‹ De la traite et de l'esclavage des noirs et des blancsChapitre 3 sur 3 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DE LÀ TRAITE ET DE UESGLATAGE I^S mJMCS.

JJans la lutte entre le despotisme et la liberté ^ deux classes nombreuses s'opposent toujours

au triomphe de celle-ci. Les uns, prêchant l'o^

béissance passive au nom du christianisme qui

les désavoue , livrent les nations aux caprices

de quelques individus ; les autres , dans leurs rêveries sur le mécanisme des sociétés politiques , repoussent la religion , qui seule peut consolider l'ordre social et sans laquelle il s'é- , crouleroit dans les conviltsions de l'anarchie* L'homme sensé , Thomme de bien, marche avec circonspection entre les deux écueils du cagotisme et de l'impiété : mais le despotisme qui souvent a suscité et soudoyé les deux partis ^ profite habilement de leurs elcés ; par l'un , il dégoûte le peuple de la liberté ^ en lui per-

• (5o) suadant que , toujours escortée de la licence ,

toujours subversive des propriétés , elle esf incompatible avec la sûreté et le bonheur ; par Fautre , il fait intervenir le ciel pour sanctionner les j^i^ures oppressives. Personne ne prétendit jamais posséder sa maison^, ses champs , ses bestiaux de droit divin ; tandis qu'en vertu du droit divin , des gouvernans se déclaroient propriétaires incommutables des nations. Ils n'ont jamais produit cette charte céleste ) mais quelques hommes , comblés par eux de richesses et d'^honneurs , assurèrent qu'elle existoit. Toute puissauce vient d€ Dieu , voilà le principe ; mais l'application de ce principe aux dynasties, aux faipilles , aux individus, dépend du choix libre des nations. Cependant, lorsque des penseurs voulurent 'élever des doutes sur la légitimité des prétentions despotiques^ ils furent traités de séditieux et punb comme rebelles, par ceux même qui étoient en révolte contre la volonté générale,

. Il n'est tyrannie pire que celle qui s'exerce au nom. de Ifi liberté et sous des formes légales.

(5i) De nos >ours s'est grandement perfectionnée cette tactique , au moyen de laquelle on a mys» lifié la grande nation ; l'iqtérét de l'État fat toujours le prétexte dont se couvrit l'ambition pour sanctionner ses attentats , ses dépréda* tions et cette suite , rarement interrompue , de guerres ruineuses doni le but et le résultat ne furent presque jamais le bonheur des nations.

Le poids des impôts s'aggrava par la créa«> lion de castes parasites , qui s'enorgueillissoient de leurs parctiemins et de leur feinéantise. La population fut alors partagée en esclaves titrés^ qui vivoient aux dépens des esclaves pauvres > laborieux et a&més. Voilà les Ilotes anciens et modernes.

L'oppression fut àr son comble, lorsqu'on voulut forcer l'asile de la conscience et que la disparité de religion fut un titre pour proscrire , exiler ou du moins vouer à l'humiliation , des hommes j^ofessant un culte différent du culte dominateur.Yoilà l'inquisition d^Espagne contre les Juifs et les Maurest.Yoilà l'inquisition d'Angle* terre contre les catholiques des trois royaumes.

( 6a ) n est très-louable le zèle que déployé le 6oa-

vernement britannique contre la traite des Nègres , mais quand obtiendra-t-elle justice cette Irlande^ martyre depuis plusieurs siècles, ,et dont les annales présentent l'exemple unique daus l'histoire d'une nation entière qu'on a expropriée arbitrairement ? Lorsqu^on se montre si fervent en faveur des Africains , pourquoi refuser obstinément l'émancipation politique à cinq millions de catholiques ? Que répondrez-vous aux partisans de l'çsclavage colonial , s'ils vous objectent que vous aimez les hommes à mille ans ou mille lieues de distance, pour vous dispenser d'aimer vos voisins et d'être équitables envers eux ? Quoi , le fils d'un Noir , né en Angleterre , aura , s'il est prolestant , tous les droits de cité , qu'on y refuse impitoyablement à un Blanc , parce qu'il est catholique ! Faut-il qu'on ait à reprocher une telle inconséquence à un peuple qui , tant de fois , a déployé un caractère magnanime et généreux , et qui , dans ces derniers temps , a couvert de bienfaits les émigrés de France ? à un peuple

(53) dm leqad des écrivains sensîMes et des pré*

dicatems <mt élevé la t<hx , même contre les traitemens cruels exercés envers les animaux ! Les règlemens , affichés au marché de Smith-- Field j infligent des peines pécuniaires à quiconque les maltraite sans nécessité. Cet exemple louable est peut<^tre unique dans son genre» Les défenseurs des Africains doivent être si^ multanément les défenseurs des catholiques.

Agir autrement seroit une abnégation de droiture j une contradiction , et cependant peuton dire que, soit dans leurs écrits y soit dans les débats parlementaires , les mêmes personnages aient tous développé la même énergie dans l'une et l'autre cause l Rien de plus noble , de plus édifiant que les efibrts de la société fondée pour l'abolition de la traite , mais pourquoi les mên^ individus n'ont-ils pas formé une société pour accélérer l'émancipation de leurs concitoyens catholiques ? Les Anglais pensent que leur honneur, seroit coinprcmiis en souffrant que la France continuât la traite : le sera-t-il moins si l'on continue d'opprimer l'Irlande ?

La législation coloniale outrage la natnre , mais fut'il jamais un code plus monstrueux que celui des lois pénales concernant les catholiques Irlandais et en général ceux des trois royaumes? Parmi les recueils qu'on en apubliés , et qui peuvent servir de pendant au Directoire des Inquisiteurs , par Ëymenc , celui qui est attribué à Scully (i) suffiroit seul pour démon* trer qu'en fait de persécution , Julien l'Apostat n'étoit qu'un novice ^ et que Machiavel seroit tout au plus un élève dans l'école à laquelle il a donné son nom.

Mais , dira-t-on , ces lois isont révoquées ou tombées en désuétude. En supposant que le sentiment de la justice ait eu à cet adoucissement autant de part que la politique , toujours il est vrai de dire que des Orange -men sont les persécuteurs infatigables des catholiques j qu'une partie de ce code est en vigueur , et que l'opinion en » aggrave encore le joug par

(i) y.Siatementoftîie Penallaufs which aggrieife the Catholicsoflreland. 8**. > Dublin, 1802.

(56) des dislinctions humiliantes : un kxrd protestant , un gentleman , un paysan àe cetie communion se croyent supérieurs aux individus catholiques de ces étals respectifs (i]. Cette nuance d'opinion se maintient sur ks bords de la Tamise : car ^ en Angleterre^ une sorte de

défaveur attachée à la qualité d'Irlandais, s'accroît par la disparité d^ culte|. Ce préju^ contre une nation estimable la poursuit jusque sur les rives. américaines , où se sont réfugiés tant d'Irlandais, parmi lesquels il en est beaucoup dont le mérite doit e&citer le regret de les avoir perdus^

Four justifier l'aversion nationale , on aipure' qu'en compulsant les écrous des prisons^ les greffes des tribunaux , les procès-verbeiux d'as^ sises du }ury , le nQmrbre comparé d^ cùripicts irlandais et anglais prése(nte, sur > la fnoralitë respective des deux peuples ^ des données qui sont toutes à l'avantage de l'Angleterre* Le fait énoncé par les accusateurs est contesté

«*M«MMiMMaM*w«NM**Maaknw*«MM«i^H*MMiMMaMiii«i^i^

(i): IbU, pag. iSf.

(66) par les accusés , mais admettons qu'il soit vrai j nous anroDs le droit dVn scrater les causes.

11 est des vertos qui ne fleorisseot guère qu^ Tombrè de la liberté et de l'aisance ; il est des vices inhérens , ponr ainsi dire , à l'esclavage et à la misère 4esbonune8 qu'on a expropriés et asservis : a-t-on droit d'exiger d'eux ces vertus et de leur reprocher ces vices? A leur place que serions-nous ? car elle est vraie en partie cette maxime d'un philosophe qui d'ailleurs a débité beaucoup d'erreurs : L'homme est le produit de son éducation et des circonstances. Si l'éducation est nulle, ou vicieuse; si la patrie, mère des uns, est marâtre des autres ; si des constitutions protectrices et en même temps oppressives , répartissent les avantages avec une partialité qui fomente d'une part l'oi^ueil , de l'autre l'envie et la haine, cet état de choses accuse le Gouvernement : à ces causes si fécondes de dépravation- dans diverses contrées de l'Europe, si l'on ajoute les jeux publics, les loteries et tant d'institutions immorales qu'on entoure de prétextes spécieux , mais dont l'u-

nique bat est d'arracher de ^argent, on sentira toute la justesse de eette observation : Que les Gouvernemens punissent souvent des crimes qu'ils ont Eût naître.

Ainsi , quand une législation tortionnaire , au lieu d'ouvrir à tous les membres du corps social les routes de l'instruction , de la considération y de la fortune, en rend l'accès plus difficile à une classe de citoyens, et lorsque, repousses des fonctions publiques, ils ne s'élèvent pas au même degré de culture que la caste privilégiée , qui fai^t-ii inculper? Mais si leurs efforts triomjphent des obstacles qu'on oppose au développement de leurs facultés intellectuelles et morales, qui faut-il préconiser ? Alors ri'est-on pas autorisé à croire qu'on les hait, parce qu'on leur a fait du mal , et qu'on persiste à leur faire du mal , parce qu'on les hait : c'est dans ce cercle vicieux que s'agite une passion qu'on a très-bien caractérisée en disant que ^offenseur ne par^ donne pas ^

Toutes les raisons d'état qu'on allègue pour refuser rémancigation politique de llrlande , vien-

nent se briser contre les lois rigoureuses et la justice, qui frappent de nullité radicale là partie du serment du couronnement relative à cet objet. Une promesse contraire au droit naturel, ne peut être ni licite, ni valide; le gouvernement anglais paroit l'avoir reconnu lui-même , lorsqu'il a révoqué plusieurs de ces lois» Et dès^lors à quoi bon cette di^ussioii pro* longée sur les engagemens qu'impose le eoro* naiionoath ? Ofi^ sait d'ailleurs quel abus cri*minel on fait depuis long^-temps en Europe des promesses les plus sacrées, qui semblent n'être que des mensonges légalement convenus. 1»^ plupart des traités de l'Europ^e moderne cdiltiennent , pour première clause , qu'entre les parties contrâctentes il y aura paix et alliattiifée perpétuelle , qnoiqu^on ne ptiisse ttiontrer jus^ qu'ici un seul exemple de c^tCe perpétuité; et , q uan t aux sermen», j^gez-en pat celui des- trenteneuf article» de l'Ë^e duglicaiie , sur le séné desquels ou a tant disputé depuis tdi demisiècle. Est - il un seul dergyfnàn qui attache à tous ces articles l'acception ^t l'ineetttion de

(59) eenx qui , 4ana Porigine , les firent décréter ?

La révocation de l'Ëdit de Nantes fut un acte également inique et impolitique. Les Protestans avoient autant de droit d'habiter paisiblement Je sol qui les avait vu naître , que le despote qui les chassoit. Des cris d'indignation se firent entendre chez vou»^ contre Louis XIV ; mais rappelez-vous que ka articles de Limerik , en 1691 , consacFoient'les droits des Catholiques dirlande , en prêtant le serment Xallégeance^ La violation de ces articles est-elle moins odieuse que celle de l'Edit de Nantes?

Lorsqu'à Toulouse Calas eut été traîné à Véehafaud , dans toutes les conivéetà protestan*tes y om répandbt avec profusion la gravure qui repréaentoit son supplice ; pourquoi n'a-t-on pas fait des gravures représentant le supplice de tant de prêtres cathpliques pendus )adis en Angleterre y uniquement pour avoir célébré la iliesse ^ et dont Févéqae Chaloner a publié l'histoire?

Quand,' au sein de la Convention nationale, de» prêtres catholiques . des ministres protes^

tans, abdiquèrent leurs fonctions et blasphémè*rent contre la révélation , chez vous on en parla avec horreur ; on imprima des sermons , et d'autres ouvrages , contre YathéUfrrte fran^ çais : car sans doute pour alimenter des haines si abusivement nommées religieuses , on sup* posoit que cette doctrine désolante étoit généralement professée en France. Mais ignoret-on que vos lois invitent les prêtres catholiques à l'apostasie , en )es alléchant par des pensions ?

Lorsque la violence eut arraché de Rome le chef vénérable de l'Eglise Catholique , les chaires de l'Eglise Anglicane et celles des Dissenters retentirent d'applaudissemens. On fit une < dépense d'érudition , pour prouver que le mo-* ment de la chute du papisme étoit arrivé , et qu'enfin alloient s'accomplir les folles prédictions de Juricu , qu'on s'empressa de réimprimer. Le dénouement les a-t-il vérifiées ? Pie VII long-temps captif, précisément pour avoir refusé d'accéder à une coalition formée contre l'Angleterre , est sur le siège que lui et ses auc-

(6i) cesseurs occuperont jusqu'à la consommation des siècles.

Cesseroni: - elles enfin ces déclamations dans lesquelles on suppose que nous attribuons au Pape Pinfaillibilité personnelle , le pouvoir de déposer les chefs des états , de délier du serment de fidélité et de l'obligation de garder la foi aux hérétiques ? Cent fois on. a réfuté ces calomnies auxquelles ne croient pas sans doutey mais feignent de croire ceux qui les débitent. Elles sont repoussées avec horreur , p^r les dé saveux du clergé catholique de la domination britannique.

Les rêveries d'ineptes scholastiques , les assei^tions de quelques théologiens ^ adulateurs ^ j^ai presque dit blasphémateurs, les prétentions de quelques pontifes entraînés par les préjugés de leurs siècles ou par l'ambition , n'entrent pas dans notre symbole} non jamais elles ne furent l'objet de notre croyance , ces doctrines que l'évêque anglican Thomas Barlow avoit exhumées des fausses décrétales, et d'autres écrits actuellement tombés dans les égouts de

. ( 60 l'histoire. Etji quelle époque lesimputoit^il aux Catholiques? c'est lorsque l'Eglise Gallicaiie dans ses jours de gloire , par l'organe de Bossue t , proclamoit les maximes qui constituent le droit primitif et inaliénable de toutes les Eglises , et qui furent défendues si TÎctorieusement par celle d'Afrique. D'après cela , peut-on supposer de la droiture chez des hommes qui y n'étant pas Catholiques , s'obstinent à vouloir insérer dans notre profession dogmatique des erreurs que nous rejetons ?

Parce que nous admettons la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , y a-t-il de la bonne foi à dire dans votre serment du test que la messe est une idolâtrie , et de nous assimiler à tout ce que le, paganisme offre de plus hideux ? Cette injure s'adresse non- seulement a l'Eglise Latine , mais aux Russes , aux Grec^ unis et non unis et à tous les Chrétiens Orientaux y qui professent comme nous le dogme de la présence réelle. Les Luthériens même y pat leur doctrine de Vimpanation , pourraient bien avoir quelque teinte dHdoiâtrie , je parle des

(65) anciens Luthériens , car ceux d'aujourd^huu.... Si Lutter et Calvin revenoient au monde , ils seroient bien surpris en comparant leur croyance avec la crc^ance actuelle des sectes qui ont enaprunté d'eux leur dénomination ; et quant à ceux cpiî prêtent le serment du test y ils déclarent par là qu'ils rejettent un article de notre foi : mais pourroit-on nous dire ce que croient la piiapart d^entre eux ? Cette observation s'appU^ie à toutes les sociétés protestantes , où <^cun , interprète suprême d« l'Ecriture Sainte, y trouve ce ^ui lui platt.

Iirai»t*on toujours sur votre colonne , ap« ^ pelée leMonuimniy que l'incendie de Londres ^ en 1666, est l'ouvrage des Catholiques» tandis que rhistoire atteste le contraire ?

Votre liturgie , sous la date du 5 novembre y attribue à V Eglise Catholique la conspiration des poudres , puisque le crime de quelques individus est appelé une trahison papiste f en mentant à la vérité ^ n'outrage- t-on pas l'auteur de toute vérité ? .

Maintefais on a tenté de persuader à la na-

( 64 ) tidn anglaise que sa constitution cout*roit des risques , si les Catholiques en partageoient tous les avantages. Mais ces Catholiques , dont la religion a civilisé vos ancêtres , ont-ils mani^ festé moins d'attachement que vous à la cause de la liberté ? Ëûtes-vous jamais des' monarques qui aient montré plus d'amour pour cette liberté et plus de respect pour la souveraineté nationale qu'Alfred le Grand et saint Edouard t Combien de fois ne vous a-t-on pas rappelé que cette grande charte y exposée an British Muséum à la vénération , est l'ouvrage de vos pères catholiques, des partisans de V ancienne foi, V ancienne religion^ V ancienne église p expressions employées au Parlement , même par des évêques anglicans , qui , par là; taxoient leur église de nouveauté (i).

(i) y »The speeches ofDoctorDremgole, 8**.^ Dublin y cl à la suite de cet ouvrage , la pièce intitulée : f^indicatiojij etc., p. XXV. Il est à remarquer que des édits publiés en Hollande , au Seizième siècle , par le prince d'Orange , de concert avec les nobles confédérés , en parlant du coite catholique^ l'appellent également l'an-

(65) A toutes les sessions ou l'on a discuté sur l^é** mancipation des Irlandais , sont arrivées dos pétitions contre leur demande. Je ne ferai ])aH aux signataires l'outrage de croire qu^elles ont été provoquées par une tactique iisitée eu France , où tant de pétitions , tant d'adresses , pour des mesures les plus désastreuses , ont été souscrites par des hommes, qui ont successivement adulé Roberspierre , Bonaparte , les Bour* bons, et qui,^our de l'argent et des places, encenseroient simultanément saint Michel et Satan. Mais }e remarque que ces pétitions , contre le.s Catholiques , étant peu nombreuses , elles n'expriment pas le vœu national , au lieu que celles qui sont dirigées contre la traite des Noirs ont recueilli des millions de signatures. Il seroit vraiment curieux de savoir s'il est des hommes qui, par une contradiction plus qu'étrange , ont à la fois voté pour la liberté des Africains et l'esclavage des Catholiques , et à

cienne religion. V. Jlist abrégée de VEglUe d'Utr^vht , (par da Pac de Bellegarde , ) 8».> ij65, pag, uj ei suiv*

quelle classe de là société ils appartiennent. Il est affligeant qu'an homme aussi recommandable que Porteus , évêque de Londres , ait mérité ce reproche (i).

Quand, chez vous , on répète le cri injurieux et banal no popery , point de papisme, sous prétexte que l'Eglise établie est en péril , on peut croire qu'il y ajsinon suggestion^au moins connivence de la part du clergé , qui craint l'invasion de ses dîmes , de ses béné^pes ; de la part surtout des titulaires d'évêchés, doyennés, prébendes , etc. et de ceux qui aspirent à leur succéder. Le clergé anglican , distingué par ses talens , a des titres incontestables à l'estime , mais peut-ofl ne pas remarquer avec douleur que la concession des droits de cité aux Catholiques trouve beaucoup d'antagonistes dans ce clergé , et particulièrement sur le banc des évêques, saqf quelques exceptions? Les noms honorables deWatson et de Bathurst (2), se présentent

(1) P^, Quarterly review 181a, mars , pag. 42 et suiv. (a) V, 'W'atson, évêque de liaudafj Bathurst, éyéqut de Nonvicb»

( 67 ) SOUS la plume. Un Français a droit de faire ces observations , quand il a constamment plaidé la cause civile de toutes les sectes qui , dans son pays , étoient condamnées à l'esbérédatioa politique.

L'Ëgiise Anglicane est une de celles qui ont le plus d'affinité avec l'Eglise Catholique : c'est un fait bien développé par le duc de Susaex , dans un très-bon discours en faveur de l'émancipation (i). Mais quelque divisées q^ue soient entre elles les sociétés protestantes , toutes se réunissent contre la tige dont elles sont des branches séparées* Il semble qti'elles aient pour dogme commun l'aversion contre <?ette Eglise Catholique , qui , traversant les siècles , éJèva sa tête majestueuse au milieu des sectes qu'élté vpit successivement naître et s'écrouler autoqr d'elle.

Si l'Eglise Angticane court des djsqn^rs , cf^st plutôt par les sociétés nouvellçp qui , dans sqn

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(a) V. Thénew Annual register, c^ 1812^ 8*. Lond* i9^3 j Briûflb 9nd forpifpi; etc. , |^ag. 11 1 et suir.

«ein, ont pris, de nos jours, un accroissement prodigieux , à tel point que lord Sydmouth , ministre et membre du conseil privé , craint que bientôt l'Angleterre ne soit réduite à n'a*voir plu3 qu'un établissement nominal pour son église et un peuple sectaire (i).

Ces observations jettent delà lumière et peut- ^tre amèneront-elles une décision , sur un point agité par vos publicistes , /^^ af^aw^og^^is ^^ /^^ inconvéniens d'un établissement civil pour un culte quelconque. Des institutions de ce genre ^ pouvant être en faveur de l'erreur comme de la vérité , dans le premier cas, elles ne font que prêter au mensongie des appuis humains, doilt la vérité n'a pas besoin : fille du ciel , elle triomphé par des moyens dignes de sa céleste origine. Que ses ministres , pénétrés de leurs devoirs , unissent toujours à la solidité de l'instruction , l'efficacité du bon exemple , qui est le premier çles prédicateurs , ils feront des conquêtes réelles, tandis que l'Inquisition et les

(i) f^, Dtomgole Vinâicaiion , p. XXIX et XXX/ ^

(69) Dragonnadesneferontjamais^ucdeshypcxciUes.

Ainsi, malgré tant d'efforts pour neutraliier

ou du moins atténuer l'influence de l'Eglise Catholique^ dans les possessions de la Grande- Bretagne; malgré ces instructions secrètes , envoyées de Carleton-House , le 22 octobre 181 1, au gouverneur du bas Canada^ où l'oa recommande de substituer des ministres Protestant aux prêtres catholiques , dans les Missions Indiennes (i), si ces pasteurs catholiques se distinguent de' plus en plus par détendue des lumières et la régularité des mœurs ; s'ils rivalisent avec leurs frères protestans dans l'attachement à la cause de leur pays ; si, comme chrétiens et comme citoyens , ils sont toujours les modèles des fidèles confiés à leurs soins^; après avoir forcé l'estime publique , l'estime forcera à reconnoîlre la légitimité de leur réclamation , dans toute sa plénitude : peut-être n'est-elle pas très-éloignçe l'époque où la plupart des Gou-

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(i) Elles ont été imprimées dans le journal Religioua repertarjjf inrist, Cork, juillet, i8i4, et autres numérog.

( 70 ) vernemens admettront en principe que les

droits civils et politiques , n'étant pas inhérens à la croyance , tout ce que peut Tautorité civile, relativement aux cultes, c'est d'empêcher qu'on ne les trouble et qu'ils ne troublent. En partant de ce principe , on écarte l'interminable discussion quia pour objet d'examiner si un acte de justice sera dégradé par des restriclions . et si un gouvernement protestant exercera le i^eto sur la nomination des évêques catholiques.

Hor^ dé V Eglise point de salut. Cette maxime invariable est dans ces derniers temps plus quVutre fois un sujet d'accusation contre nous^ cependant les sociétés protestantes, dans l'origine , prétendoient chacune être aussi l'unique voie pour arriver au ciel. Calvin censuroit amèrement les réformés de Francfort sur le Mein qui faisoient baptiser leurs enfans chez les Luthériens ; les Luthériens damnoient ceux d'en* tr'eux qui se faisoient Calvinistes (i). Toute»

(i) Voyez la Fie de Beauaobre père , k la fin de ses

(70 ces sectes, devenues latitudinaires depuis que

le zèle a fait place à l'indifférence , sont iiTilées de ne pas obtenir de l'Eglise catholique une réciprocité de concession religieuse que, sur uri point dogmatique, elles n'obtiendront jamais, ï^urce que la vérité est une, et qu'il n'y a pas de route collatérale pour atteindre au mêine '^but. Je dirai donc à mon frère protestant:, comme catholique, je te crois dans l'erreur, mon devoir est de le plaindre , de demander au Père des lumières qu'il t'écLiire et de le faire tout le bien qui est en mon pouvoir; comme citoyens, nos droits sont égau'x , et si , quand il s'agit par exemple d'élire à des fonctioi^ civiles , je préférois un catholique ignare et immoral à un protestant probe et instruit , cette partialité qui repouseroit le mérite et qui trahirpit les intérêts de la patrie, seroit un crime.

Ici s'adapte parfaitement l'hypotHese établie dans le chapitre précédent sur la manière dont

Remarques criiique» et pkUosophiquee sur le Nouveau {^estament, m-4\ La Haye ;| 174^,1. II, p. 279 et suiv.

(73) Toteroient les Blancs à l'égard des Noirs, si 4ous avoient l'épiderme africain. Au lieu d'une église protestante appuyée sur un établissement créé et maintenu par un gouvernement et un parlement de la même religion , supposonsl'in verse y qvie penseraient MM, Duigenan , Musgrave et tous ceux qui aujourd'hui se montrent les antagonistes des Catholiques? Cette question équivaut, ^ ce me semble , au syllogisme le plus pressant.

Beaucoup d'amis des Noirs dans les deux chambres se sont déclarés également amis des

Catholiques, et comme exprimer un avis au Parlement , c'est parler à la nation et même à l'Europe , la' publicité des débats les a signalés à l'estime publique. Il est dans le caractère anglais de procéder avec une maturité que nous appelons lenteur et qui contraste avec la précipitation française qu'on appelle, non sans raison, étourderie. Espérons qu'enfin la cause de la justice plaidée par l'éloquence , entraînera TuniversaHté des suffrages ,' et par un acte solennel réparera Jes iniquités accumulées pendant des siècles sur les Catholiques ^ sur les Dissente rs^^^

(73) et même aut les Juifs ^ ces derniers ont été

moins vexés, soit parce qu'étant peu nombreux , ils ofiroient pour ainsi dire moins de surface à la persécution , soit parce qu'ayant avec le protestantisme moins de dogmes communs que le catholicisme, ils ont échappé plus facilement à l'explosion de la haine qui se manifeste surtout contre une société religieuse dont on redoifte la rivalité. Mais lorsqu^au milieu du siècle dernier , après leur avoir accordé ^ on leur ravit les droits de naturalité , cette privation aggrava le joug de leur humiliation. Puisse arriver enfin pour les enfans disraël comme pour lés Catholiques, le jour désiré dont ils a voient en tre vu l'aurore !

Je n'ai pas la prétention de m'immiscer dans les déterminations du gouvernement anglais; mais qui pourroit contester à un étranger la faculté d'établir un parallèle entre la conduite de ce gouvernement sur la traite des Noirs et celle qu'il tient à l'égard des Catholiques ? L'identité dé ma croyance avec la leur, fondée sur la conviction la plus intime, n'afibiblit au-

eanement la force de mes réclamations; fussent-^ ils Musulmans ou Idolâtres^ en priant le ciel de désiHer leurs yeux, j'invoquerois avec autant de ferveur la droiture d'une nation à laquelle les amis de la liberté ont voué leur estime , à laquelle, pour l'^accueil flatteur que j'en ai reçu, j'ai voué personnellement de la reconnoissance. Il est si affreux de haïr et de persécuter, si doux d'aimer et de faire le bien , si nécessaire d'être juste! En appelant à la jouissance des droits décile les portions d'elle-même qu'elle en avoit exclues, l'Angleterre accroîtra sa puissance et sa gloire; cette dette acquitée sera reçue comme un bienfait , et ne fera couler que des larmes de joie, tandis que l'incendie de Washington arrache de»

pleurs de désolation à toutes les âmes sensibles. Je remarque ( et n^est-ce pas trop tard ? ) que peut-être on contestera la justesse du titre de cet écrit. £piloguer sur les accessoires pour faire -diversion sur le principal , est 'une, ruse polémique très^usitée ; je puis néanmoins cou^ rir les chances d'une discussion grammaticale WT l'impropriété des termes.

Quoique dans nos temps modernes les Africains aient été spécialement l'objet du commerce infâme , appelé la traite y on ne peut restreindre l'acception de ce mot aux malheureux Noirs, puisque l'usage de voler, acheter et vendre les hommes, s'est exercé contre des in* dividus d'autres couleurs. De nos jours, un Français , fonctionnaire public à Chandernagor, faisoit la chasse aux Bengalis et les vendoit. Il eût continué cet horrible trafic si le lord Corn^w^llis n'eût fait saisir les cargaisons. On a imprimé dernièrement c[ue dés Irlandais, réduits à la misère , ou débiteurs insolvables, sont de même transportés et vendus aux Etats-Unis (i). Les renseignemens, obtenus sur cet article, attestent que les faits sont exagérés, que d'ailleurs cette espèce de traite n'a plus lieu j et Certes, l'Irlande a bien assez de ses autres mabx.

L'art très-perfectiônné d'asservir et de tourmenter les hommes, a des formes diversifiées à l'infini qui toutes peuvent se classer «ous les dé«

(i) V. Réfutation d'un écrit y etc. y pag. 48 et suir.

( 76 ) tiominations de traite et d^eêclai/age* Peut^on

appeler autrement la vente de ces régimens Hessois , dont les touçhans adieux étoient répétés par les échos de T Amérique? ,

Quand , pour verser tous les fléaux sur les rives de l'Ebre , de l'Elbe et de la Vistqle , des millions de Français , naguère arrivés à ^ puberté , étoient arrachés du sein de leUrs familles éplorées ; quand la fureur des conquêtes proposoit, et quand la lâcheté sanctioniioit ces conscriptions multipliées qui ont fait couler tant de s^nget de larmes; quand, pour faire leur cour au monarque, des préfets levoient un double et même un triple contingent , c'étoit la traite sous un autre nom.

Les princes jouent les provinces, et les hommes sont les jetons qui payent : on attribue celte phrase à Frédéric, dit le grand ^ qu'un poète aimable et ingénieux a si bien désigné dans ce vers ;

ce On respecte un moulin ^ on yole une proTÎnce (i) » '

mmm

(i) M. Andrieux^

Elle est de nos jours cette expression dè^ penser des hommes : elle ne pouvoit naître qu'au milieu du carnage.

Ces grands troupeaux qu'on appelle nations sont, pour la plupart, des objets de commerce. A peine la liberté trouve-telle quelques asiles dans des montagnes , des îles et des marais. Le despotisme étend sur le globe son sceptre de Ter. En Europe, on lui a cependant imposé quelque pudeur ; c^est un effet de la révolution française et du progrès des lumières qui ont fait pénétrer jusque dans les cours des idées saines ; dé là sont résultés , entre l'autorité et la soumission , quelques arrangemens qu'on pourrdit appeler des abonnemens politiques ^ et qui présagent pour des peuples un* état plus heureux ou moins désastreux. Déjà quelqueànns ont une représentation nation'alë ; mais plusieurs , contraints d'étouffer des plaintes , qui seroient punies comme cris de rébellion^ et n'entrevoyant de remède à leurs maux que * dans l'excès même de ces maux , sont réduits à désirer qui^; momentanément, ils s'accroisr

(78) sent , et que Parc soit plus tendu , pour qu'enfin

il se rompe.

De tous les apologues que nous ont laissés les fabulistes, la morale de oelui par lequel débute le recueil de Phèdre, est, sans contredit , de l'application la plus constante et la plus générale; cette lutté interminable de la force contre la foiblesse , est un problême dont on demanderpit vainement la solution à la philosophie. Platon , Timée de lucres et Gifjéron , y avbient entrevu le phénqmène d'une dégradation primitive. Le christianisme a révélé le mot de l'énigme; il épouvante le crime et console la vertu , en montrant, par delà les bornes dQ la .vie, un tribunal auquel comparoilront les sacrificateurs comme les victimes; mais loin d'interdire aux hommes les efforts qui, pour epx , pour leprs concitoyens et l'espèce bum^ne en générdrl , .peuvent amener «n iiaeilleur orcjre de ^ choses: > la religion leur ça fait l'injonction formelle. . ■' -' "

On ne peutse dissimuler qu'qne défiance assez

généj^ai», une guerre sourde existe entre ceux

( 79 ) qui obéissent et ceux qui corqmaQdent, quiAud

ceux-ci veulent ne reconnoltrepour eux-mêmes que des droits à exercer , et ne voir chez un peuple que des devoirs à remplir. Us redoutent^ ils repoussent les hommes dont les opinions n'dnt pas de souplesse , dont le caractère n'eat paâ malléable. Fergusson (i) a. très- bien observé que le despotisme est doué d'une sagacité pro^ fonde , pour découvrir et attirer ceux dont il peut faire des complices. Il y a des individus qu'il aime et qu'il n'estime pas ; il en est qu'il estime et qu^il n'aime pas. Cette considératioa e:$plique pourquoi certaines gens obtiennent 9 sous tous les régimes , une faveur que d'autcç^ ne désirent et n'obtiennent sous aucun.

Lorsqu'après s'être long-*temps débatte^ dans les angoisses un peuple est aux abois , que peutil pour sa délivrance ? Ira-t-il sur quelque mont Aventin attendre que, par la seule force d'inertie y il ait arraché à ses oppresseurs une transaction qui rende ses souffrances plus tolé-

(1) Histoire de la Société civiie, chap. denùcr.

(8o) rables; ou, cpinriie les Américains, saura -t-^il dérouler la charte de la nature pour y lire ses droits, et déployer l'étendard de l'indépendance, portant l'inscription : an appeal to heaven?

Si le remède est mal appliqué, il ne fera qu'envénîmer la plaie. La bonté d'une cause permet , sans doute, d'intet-jeter appel à la bonté divine; mais la mérite-t-on lorsqu'on a détourné le cours de ses faveurs par un athéisme pratique ; et une dépravation qui infecte tous les rangs de la société? Dans la prospérité il est trèscommun de méconnoître la main qui répand les bienfaits , ce n'est guère que dans les crises de malheur que les hommes , que les peuples élèvent leurs regards vers le ciel pour y trouver un consolateur. P,reuve évidente, qu'ils sont mus plus communément par la crainte qu»

par l'amour. ; i

Quand on étudie la nature de l'homme , on entrevoit une distance énorme entre ce qu'il est et ce qu'il pourrôit être. Quels progrès fe- Toient l'agriculture , l'industrie , les sciences, l'éducation, si onjeur consacroit. seulement la

( 81) , tiixième partie de ce que coûtent âea guerre^

ruineuses , une représentation fastueuse et Uil luxe dévorateur? En France il y à peut-être deux cents villes où ^ depuis quinze anë , de^ réceptions de princes, des décorations tfaéâ^ ^ traies, des arcs triomphaux et des fêtes ont coûté plus d^argent qu'il n'en eut fàlld pâdt y fonder des écoles y noiprrir les pâUVted et a^ provisionner les hôpitaux. Abl silésl i^hefs des nations connoissoient là véritable gloijré et lefurs vrais intérêts, que d'efforts ils déptoiéroieht pour élever les peuples à tout ce qui éàt grârid, pur et sublime !

Le caractère européen a besoin d'onç treiflpe nouvelle; en lui conservant toute la foogtie de la bravoure militaire , une civilisation mal di* rigée l'a dépouillé du courage civil : à ce malheur ( et c'en est im grand, ) on ne petit rémédier qu'en reprenant pour ainsi dire la société' dans ses élémens, en travaillant à rendre meiU leures la génération naissante et celles qui vont atteindre li puberté. Le vice capital de l'éducation moderne , c'est de négliger le cœur en

cultivant Pesprit , de faire beaucoup pour Vun et presque rien pour l'autre ; alors les talens qui devroient seconder les bonnes mœurs , deviennent des armçs contre elles. N'espérons pas d'ailleurs que jamais les mœurs- puissent fleu* rir , si elles n'ont la religion pour appui. Ce bon ' Plutarque disoit avec raison qu'il seroit plus facile de bâtir une ville eu l'air que d'établir une société sans culte.

\ A cette réforme salutaire pourroient contri-

buec puissamment les hommes qui cultivent leur raison et particulièreisnent les écrivains , si par une sainte confédération ils travailloient sans relâche à répandre des idées lumineuses , a inculquer des sentimens généreux. Quelquesuns se sont voués à l'ignoble métier de prêcher l'abjection au lieu de la soumission. Optimistes politiques , décidés à encenser qqiconque a le sceptre de la puissance , ils embouchent la trom* pette de la louange , dès qu'à leurs yeux on fait briller de l'or et des rubans ; mais il en est aussi qui, respectant la dignité de l'homme, abjurant les rivalités et les haines , sont dévorés du

( 53 ) besoin d'être utiles , et sur lesquels reposent

l'estime et la confiance publique.

Les poètes nous ont répété souvent i^u'Astrée ( la vertu ) est remontée au ciel , et que la Vérité est redescendue au fond du puits. Cette fiction prend un caractère de réalité , quand on considère quel empire exercent le vice et l'er- ' reur. L'énergie de la vertu et la défeïlse de la vé-» rite sont rarement impunies ; celle-ci d'ailleurs est réputée en France marchandise de contrebande Jusqu'à ce qu'elle ait comparu à la douane de la pensée et obtenu son passeport à la censure dont le ciseau écourte et taille arbitrairement. Si elle mutile cet écrit, qui passera nécessairement sous ses yeux , du moins elle ne pourroit sans crime en accuser l'intention. Plus empressé de recevoir des conseils que d'en donner ; invoquant de^ lumières, parce que j'ai des miennes une juste défiance, citoyen p^ible, j'ai cru devcnr, en présence de deux nations trop longtemps divisées, plaider la cause de l'humanité^ et présenter le tribut de iiies réflexions.

Sans la religion , les tnœurs , la bonne foi ,

l^éconoiiiie , un état n'aura jamais qu'âne exis* tenoe précaire. Ce sont là des vérités triviales; is peut-on répéter trop souvent qu'il n'y a I d'autres moyens pour resserrer ksliens entre

pas d autres moyens pour resserrer lesuens enti les gouveroans et les gouvernés , ideotifi( leurs intérêts et fonder le bonheur sur une base inébranlable ?

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