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De la traite et de l'esclavage des noirs et de blancs;

Themistocde annonce aux Athéniens que , pour accroître la puissance cle la république et la délivrer d’un ennemi redoutable, il a un moyen infaillible , mais qui ne peut être révélé au public. Aristide est nommé pour être dépositaire de ce secret, et apprécier l’utilité du plan de Thémistocle , qui consiste à brûler la flotte de Xerxès, réunie dans un port. Aristide, persuadé que le salut même de la patrie seroit

acheté trop chèrement par un acte contraire à

]a morale ,, déclare à l’assemblée que le moyen proposé seroit très-avantageux, mais qu’il est injuste; et il est rejeté (ij . Dans un traité avec tes Carthaginois, Gelon, roi de Syracuse, stipule expressément qu’ils n’immoleront plus d’enfans à Saturne (2) ; et vingt-trois siècles après, en i8ii, dans un traité avec l’Angleterre , on stipule que, pendant cinq ans encore , les Français pourront faire la traite des Nègres, c’est-à-dire, voler ou acheter des hommes en Afrique, les arrachera leur terre natale, à tous les objets de leurs affections, les porter aux Antilles, où, vendus comme des bêtes de somme, ils arroserontdeleurssueursdes champs dont les fruits appartiendront à d’autres, et traîneront une pénible existence , sans autre consolation, à la fin de chaque jour, que d’avoir fait un pas de plus vers le tombeau. Aristide et Gelon étoient idolâtres, nous sommes chrétiens.

(1) Voyez Plutarque , vie de Thémistocle, n°. ^9.

(2) Idem j des Délais de la justice divine.

A peine ai-je tracé ces mois, qu’on me crie en anglais et en français : The king cari do no wrong , le roi ne peut faire mal . Actuellement, en France comme en Angleterre, on accorde fictivement au chef de l’État la faculté d’être infaillible et impeccable . La responsabilité ne pèse que sur les ministres* C’est donc contre des actes ministériels que sont dirigées nos observations; mais, comme dans la stipulation de la traite des Nègres , ils n’étoient que les organes des marchands d’hommes, il n’est pas inutile d’envisager un moment la conduite que, depuis vingt-cinq ans , ont tenue la plupart de ces derniers.

Jadis ils avoient mis sérieusement en problème, si les Noirs pouvoient être comptés dans la classe des êtres raisonnables. Bientôt il fallut céder à la multitude des faits qui, sur cet article, les assimilant aux Blancs, attestent l’identité et l’unité de l’espèce humaine. Les partisans de la traite déclarent présentement qu’il est absurde d’élever des doutes à cet égard; ils se réduisent à contester aux Noirs des facultés in-

tellectuelles aussi énergiques , aussi étendues que celles des Blancs.

On pourroit leur répondre que les talens ne sont pas la mesure des droits : aux yeux de la loi , le domestique de Newton étoit l’égal de son maître. Mais, pour établir la supériorité des

Blancs, quels sont les moyens de comparaison?

Dans une brochure nouvelle, sur V Esclavage colonial , on lit textuellement que le hoir n'est susceptible d'aucune vertu (i). Cette assertion n’est- elle pas un blasphème contre la nature et son auteur? Vice et vertu sont des termes corrélatifs : à un être insusceptible de moralité , pourroit-on reprocher une perversité qui seroit le résultat inévitable de sa nature? Des circonstances accidentelles et des causes locales ont empêché ou arrêté en Afrique la marche de la civilisation ; mais quand les Africains en ont partagé les avantages, sont-ils restés inférieurs aux Blancs en talens et en vertus ? Les preuves

(l) Voyez Mémoires sur l’ Esclavage colonial ; par M. l’abbé Dillon. 8°., Paris, i8i4; pag. 8.

clu contraire, accumulées dans l’ouvrage sur la Littérature des Nègres , pourroient être fortifiées de nouvelles preuves.

Dans les désastres de Saint-Domingue, des forfaits épouvantables ont été commis par des hommes de toutes les couleurs ; mais à des Blancs seuls appartient l’invention infernale d’avoir tiré à grands frais, de Cuba, des meutes de chiens dévorateurs, dont l’arrivée fut célébrée comme un triomphe. On irrita, par une diète calculée , la voracité naturelle de ces animaux ; et, le jour où l’on fit, sur un Noir attaché à un poteau , fessai de leur empressement à dévorer, fut un jour de solennité pour les Blancs de la ville du Cap, réunis dans des banquets préparés autour de l’amphithéâtre, où ils jouirent de ce spectacle digne de cannibales (1). Comparez ici la conduite des Blancs , qui se disent civilisés et chrétiens , avec celle des esclaves

(1) Voyez le Cri de la nature , par M. Juste Chanlatte. 8°. , Cap Henri, 1810, pag. 48 et siuv. Ce morceau est écrit avec l’énergie de Tacite.

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