loo pour le secondj, évalue à <S5,ot) calovies la quantité de chaleur (ju'émet en une heure, d'après les produits de la respiration, un homme du poids de 8'> kilogrammes. Il considère cette (|uantit(' de chaleur, d'après les données du travail de Dulong, connue n'étant (pie les trois quarts delà totalité de la chaleur produite pendani ce même temps, et trouve ainsi que i gramme de la substance du cor[)S de l'honune, en une heure, produit 0,00 1 388 calorie; soit, [)Our ) kilogramme, i,388 calorie.

Hanke, avec rap|)areil de l'ettenkofer à Miinich, est arrivé à évaluer le carbone excrété par les poumons et par la peau-.

H donne connue chillVe moyen d'élimination par la peau el les poumons, chez un homme sain et au repos, en un jour, I 1 grammes de carbone.

D'après Ludwig, les quantités de chaleur produites par 1 kilogramme d'homme en une heure, pouvaient être ramenées aux chilires contenus dans le tableau suivant ;

Calorips.

(liiez un homnifî de h-j kilogr. Soo gr. , Agé de vingt-

nouf ans, dans l'iiivoi' 3, "2260

Chez le même, dans Télé 9,7A58

Un enfant de iB kilogi'ammes (six ans) /i,o583

Dn homme (le 58 kilogr. 700 gr. (cinqnanfe-nenf ans) . 9,20^11 Une femme de (ii kilogr. 900 gr. (trenle-deux ans). . . 1^9908

H. Nasse évalue, d'après les observations de Valentin sur la

' Helmiiolfz, arlicle (lliuleur clan.s le Didiomiaire encyrlopédiiiiie dps sciences mcdicales, des professeurs de la Facidié de médecine de Berlin , i 860 , t. XXXV.

- Ranke, Kohlenslojf- imd Stickstoff-

Aitssclii'idiing des ruheudeu Menschen. [Archiv.f. Anat. nndPhys. von Reichert nnd Dubois-Reymond, 1863, p. 3 11.)

^ Ranke, Archiv.f. Anat, und Phys.

i86i!, p. SOC).

m CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

respiration ' et celles de Scharling sur l'acide carbonique éliminé par la peau , la production de chaleur à A6,()57 calories pour 1 kilogramme d'homme en 24 heures, soit i,()565 calorie par kilogramme en une heure. 11 évalue la quantité totale de chaleur produite en vingt-quatre heures par le corps de l'homme à 2000 ou 3 000 calories.

Ces chiffres n'ont qu'une valeur très-relative, l'approximation y est large. Laissons de côté les travaux, quelque intéressants qu'ils soient, de Favre et Silbermann, ïraube, etc.

L'évaluation de Kernig est la suivante : 1,89 calorie par kilogramme d'homme en une heure. L'auteur, dans une série de recherches prolongées sur lui-même pendant plusieurs mois (de novembre à janvier), étant donné son poids, qui était de kilogrammes, émettait 1,82 calorie en une minute. Dans une seconde série, de janvier à février, le poids étant descendu à 55 kilogr. 700 gr., la production était de 1,29 calorie par minute. Liebermeister avait donné, pour un homme de poids moyen, le chiffre de 1,8 calorie par minute.

Quanta la capacité calorifique du corps, le chiffre donné par Liebermeister est 0,8 3 ^.

Kernig a employé les deux méthodes mises en usage par Liebermeister.

La première est celle des bains froids, fondée sur le principe suivant : Quand un corps demeure pendant un temps à la même température et qu'en même temps il se trouve dans les mêmes conditions de soustraction de chaleur, il doit reproduire autant de chaleur qu'il en perd. Si nous déterminons la chaleur perdue, nous saurons la chaleur produite. Cela appliqué au corps humain revient à dire : avons-nous mesuré la quantité de chaleur émise par le corps dans les conditions déterminées (le bain), et, pendant ce temps, le corps n'a-t-il point changé sa

' H. Nasse, Dictionnaire de phijsiolo- wan, Dallon et J. Davy, sur la chaleur gie de R. Wagner. spécifique de certaines subslances ani-

^ Voiries travaux de Crawfort, Kir- maies.

CALORIMETRIE. hàl

température? alors nous pouvons dire qu'il s'y est, pendant ce temps, produit autant de chaleur qu'il s'en est perdu.

Liebenneister procédait ainsi : la personne soumise à l'expérience mesurait avant le bain la température de son aisselle, et, sans enlever le thermomètre, elle entrait au bain ayant soin de tenir l'instrument fortement serré dans l'aisselle; elle demeurait assise et innnobile dans le bain n'ayant hors de l'eau qu'une partie du visage et de la téte. La quantité d'eau contenue dans la baignoire était connue. On a constaté la température de l'eau avant et pendant le bain à de courts intervalles ainsi que celle de l'aisselle. La température de l'eau, étant [)lus élevée que celle de l'air ambiant (celle-ci restant pendant le bain ce qu'elle est avant et après), cède de la chaleur à l'air. 11 s'ensuit que l'élévation de température de l'eau, pendant toute la durée ou partie de la durée du bain, n'indique pas toute l'élévation de température que l'eau a acquise pendant ce temps par l'action du corps de la personne mise en expérience; pour avoir le chiffre total de cette élévation de température, il faut ajouter la quantité dont la température du bain se refroidit pendant le même temps dans les conditions données. Pour cela, Liebermeister observait la marche du refroidissement de l'eau avant et après le bain. Le chiffre du refroidissement pendant le bain lui parut facile à déduire de là. Du reste il s'agit d'une quantité très-petite.

Voici ce que montre l'expérience : La température de l'aisselle reste constante, et même monte un peu au-dessus du niveau qu'elle avait avant le bain; les quantités de chaleur émises pendant les derniers moments du bain sont égales entre elles pour le même espace de temps. Dans les premières minutes du bain, ainsi que Liebermeister le supposait, il y a une quantité de chaleur émise notablement supérieure à celle qui se perd dans les derniers moments. Les couches périphériques du corps devaient (cela était prévu) éprouver un refroidissement; mais, ainsi qu'on s'en assurait en mesurant la température de l'ais-

/i/c2 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

selle, les parties profondes, la masse du corps, se maintenaient à leur niveau antérieur gràre à l'augmontation de la production de chaleur. Liebermeister ne compte; comme qiumlilé du refroulissement cjue la quantité de chaleur (pii s'est défjagée pendant le bain, et par suite de la([uelle les parties périphériques de l'eau ont été refroidies, avant que l'équilibre stable se soit établi entre la température des différentes parties du corps, bien que, dans l'unité de tem[)s, il passe dans l'eau autant de chaleur ({ue le corps en produit. L'excédant de chaleur qui a été cédé [)endant les premiers moments du bain froid conq)arés au même tenqjs des derniers moments du bain, représente la quantité du refroidissement.

On comprend que le chiffre de la production de chaleur trouvé par Liebermeister était d'autant plus faible, que, dans le premier moment, il se perd de la chaleur dans l'air par la respiration et par la partie de la téle qui n'est pas couverte. Il a cherché à évaluer cette perte.

La seconde méthode qu'on devait employer (Kernig) était celle des bains chauds , que Liebermeister avait instituée en se fondant sur les principes suivants :

Lorsqu'un corps susceptible de produire de la chaleur est placé dans des conditions extérieures telles qu'il ne reçoit ni ne perd de la chaleur pendant un certain temps, la quantité de chaleur qu'il crée dans cet espace de tcnq)s est égale au produit des trois facteurs suivants : l'élévation de la température que le corps a éprouvée pendant ce temps, le poids de celui-ci, et le chiffre que représente la capacité calorifique de ce corps. Le produit de ces trois facteurs représente la quantité de chaleur qui est nécessaire pour amener l'élévation de température observée dans ce corps; or, comme pendant ce temps il n'a été ni soustrait ni fourni de chaleur, cette quantité de chaleur est bien celle qui a été produite. 11 va sans dire qu'on suppose que chacjue point du corps a acquis, dans l'unité de

CALORIMKTIUK. 443

temps, la in^^'inc lempt^ralure que celui dont la température a été réellement mesurée.

Liebermeister a procédé de la manière suivante : Le sujet en expérience, a|)rès (|ue le lliermomètre placé dans l'aisselle eut al teint sou niveau définitif, el sans le déplacer, se mil au bain, dont la température était égale à celle de l'aisselle. Le corps était plonjjé dans l'eau, sauf une petite partie de la tête. La leni[)érature du bain était, grâce à un courant constant d'eau chaude, maintenue à la température (ascendante) de l'aisselle, et par conséquent gi-aduellement accrue, (lomnie la peau, avant le bain, avait en didérents points une température plus basse que celle de l'aisselle, on |)ouvait remplir c()m[)létement la condition essentielle de cette méthode, à savoir que la perte comme l'apport de chaleur fussent en parfait équilibre, après que le bain avait duré un certain temps, par exemple alors que la peau avait pris |)artoul la tenqjérature de l'aisselle, ou, ce (|ui revient au même, celle de l'eau.

Liebermeister a constaté de deux façons différentes le moment où cette condition de la méthode était réalisée. Une fois il plaça dans le bain de temps en tenqjs sur dill'érentes parties du cor|)s un thermomètre (lottant dans l'eau, il voyait si la peau était ou non plus froide que l'eau, et il résolut ainsi le problème de savoir à partir de quel momeiil les (piantités de chaleur em[)loyées à réchauffenieni du corps étaient approximativement égales entre elles. A partir de ce moment, la condition essentielle de la méthode se réalisait, à savoir que chaque point du corps avait, en un temps donné, la même température ([ue l'aisselle.

Il va sans dire qu'on tenait compte de la |)erle de chaleur par la respiration et la partie du visage (cnue hors de l'eau.

Berlirrclies pur In jnemirrr iniHlioile. — (lotie première méthode repose sur deux points essentiels : i " la mesure de la

Mih CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

chaleur cédée à l'eau; 9" l'état de la température de l'aisselle pendant le bain.

1° Mesure de In chaleur cédée à l'eau. — Ici se présente d'abord une objection en ce qui concerne la méthode par le bain chaud; Liebermeisler l'avait déjà indiquée. En raison de la température élevée de l'eau, il pouvait se faire que le refroidissement de celle-ci eût lieu tellement vite, et que, d'autre part, la quantité de chaleur cédée à l'eau fût si faible, que la moindre imperfection dans l'observation celât complètement le résultat. Kernig para à cet inconvénient en maintenant la chambre d'observation à une température assez haute pour n'avoir point à craindre ce rapide refroidissement, et la suite montra que cette méthode de mesurer la chaleur était trèsapplicable dans le bain chaud.

La chaleur émise dans l'eau en un temps déterminé fut multipliée par la masse de l'eau évaluée en litres. Le produit de ces deux facteurs donna la quantité de chaleur, autrement dit le nombre de calories émises. (L'auteur a toujours expérimenté sur lui-même.)

L'élévation totale de température produite par l'immersion de son corps dans l'eau ne peut pas être observée directement, attendu que l'eau du bain cède de la chaleur à l'air ambiant. Mais elle peut être déduite de l'état de la température de l'eau pendant le bain, si l'on connaît de combien l'eau se refroidit pendant ce temps, ou mieux, quel a été le chiffre de la quantité de chaleur qu'elle a cédée pendant le bain. Pour trouver cette quantité [correction du refroidissement), Kernig a utilisé un moyen déjà employé pour cet objet par Liebermeister," et qui lui a réussi. Le refroidissement de l'eau servant au bain fut observé pendant un temps très-long, tant avant qu'après le bain (environ soixante-dix minutes avant et autant après, sauf de rares exceptions); le bain lui-même durait environ trentecinq minutes. L'observation du refroidissement de l'eau avant

et après le bain fut faite de cinq en cinq minutes. On déduisit do ces observations le chiffre moyen entre le refroidissement avant et après le bain, et on le prit comme exprimant le refroidissement de l'eau pendant le bain.

Cela étant admis, il s'ensuit le calcul suivant : Si, par exemple, la température de l'eau s'élève durant cinq minutes pendant le bain, on sait que l'élévation de température que le corps humain produit dans l'eau est égale à la somme du chiffre de correction du refroidissement extérieur et de l'élévation observée dans la température de l'eau. Le corps a cédé, dans ce cas, à l'eau plus de chaleur que l'eau n'en a cédé à l'air.

Si la température de l'eau reste la même pendant une durée de cinq minutes, cela veut dire que l'élévation de température de l'eau produite par le corps est égale au chiffre de la correction du refroidissement. Le corps a compensé exactement la perte de chaleur subie par l'eau.

Si, malgré la présence du corps, la température de l'eau s'abaisse, il faut soustraire du chiffre de correction du refroidissement celui de l'abaissement de la température de l'eau, pour trouver l'élévation de température produite par l'expérimentateur dans l'eau. Son corps a communiqué à l'eau moins de chaleur que l'eau n'en a cédé au dehors.

Dans des cas exceptionnels enfin, dans les premiers moments de l'immersion dans le bain chaud, la température de l'eau au contact du corps est descendue au-dessous de son chiffre de correction normale pour le refroidissement. Là évidemment le corps, dont la surface périphérique, au moment de l'immersion dans le bain , était plus froide que l'eau , a soustrait à l'eau de la chaleur, et l'abaissement de température ainsi produit dans l'eau, c'est-à-dire la quantité de chaleur soustraite à l'eau, [)eut être trouvé en retranchant de l'abaissement observé de lu température de l'eau le chiffre de la correction normale pour le refroidissement.

/iK) CHAPITRE 11 — LA CHALiUJR ET LA FIEVRE.

L'auteur a vérifié rexactittide de ses tliernioniètres; il a eu soin de toujours noter la température de la nappe supérieure et celle des couches profondes de l'eau , à distance égale des parois, et a pris le chiffre moyen entre ces deux mesures, comme exprimant le véritable chiffre de la chaleui" cédée au bain par le corps.

Généralement le rel'roidissement, avant et après le bain, a lieu avec une grande uniformité. Dans quelques cas rares, il y a quelque différence entre les chiffres de cinq en cinq minutes, mais cela ne dure pas. Le refroidissement entre les parties supérieures et les couches profondes de l'eau est en concordance très-grande dans la plupart des cas, et ne diffère que de quelques centièmes de degré.

Il ne faut pas attacher trop d'importance à une mesure de cinq minutes. Mais le chiffre total de la quantité de chaleur émise pendant toute la durée du bain mérite confiance et s'approche très-[)rès de la vérité.

3° Généralités sur l'élal de l(i leinpérature de l'aisselle ibins les recherches par cette première méthode. — La température de l'aisselle a donné, dans les diverses recherches, un résultat si différent, et en même temps, Kernig, à cette occasion, a fait des observations si particulières sur diverses circonstances qui influent sur ces variations, que, pour éviter des répétitions ultérieures , il faut tout d'abord exposer le tableau de ces diverses circonstances et en discuter la nature. Voici le procédé opératoire suivi par Kernig : Pour maintenir son aisselle immobile et fermée sans interruption pendant un temps très-long (une heure et demie à deux heures), il étreignait son bras gauche à l'aide d'une bande en caoutchouc qui le maintenait attaché au tronc, tandis que le bras droit demeurait libre. L'occlusion de l'aisselle était si complète, qu'il n'est pas arrivé, dans les expériences, que l'eau y pénétrât. Le thermomètre demeurait ainsi appli-

CALOlUIMKTIUiv

que exaclenient coiitic les parois de Faisselle. La sueur n'y produisait (ju'une laible humidité et qui n'était pas de nature à entacher l'expérience.

Il est arrivé quehjuei'ois, malgré ces précautions minutieuses, des variations soudaines de o", i à o",2 dans la hauteur delà colonne thcrniomélricpic ; elles ne pouvaieiil s'expliquer ([ue par un défaut d'occlusion de l'aisselle. Le moindre mouvement de rotation du bras peut produire cet eftet.

II va sans dire que, le thermomètre étant placé dans l'aisselle, on ne tenait pour vraie tpie la température demeurée fixe pendant au moins cincj minutes, et cela le plus souvent vingt minutes après que le thermomètre était en place.

Les bains étaient portés à une température de 3o", 3/i", 36" (j., une lois à 27", une autre fois à 2 5", 5 C. La du rée des bains, sauf deux cas (n' 11 et n' \vj, a été de trentecinq minutes.

II y a une [)artie des observations dans les(|uelles on n'a pas trouvé de ditlérence dans la tenqjérature de l'aisselle du commencement à la fin du bain. (obs. m, bain à 3o"; obs. xi et xiii, bain à Sa"; obs. xvm, bain à 34"; obs. xix, xx et xxi, bain à 36"). Il n'y a pas lieu de douter, dans ces cas, qu'une certaine (piantité de chaleur n'ait été produite pendant la durée du bain.

Dans quelques-unes des observations, la teinpérature de l'aisselle était plus haute à la t'in qu'au commencement. (Obs. XVII, bain à 36"; et obs. xxii, xxiii et xxiv, bain à 36"). La réponse à cette question, à savoir si, pendant ce temps, il a été produit de la chaleur, est facile à faire.

Dans les autres observations, la température de l'aisselle était plus basse à la lin qu'au commencement du bain. Or il faut se demander quelles sont les causes qui peuvent produire cet abaissement.

Premièrement, cet abaissement de la température axtilaire peut dépendre d'une dépression de la température (refroidis-

sèment) de tout le corps, provenant d'un excès de la perte de chaleur par rapport à la production de chaleur, et alors, ou bien la perte de chaleur dépassant le chiffre normal est trop forte par rapport à la production demeurée à l'état normal ou même accrue , ou la perte n'est point plus grande et est peutêtre même plus petite qu'à l'état ordinaire, mais la production de chaleur s'abaisse au-dessous de son niveau habituel et ainsi ne parvient pas à couvrir la dépense de chaleur.

Deuxièmement, l'abaissement de la température de l'aisselle peut tenir à des causes locales, de sorte, par exemple, que la température de la masse du corps (parties profondes) ne change pas, mais que celle de l'aisselle change comme celle des autres parties périphériques.

Etant donné que l'abaissement de la température axillairepeut dépendre de ces deux conditions, il en résulte évidemment que l'on doit répondre différemment à cette question : une certaine quantité de chaleur est-elle produite ou non dans le bain? Si nous arrivons à démontrer que l'abaissement de la température de l'aisselle a pu ne pas tenir à un abaissement de la température de tout le corps, qu'ainsi le corps entier n'a pas pu se refroidir, et si, d'autre part, nous arrivons à peu près à déterminer les causes locales qui ont pu amener un abaissement de la température axillaire, nous pouvons, malgré la chute de la température axillaire dans ces cas, conclure qu'en balançant la quantité du refroidissement avec celle de réchauffement, la quantité de chaleur émise pendant le bain a été réellement produite pendant celui-ci.

Maintenant il est possible, en fait, pour toutes les recherches susdites, de fournir la démonstration que l'abaissement de température de l'aisselle ne peut pas avoir dépendu d'un abaissement de température, d'un refroidissement de tout le corps. Dans ce but, Kernig prend : la température approximative d'un bain , la quantité de chaleur totale qui a été émise pendant la durée du bain , et le chiffre de la température de l'ais-

selle. Tous ces bains ont duré (rente-cinq minutes. Suit un tableau de toutes les observations, que nous ne reproduisons pas.

On voit dans ce tableau, que, dans les bains à 36 degrés et au-dessus, jamais l'abaissement de la température axillaire n'a eu lieu. Mais, pour tous les bains à 36 degrés, il y a une circonstance qu'il faut signaler et qui évidemment em|)êche l'abaissement de la température axillaire dans les bains chauds, c'est le fait de demeurer couché avant le bain.

Le tableau des expériences montre avec évidence que rabaissement de la température de l'aisselle n'a été, dans aucune des observations, proportionnel à la quantité de chaleur émise. On peut prouver de deux façons cette disproportionnalité entre l'abaissement de la température axillaire et la quantité de chaleur émise.

D'abord, dans des bains de températures différentes, et singulièrement difjérents aussi par la quantité de chaleur émise, la température axillaire n'a pas varié en moins et ne s'est pas réglée sur la proportion de la chaleur émise.

Cette disproportionnalité entre l'abaissement de la température de l'aisselle et la quantité de chaleur émise montre déjà suffisamment (même quand on voudrait admettre que la température de toutes les parties du corps est, dans tous les cas possibles, aussi basse que celle de l'aisselle), que le corps humain ne se refroidit pas, autrement dit, ne diminue pas de température, en raison de la quantité de chaleur qu'il perd.

Deuxièmement, cette disproportionnalité se démontre encore en ce (|ue les températures de l'eau étant égales, et les quantités de chaleur émises étant égales aussi, la température de l'aisselle montre, dans son abaissement, des différences extraordinaires : ces différences vont à plusieurs dixièmes de degré, ainsi qu'on le voit par les chiffres suivants :

Teiupéialure (Ju bain.

IN ombre de

calories émises.

AbjiissfiuenL de la température axillaire.

Observation xiv. . . .

Observation xv

52 ,95o 6G ,3oo

On peut, de ce qui précède, conclure c|ue l'abaissement de la température axillaire n'annonce pas un changement identique dans l'état des autres parties du corps, en d'autres termes, que, malgré l'abaissement de la température de l'aisselle, les parties profondes, la masse du corps, ont pu n'éprouver aucun abaissement de température. Si la température de toutes les parties du corps, dans toutes ces observations, était tombée comme celle de l'aisselle, il n'aurait pas pu se faire qu'à la même température de l'eau, les sommes des quantités de chaleur émise fussent égales entre elles, mais elles miraient dû bien plutôt être proportionnelles à l'abaissement de la température de l'aisselle. Si l'on voulait admettre que, dans ces cas, le corps tout entier a été autant abaissé dans sa température que l'a été l'aisselle, il faudrait supposer non-seulement que, dans les obsei-vations où la température de l'eau était la même et où tout concordait du reste, la production a pu être différente , mais encore que ces productions différentes dans des bains d'égale chaleur, se sont compensées avec les quantités de chaleur perdue, lesquelles n'étaient pas couvertes par la production, de façon que les quantités totales de chaleur émise aient pu être égales. Or cette supposition est absolument inadmissible. Kernig suppose en même temps, dans les observations où l'on a noté un abaissement de la température axillaire, avoir rempli cette condition essentielle de sa méthode, l'immutabilité de la température des parties profondes, et il espère que les résultats concluants,

relativement aux (juautités de chaleur produite dans l'unité de temps, montreront que, si l'on néglige l'abaissement de la température axillaire, il n'en peut résulter aucun vice essentiel dans l'expérience. La mesure de la température axillaire entreprise pour mettre en évidence cette assertion (dans ces cas où des influences locales avaient agi sur l'aisselle), n'a pas pu donner directement cette notion, mais l'a donnée indirectement.

11 faut faire connaître ici les circonstances qu'on doit considérer comme pouvant abaisser localement la température dans les parties périphériques et dans l'aisselle. Remarquons d'abord que souvent la rapidité avec laquelle l'aisselle maintenue fermée change de température est une preuve de la possibilité de ces actions locales. Un abaissement de o*, i à o",!2 en cinq minutes montre, du moins dans certains cas bien observés, qu'un semblable changement de température ne peut pas s'être produit dans tout le corps. Un calcul très-simple prouve que, si tout le corps humain (d'environ 5 y kilogrammes) s'était en cinq minutes refroidi de o", i ou o",2, sa perte de chaleur aurait dû s'élever à g, 4 calories, ou bien sa production de chaleur aurait été diminuée d'autant. Dans l'état ordinaire la perte totale de chaleur est d'environ 7,5 calories en cinq minutes (en supposant une [)roduction de i,5 calorie à la minute).

Ce n'est que dans des cas où l'on n'a pas pu constater l'exacte occlusion de l'aisselle, que l'on a vu des abaissements de 0,1 à o",t2 en une ou deux minutes (introduction de l'eau).

L'action des bains froids, dans lesquels se produit la chair de poule et le frisson, avait conduit Kernig à penser que souvent la chute brusque de la température axillaire, observée alors, dépend de la soudaine diminution dans la conductibilité calorique de la peau. Dans un cas, par exemple, avec une chute de 0", 1 à o",2 en cinq minutes, coïncidèrent de forts frissons avec horripilation ;

452 GHAPlinE 1". — LA CHALKUH ET LA FLÈVRE.

du reste, la quantité de clialeur émise pendant ce temps dans l'eau fut plus faible que dans les sections de temps qui précédèrent et qui suivirent. (Les bains étaient à 3o ou Sa degrés.)

Une autre circonstance dont il faut tenir compte, au point de vue de la température de l'aisselle dans le bain , c'est que de rester étendu et immobile, au lieu d'être debout ou assis, amène un abaissement de quelques dixièmes de degré dans l'aisselle.

C'est, du reste, un fait connu que le mouvement élève la température du corps. Flehnholtz, Funke, Ludwig, J. Davy, ont trouvé une élévation de o",3 jusqu'à o'','7 après un effort musculaire prolongé, après une forte séance d'équitation, une longue course, été.

Des mouvements d'inclinaison du corps soit en avant soit en arrière peuvent faire varier le thermomètre de o",o5.

L'abaissement de la température axillaire dans l'état de repos horizontal n'est pas facile à interpréter. Il ne peut être question ici d'une augmentation locale ni générale de la perte de chaleur pendant que le corps conserve cette position; il y a plutôt lieu de croire que la perte de chaleur est moindre alors. On ne peut chercher la cause du phénomène que dans un amoindrissement des sources de chaleur locales ou générales.

Kernig admet tout d'abord que l'abaissement de la température axillaire pendant le repos horizontal n'est point étendu à tout le corps. Comme la perte de chaleur en pareil cas n'est pas augmentée, il faudrait, pour produire un abaissement de température de tout le corps semblable à celui que l'on observe dans l'aisselle, qu'il y ait eu une diminution notable de la production de chaleur générale. Indubitablement le passage de la position verticale à l'horizontale supprime une source de chaleur, celle qui réside dans l'action musculaire; il reste à savoir si cela suffît pour amener, sans que la perte de la cha-

CALOlUMÉTRIE

leur soit augiiionf(^e, un refroidissemont do tout le corps de ()".3 en vingt nnnutes.

Un calcul approximatif porterait la production de la chaleur à un abaissement de moitié dans ce cas. (Etant donné que l'on su[)pose, à l'état ordinaire, la perte de chaleur à peu près égale à la production, cela ferait en vingt minutes i,ô x 90 = 3o calories. Un abaissement de la température du corps tout entier de o°,3 suppose que 67 X o,83 X o°.3=i /i,"? calories n'auraient pas été produites pendant ce temps; par conséquent, en vingt minutes, la perte de chaleur n'étant pas augmentée, la production ne devrait atteindre qu'environ la moitié de son chiffre normal.)

Pour kernig, il est plus facile d'attribuer l'abaissement de température de l'aisselle à la suite du repos horizontal, à un état local, et il en faut chercher la cause dans les sources locales de la chaleur.

Le pouls se ralentit aussi dans le repos horizontal. Si l'on doit admettre un ralentissement de la circulation correspondant à un ralentissement du pouls, on s'explique l'abaissement de la température de l'aisselle bien close, d'autant que, dans tous les cas, latempérature del'aisselle close dépend de l'activité circulatoire des gros vaisseaux contenus dans ses parois. Si la température d'un point quelconque dépend du sang qui y es amené ou qui le traverse, si la chaleur du sang reste la même, cette température sera réglée par la rapidité de la circulation (toutes choses étant égales d'ailleurs). L'aisselle rentrerait alors dans la catégorie des parties du corps dites périphériques, et dans lesquelles la circulation influe si manifestement sur la température.

L'auteur s'est servi toujours des deux mêmes thermomètres parfaitement semblables entre eux et par leur sensibilité et par les chiffres qu'ils donnaient. Ils étaient divisés en dixièmes de degré, et ces divisions étaient faciles à lire et très-espacées , de façon qu'on pouvait aisément reconnaître un centième de

m CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

degré. Tels étaient les instruments employés à mesurer la température de l'eau. Pour l'aisselle, l'auteur se servait d'un thermomètre divisé en cincpantièmes de degré, dont le cylindre était épais, la cuvette cylindrique, longue de o"',o33 sur o'",oi3 de largeur. Les divisions allaient de 35" à /lo^5 et chaquedegré avait o"',o5de long. Plusieurs instruments furent employés successivement, et tous les thermomètres furent comparés entre eux chaque jour.

Les expériences furent faites d'abord dans une baignoire en bois peinte à l'huile; la quantité d'eau était de i5o litres, et le niveau en était marqué sur la paroi interne de façon que toutes les expériences fussent semblables. L'eau était remuée et mêlée, au début de l'expérience, puis ensuite abandonnée à elle-même.

L'auteur, qui a fait sur lui-même toutes les observations, procédait de la façon suivante : il se déshabillait et demeurait environ dix quinze minutes occupé à surveiller l'introduction de l'eau dans la baignoire; il résultait de ce léger effort corporel un peu de sueur et une certaine accélération du pouls; puis il se tenait en repos, assis, ne se donnant d'autre mouvement que celui qui était nécessaire pour vérifier la température de l'eau; la sueur cessait. La plupart du temps l'auteur restait pendant vingt ou trente minutes couché sur un sopha, puis il entrait au bain, où il se tenait plongé jusqu'aux oreilles, ne laissant hors de l'eau que le visage. Il avait soin de remuer le moins possible les membres. Le sommet de la colonne mercurielle du thermomètre placé dans l'aisselle dépassait le niveau de l'eau, mais pouvait y être replongé par un léger mouvement de rotation de l'épaule. Le corps reposait sur les saillies osseuses de façon qu'il y eût le moins de contact possible et par conséquent le moins de perte de chaleur possible par les parois de la baignoire.

La nature du vêtement que l'auteur portait, avant le bain.

C\LOnîAfÉTRlE. iSb

indépendamment de la lempérature do la chambre et de celle de l'eau, a influé sur la quantité du refroidissement. Ainsi : i°la quantité de chaleur que les parties périphériques cèdent à un bain froid ou tiède (avant que ne soit établi cet équilibre stafionnaire entre la température des différentes parties du corps, par suite duquel il y a juste autant de chaleur cédée à l'eau qu'il s'en produit), a été, cœteris paribus , d'autant plus grande que les vêtements portés avant le bain étaient plus épais; ù" la quantité de chaleur que les parties périphériques prennent dans un bain chaud, avant que cet état sfationnaire se soit établi, a été d'autant plus petite que les vêlements portés avant le bain étaient plus épais.

Il va sans dire que l'auteur, qui est en même temps le sujet des expériences, était en parfait état de santé. Son scrupule va si loin, qu'il note les moindres malaises : mal de tête, inappétence, deux selles en un jour et des éructations après le repas, fl s'abstient aussi de toute médicamentation.

Recherches faites d'après la première méthode. — Kernig divise ses observations d'après la première méthode en quatre séries : bains à 3o°, bains à 82°, bains à 3/i°, bains à 36° C.

Nous donnons ici plusieurs tableaux empruntés à ces diverses séries, afin de montrer avec quel soin minutieux les observations ont été faites, et quelle créance elles méritent. Les (ableaux sont suivis d'observations critiques et de calculs faits par l'auteur.

456 CHAPITRE il. LA CHALKllP. I':T LA FIÈVRE.

Observation ii. — JUi^ à So^ob — 3o°38.

TEMPÉnATURE

TEMPERA

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