‹ De la Transformation Maligne des NœviChapitre 5 sur 35 · Broca. Traité des Tumeurs, t. II · texte numérisé non relu

Broca. Traité des Tumeurs, t. II

9 Pierre Delbet. Tr. de chir. de Le Dentu-Deibet. Tome I‘,

Le

Les contours de ces angiomes sont rarement nettement dessinés. Presque toujours ils sont irréguliers, sinueux, vagues,indécis, la tache se confondant insensible -

ment avec la peau normale avoisinante.

L'évolution de ces taches est fort variable : Parfois, il arrive qu’elles pâlissent progressivement et finissent par disparaître sans laisser de traces. Généralement elles persistenttoute la vie sans subir aucune modification. Rarément, elles donnent naissance à de véritables tumeurs cirsoïdes.

Les nœvi vasculaires, au cours de leur évolution, peuvent s’ulcérer. Nous verrons plus loin l’importance qui s'attache à ce processus qui, dans certains cas, surtout chez les personnes jeunes, peut être un commencement de quérison, mais qui, chez d’autres enfants, peut amener la mort. Ii ne s’agit pas ici, bien entendu, de l’ulcération symptomat'que d’une dégénérescence maligne, auquel cas sa signification est toujours sévère.

La deuxième variété d’angiomes cutanés est représentée parles angiomes caverneux qui constituent de véritables tumeurs. Ces tumeurs n’ont en général ni létendue, nil’aspect. destaches. Elles sont beaucoup plus petites, grosses à peine parfois comme une tête d’épingle, d’un rouge vif, ou d’une nuance tirant sur le violet où

même sur le noir.

Leur volume, leur forme plus ou moins bosselée, leur aspect chagriné leur ont fait valoir les dénominations de mûres, cerises, framboises, etc. Elles sont généralement

sessiles, plus rarement pédiculées.

— Àl —

Elles possèdent beaucoup. plus que les taches, le caractère de l'érectilité. La tumeur devient fréquemment le siège d’une turgescence marquée, sous influence d’un cri, d’un effort, ou d’une simple émotion morale, La couleur devient plus foncée pendant l’augmentation de volume. La consistance varie naturellement suivant ces différents états : lorsque la tumeur est gorgée de sang, elle devient plus consistante, se tend et présente une certaine rénitence ; lorsqu'elle se vide, au contraire, soit spontanément, soit sous l’influence d’une pression artificielle, elle se ramollit et devient flasque. Ce phénomène est très net dans les angiomes caverneux qui siègent sur l’une des lèvres, | |

Le Nœvr pigmentaires. — Comme les précédents, les nœvi pigmentaires se présentent tantôt sous forme de taches, tantôt, mais beaucoup moins souvent, sous forme de tumeurs.

Les. taches se rencontrent un peu partout sur la surface du corps, mais de préférence à la face, au cou, sur le dos des mains, aux fesses. Leur couleur varie du jaune au noir, en passant par tous les intermédiaires.

Leur surface est tantôt lisse et unie, tantôt rugueuse, chagrinée, et souvent recouverte de poils généralement longs etsoyeux. |

Les nœvi hypertrophiques sont de petites tumeurs... saillantes et noires, tantôt lisses, tantôt rugueuses et mamelonnées, couvertes de poils qui, contrairement à ce que nous avons dit pour les taches, sont noir set rudes, disposés. parfois en longues. houppes frisées. |

La plupart du temps, l’évolution des nœvi pigmentaires

du, PP

comme celle des nœvi vasculaires, est simpleet ces taches persistent indéfiniment sans subir aucune modification.

Quelquefois, elles sont envahies par la graisse et forment de véritables lipomes intradermiques : nœvr l‘pomatodes décrits par Walther, Laboulbène, Larcher, etc. Enfin, chose moins rare, ces nœvi peuvent subir la dégénérescence maligne, dont l’étude sera l’objet de l’un des chapitres qui vont suivre.

Fréquence des nœvi. — D’après Hugues (1), sur soixante-cinq enfants de huit mois à un an, examinés dans le service de M. le Docteur Variot, à l'hôpital des enfants assistés, cinq seulement ne présentaient pas de nœvus et encore, pour ces derniers, l’examen n’aurait pas été suffisamment rigoureux.

Filaudeau (2) a donné dans sa thèse deux statistiques intéressantes :

La première statistique faite à lhôpital de Nantes, a, porté sur cent vingt-trois sujets, dont quarante-cinq femmes et soixante-dix-huit hommes.

Sur les quarante-cinq femmes, quarante-deux présentient des nœvi punctiformes, en plus ou moins grand nombre.

Dix d’entre elles avaient des taches d’au moins trois millimètres de diamètre. Chez une seulement, il y avait

une tache de plus d’un centimètre. Sur trois femmes, on

1. Hugues. Des nœvi pigmentaires, Thèse Paris, 1889-1890. 2. Filaudeau. Des nœmi et particulièrement des Nœvi pigmenlaires. Th. Paris, 1892-93.

ON: LPS n’a pu découvrir aucun nœvus : c’étaient justement trois femmes très blondes.

Sur les scixante-dix-huit hommes, soixante-dix étaient porteurs de nœvi. Chez dix d’entre eux, les taches avaient trois millimètres de diamètre et plus, et deux taches avaient plus d’un centimètre. Chez douze sujets on n’a pu découvrir aucun nœvus.

Ainsi donc, sur cent vingt-trois suje:s, cent huitétaient porteurs de taches.

La deuxième statistique a été faite par Filaudeau à l'asile d’aliénés de la Roche-sur-Yon. Elle a porté sur cent trente sujets, dont soixante femmes et soixante-dix hommes.

Sur les soixante femmes, cinquante-huit portaient des nœvi et quarante-six d’entre elles étaient marquées au visage. Dix-neuf avaient des taches d’au moins trois millimètres de diamètre. Deux femmes seulement ne présentaient aucun nœvus.

D'autre part, sur les soixante-dix hommes, soixantedeux avaient des nœvi qui, chez quinze d’entreeux, atteignaient ou dépassaient trois millimètres de diamètre. Huit sujets ne portaient pas de taches appréciables.

Donc, sur cent trente sujets, cent vingt étaient porteurs de nœvi.

Nous nous trouvons ainsi en présence de deux statistiques portant sur un ensemble de deux cent cinquante trois sujets, pris au hasard. De ce nombre, deux cent vingt-huit portaient des taches bien appareates et vingtcinq seulement ne présentaient pas de taches visibles.

Ces statistiques nous apprennent également que les

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nœvi sont plus fréquents chez les femmés que chez les hommes, puisque sur centcinq femmes, cent portaient des taches, tandis que sur cent quarante-huit hommes, vingt ne présentaient pas de nœvi, soit pour les premières une proportion de près de cinq pour cent et pour les seconds une proportion de plus de quinze pour cent.

Les femmes sont de plus très fréquemment marquées au visage : la statistique nous donne en effetla proportion de quarante-huit sur cinquante-huit.

Nombre des nœvi. -- Le nombre des nœviest très variable.

D'une façon générale,on note la confluence des taches chez les sujets bruns chez qui du reste, la pigmentation est plus accusée, d’où une coloration qui approche plus souvent du noir. Chez les personnes blondes, au contraire, la teinte la plus fréquente est le jaune ciair.

Les auteurs ont rapporté des cas de confluence extréme des nœvi,chez un même individu. Telle par exemple, l'observation de De Amicis (1) ayant trait à une jeune fille de dix-sept-ans, très brane, dont les téquments étaient criblés de centaines de nœ vi plus ou moins foncés, disséminés irrégulièrement, du volume d’une tête d’épingle à celui d’un haricot et dont queïques-uns portaient des poils: Il y en avait un dans la paume de la main ayant les dimensions d’une pièce de vingt centimes.

Filaudeau rapporte l’observation d’une femme âgée de cinquante-deux ans, de teint brun, sur laquelle il avait

pu compter quatre-vingts nœvi, dont vingt sur le ventre,

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