CHAPITRE PREMIER
Les Groupes sanguins chez le chien
Dans la transfusion sanguine inter-humaine, les chirurgiens tiennent compte des « familles sanguines » qui servent à grouper les hommes suivant la nature des sangs et permettent d'éviter certains dangers de la transfusion. Il se trouve, en effet, que les différents sangs humains ne peuvent pas toujours se combiner sans inconvénients : certains sérums ou plasmas agglutinent, puis détruisent les hématies provenant d’un autre sang et l’expérience prouve que cette réaction, se passant dans l’organisme transfusé, peut occasionner un choc grave, parfois mortel.
La pratique de la transfusion humaine a démontré que seul le sérum du receveur agglutinant les hématies du donneur peut présenter un danger, et que l’éventualité inverse (les hématies receveur étant agglutinées par le sérum du donneur) ne présente pas de danger) « vraisemblablement, dit Paul MICHON, en raison de la grande dilution subie par l’agglutinine sérique nocive ».
A l'exemple de ce qui se passe chez l’homme et aussi chez les grandes espèces domestiques, il fallait savoir, avant de transfuser le sang d’un chien, s’il serait toléré, autrement dit si les globules rouges injectés ne seraient pas détruits par le sérum de l'animal receveur et ne provoqueraient pas une intoxication grave par la mise en liberté d’une énorme quantité d’hémoglobine.
Il fallait donc déterminer les familles sanguines du chien par la recherche de l’agglutination des hématies in vitro. Nous avons tout d’abord procédé selon la technique de M. le Professeur VERGE qui est la suivante :
Après avoir défibriné le sang en l’agitant dans un flacon en présence de billes de verre, on le centrifuge et on sépare par décantation les hématies du sérum que l’on remplace par un égal volume d’eau physiologique. On agite et on centrifuge de nouveau. On recommence deux ou trois fois le même lavage jusqu’à ce que le liquide ne soit plus coloré, On dilue ces hématies au 1/20°, puis on met en contact
dans un tube à l’hémolyse X gouttes de cette émulsion avec une quantité de sérum environ deux ou trois fois plus forte provenant d’un autre chien. Le mélange étant fait soigneusement, on constate les résultats au bout de trente minutes.
Nous avons opéré avec 17 chiens et fait 226 essais, c’est-à-dire que 226 fois nous avons mis des hématies de chien en mélange avec le sérum d’autres chiens.
Nous n’avons jamais observé une seule fois le phénomène d’agglutination.
Les conditions dans lesquelles nous avons fait ces réactions n’étaient peut-être pas celles qui convenaient pour observer ce phénomène avec les hématies particulières du chien, la technique de M. le Professeur VERGE étant applicable au cheval et au bœuf.
Selon Paul MICHON, médecin des hôpitaux de Nancy, on doit procéder de la manière suivante pour observer le phénomène avec du sang humain :
1° Sur une lame de verre propre et parfaitement sèche afin d’éviter l’étalement et à la fusion des gouttes, on dépose à sa surface de gauche à droite trois gouttes de sérums différents: on transporte dans chacune d’elles une gouttelette trois à cinq fois plus petite de sang à examiner.
2° On mélange les hématies et le sérum intimement avec la pointe d’un vaccinostyl et en ayant soin de balancer aussitôt sans arrêt et assez énergiquement la lame par rotation autour de son grand axe, de sorte que la goutte subisse constamment un brassage.
3° On observe quelques minutes après. L'observation doit être faite à l’œil nu, car, dit l’auteur, l’agglutination étant un phénomène essentiellement macroscopique, l’œil en puissant éclairage et sur fond blanc, distingue les plus fines agglutinations ; à l'opposé le microscope, en montrant des agrégats de piles d’hématies, pourrait faire croire faussement à une agglutination là où il n’y a que banal empilement.
De nouvelles recherches d’agglutination ont été faites en employant la technique du Docteur Michon avec 3 chiens autres que ceux qui avaient servi pour la méthode de M. le Professeur VERGE.
Sur 20 essais, nous n’avons observé aucun phénomène d’agglutination.
J fallait donc admettre, puisque certains auteurs ont trouvé des groupes sanguins dans l'espèce canine, que tous les animaux en expérience étaient ou des donneurs universels ou tous de la même famille sanguine, ou bien encore que la richesse de leurs hématies en aggluti-
tir
nogène ou de leur sérum en agglutinine était assez faible pour ne provoquer aucun phénomène visible, ce que Paul MICHON a appelé les « trous d’agglutination ».
Nous nous garderons cependant de tirer une conclusion : il aurait fallu, en effet, expérimenter sur plus de sujets et faire un plus grand nombre d’inter-réactions sérums-hématies. Le groupe des donneurs universels, dont les hématies ne sont agglutinées par aucun sérum, est, en effet, fort répandu chez l’homme; 45 % environ; de plus M. le Professeur PANISSET a noté chez le cheval la rareté du phénomène d’agglutination : sur 171 essais, il a observé 21 fois le phénomène. S'il en était chez le chien comme chez l’homme et le cheval, on voit le peu de chances qu’on aurait de trouver des agglutinations; d'autant plus qu’il faut tenir compte des teneurs faibles, des trous d’agglutination.
En outre, les animaux qui nous ont servi étaient tous d’une même catégorie : des chiens pour la plupart recueillis à la fourrière, tous bâtardés. Nous regrettons de ne pas avoir eu sous la main des sujets de race pure, chose rare zootechniquement parlant.
Si le manque d’agglutination ne nous permettait aucune conclusion théorique, elle nous autorisait toutefois à tenter des transfusions, comme si tous les chiens étaient de même groupe sanguin. Nous verrons par la suite que toutes nos transfusions faites ainsi au hasard des rencontres n’ont jamais été mortelles et qu'aucun des accidents parfois observés ne nous ont paru devoir être rapportés à une destruction massive de globules rouges, résultat d’une totale incompatibilité | sanguine.